À Saint-Pierre-et-Miquelon, les habitants attendent des réponses concrètes sur l’emploi, les transports et le climat
La visite d’Emmanuel Macron et de Mark Carney met en lumière les fragilités de Saint-Pierre-et-Miquelon : déclin démographique, pêche en recul, dépendance au Canada et relocalisation de Miquelon face aux risques climatiques.

La visite d’Emmanuel Macron à Saint-Pierre-et-Miquelon intervient dans un archipel confronté au recul démographique, à la baisse de la pêche et à une forte dépendance au Canada pour les importations, les transports et les évacuations sanitaires. La relocalisation du village de Miquelon face à la montée des eaux ajoute une urgence climatique aux demandes d’investissements locaux.
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À Saint-Pierre-et-Miquelon, la visite présidentielle ne se résume pas à une séquence diplomatique. Pour les habitants, les questions sont très concrètes : comment rester vivre sur l’archipel, se déplacer, se ravitailler et travailler quand la population diminue, que la pêche recule et que la mer gagne du terrain ?
Emmanuel Macron est attendu du 19 au 21 septembre 2026 dans ce territoire français de l’Atlantique nord. Le 20 septembre, il doit rencontrer le Premier ministre canadien Mark Carney. Cette rencontre sera la première visite officielle d’un Premier ministre canadien à Saint-Pierre-et-Miquelon, selon Ottawa. Les deux dirigeants doivent parler d’énergie, de défense, de minerais critiques et de technologies avancées. Le gouvernement canadien détaille les enjeux de cette rencontre bilatérale.
Un territoire français, mais une vie quotidienne nord-américaine
Saint-Pierre-et-Miquelon compte environ 5 800 habitants. L’archipel se trouve à 25 kilomètres de Terre-Neuve, au Canada, et à environ 4 300 kilomètres de Paris. Cette géographie pèse sur tous les sujets : les transports, l’approvisionnement, les soins et les débouchés professionnels.
Les données de l’Insee confirment une baisse démographique de long terme. L’archipel comptait 6 316 habitants en 1999, contre 5 790 au 1er janvier 2023. Depuis 2016, le nombre annuel de décès dépasse généralement celui des naissances. En 2025, 51 décès ont été enregistrés pour 36 naissances, selon les données citées dans le dossier économique de l’Institut d’émission des départements d’outre-mer, l’IEDOM. Les données de population de Saint-Pierre-et-Miquelon sont publiées par l’Insee.
Le problème ne vient pas seulement du vieillissement. Beaucoup de jeunes partent étudier dans l’Hexagone ou au Canada. Ils reviennent rarement, faute d’emplois correspondant à leurs qualifications. Le chômage reste pourtant faible, autour de 3 % en 2025. Cela traduit surtout un marché du travail étroit, dans lequel les départs réduisent aussi le nombre de candidats disponibles.
La pêche, une activité stratégique en retrait
La pêche demeure au cœur de l’identité de l’archipel. Elle ne représente toutefois plus le moteur économique qu’elle a été. Le moratoire canadien sur la morue, puis la sentence arbitrale de 1992, ont profondément modifié le cadre de l’activité. La France dispose depuis lors d’une zone économique exclusive de 12 400 kilomètres carrés autour de l’archipel.
La production a fortement diminué. Entre 2017 et 2022, les débarquements ont atteint en moyenne 367 tonnes par an, contre 974 tonnes entre 2010 et 2017. L’IEDOM indique en outre que la pêche s’est encore contractée en 2025. Le rapport économique annuel de l’IEDOM présente l’évolution récente de la pêche.
Les espèces soumises à quotas sont nombreuses : crabe des neiges, concombre de mer, flétan blanc, buccin, morue, sébaste, plie grise et pétoncle. Mais disposer de quotas ne suffit pas. Il faut aussi des bateaux, une organisation professionnelle, des capacités de transformation et des débouchés commerciaux.
Le débat oppose donc deux constats. Les élus locaux demandent que l’archipel exploite davantage les quotas français. D’autres responsables soulignent que les ressources disponibles sont déjà sous-utilisées et qu’une restructuration de la filière est indispensable. La relance pourrait créer de l’activité. Elle dépend cependant de la ressource halieutique, des investissements et des négociations avec le Canada.
Avec le Canada, une relation indispensable et sensible
La proximité canadienne est une force, mais aussi une dépendance. Près de la moitié des importations de l’archipel viennent du Canada. Les habitants bénéficient donc d’un accès plus simple à certains biens et services canadiens. En contrepartie, les tensions sur les transports ou les échanges peuvent rapidement se répercuter sur les prix et la vie quotidienne.
En 2022, l’alimentation coûtait 70,1 % de plus qu’en France hexagonale. Les revenus et les prix ne progressent pas toujours au même rythme. Cette situation frappe davantage les ménages modestes, qui consacrent une part plus élevée de leur budget aux dépenses courantes.
La question des liaisons est devenue particulièrement concrète. Depuis l’arrêt du Cessna d’Air Saint-Pierre, les liaisons inter-îles et les évacuations sanitaires vers le Canada reposent sur un avion et un équipage canadiens. Cette solution permet de maintenir le service. Elle rappelle aussi les limites de l’autonomie de l’archipel.
Le même enjeu concerne les infrastructures numériques. Des élus demandent qu’un futur câble transatlantique fasse escale à Saint-Pierre-et-Miquelon avant de rejoindre le Canada ou les États-Unis. Pour eux, cette connexion renforcerait la souveraineté française et européenne. Pour les opérateurs, elle supposerait toutefois des investissements et un trafic suffisant pour justifier les coûts.
Des infrastructures fragiles face aux contraintes budgétaires
Plus de 200 mètres du quai du commerce de Saint-Pierre sont fermés pour des raisons de sécurité. Ce quai constitue le principal point d’approvisionnement de l’archipel. Sa remise en état coûterait environ 20 millions d’euros, alors que le produit intérieur brut local atteignait 240 millions d’euros en 2015.
Le choix budgétaire est donc lourd de conséquences. Pour l’État, le financement doit s’inscrire dans les priorités nationales et dans les contraintes du budget. Pour les habitants et les élus, le quai n’est pas une infrastructure parmi d’autres : c’est une condition de l’approvisionnement, de l’activité économique et de la continuité territoriale.
Cette situation illustre une difficulté récurrente des petits territoires. Une infrastructure peut être indispensable sans être rentable. Son coût paraît élevé à l’échelle locale, mais son absence peut coûter encore plus cher en dépendance et en fragilité.
À Miquelon, le changement climatique impose de déménager
Le village de Miquelon, qui compte environ 600 habitants, est construit à moins de trois mètres au-dessus du niveau de la mer. Pour réduire le risque de submersion, il doit être reconstruit environ un kilomètre plus loin, à au moins dix mètres d’altitude.
Cette relocalisation ne consiste pas à déplacer quelques bâtiments. Il faut prévoir des logements, des équipements publics, des réseaux, des routes et des activités économiques. Une période de coexistence entre l’ancien et le nouveau village est envisagée. L’ensemble pourrait s’étaler sur au moins 25 ans.
Le projet bénéficie aux habitants exposés aux inondations et à l’érosion. Il soulève aussi des questions pratiques : qui finance les travaux, qui choisit le site, comment préserver les activités locales et comment éviter que les habitants supportent seuls le coût du changement climatique ?
Les priorités ne sont pas les mêmes pour tous les élus. Certains placent la relocalisation au premier plan. D’autres demandent d’abord une nouvelle centrale électrique et la protection de l’isthme vers Langlade, considéré comme un espace essentiel pour l’économie de la commune. Ces choix traduisent une contrainte simple : les besoins sont nombreux, les financements limités.
Ce que la visite doit permettre de mesurer
La rencontre entre Emmanuel Macron et Mark Carney donnera une dimension internationale à des problèmes très locaux. La pêche, les transports, les câbles numériques et les secours dépendent en partie de la relation avec le Canada. Dans le même temps, l’archipel attend de l’État français des investissements durables.
La visite devra donc être jugée sur les engagements précis annoncés. Les habitants suivront notamment le financement de la deuxième phase de la relocalisation de Miquelon, le calendrier de rénovation du quai de Saint-Pierre et les solutions retenues pour les liaisons aériennes et sanitaires.
Au-delà des annonces, l’enjeu est de savoir si Saint-Pierre-et-Miquelon sera traité comme une exception coûteuse ou comme un point d’ancrage français et européen en Amérique du Nord. Les prochaines décisions budgétaires et les discussions franco-canadiennes permettront de distinguer une déclaration de principe d’une stratégie concrète.



