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ÉCONOMIE & SOCIéTé Le lycée face à la déconnexion

Au lycée, l’interdiction du téléphone veut rendre du temps aux élèves, mais impose un nouveau défi aux équipes

Défendue au nom de l’attention et des apprentissages, l’interdiction du téléphone au lycée divise encore. Entre protection des élèves, autonomie et contraintes matérielles, sa mise en œuvre soulève de nombreuses questions.

Des lycéens déposent leurs téléphones dans un casier mural, sous le regard d’un enseignant, dans une classe française lumineuse
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En bref

Emmanuel Macron défend la mise à l’écart des téléphones pour préserver l’attention, les apprentissages et les échanges entre élèves. La généralisation de cette règle oblige toutefois les lycées à organiser le dépôt des appareils, à prévoir des exceptions et à mobiliser davantage leurs équipes éducatives.

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Au lycée, faut-il choisir entre un téléphone disponible à tout moment et une classe plus attentive ? Le débat s’est invité dans une salle de seconde, à Mende, en Lozère, lors de la rentrée scolaire du 1er septembre 2025.

Une rentrée placée sous le signe de la « pause numérique »

Emmanuel Macron a défendu la mise à l’écart des téléphones portables devant les élèves du lycée Chaptal. Dans la classe visitée, les 33 élèves avaient déposé leur appareil dans un espace dédié, avec un emplacement numéroté pour chacun.

Cette scène illustre une évolution engagée depuis plusieurs années. Depuis 2018, l’utilisation du téléphone est interdite à l’école et au collège, sauf exceptions prévues par le règlement intérieur. Ces exceptions concernent notamment certains usages pédagogiques, les élèves en situation de handicap ou les besoins liés à la santé.

À la rentrée 2025, le dispositif « Portable en pause » a été généralisé dans les collèges publics. Les établissements pouvaient choisir leur organisation : casiers, pochettes individuelles, boîtes collectives ou autre solution adaptée à leurs locaux. Le lycée, lui, devait encore définir ses propres règles à travers son règlement intérieur et ses instances de démocratie scolaire.

Le cadre a depuis évolué. Une loi promulguée le 24 août 2026 a étendu l’interdiction d’utilisation du téléphone aux lycées à compter de la rentrée scolaire 2026-2027. Les modalités concrètes restent fixées par chaque établissement, dans le respect de son projet et de son règlement intérieur. Le texte sur la protection des mineurs face aux risques des réseaux sociaux a inscrit cette extension dans le Code de l’éducation.

Le téléphone accusé de détourner l’attention

Devant les lycéens, le président a justifié cette politique par un argument central : l’attention. Il a estimé que les téléphones, les écrans et surtout les réseaux sociaux éloignaient les adolescents de l’objectif scolaire : apprendre des connaissances, développer leur esprit critique et se construire.

« Les téléphones enlèvent de l’attention et de la capacité à être les uns avec les autres », a déclaré Emmanuel Macron. Il a aussi expliqué que les relations sociales ne se construisaient pas de la même manière lorsque chacun reste absorbé par son écran.

Le chef de l’État a reconnu que le problème ne concernait pas uniquement les adolescents. Il a raconté avoir lui-même limité l’usage des téléphones lors de certaines réunions à l’Élysée. « On s’est un peu fait déborder », a-t-il résumé, en incluant les adultes dans ce constat.

Le ministère de l’Éducation nationale s’appuie également sur une expérimentation menée durant l’année scolaire 2024-2025 auprès de plus de 32 000 collégiens. Selon le bilan officiel, les établissements concernés ont observé des effets positifs sur le climat scolaire, la concentration et le bien-être des élèves. Ces résultats ont servi de base à la généralisation de la « pause numérique » au collège. Le bilan du dispositif numérique à l’école détaille les modalités retenues par les établissements.

Une règle simple, mais une mise en œuvre complexe

Interdire l’usage du téléphone ne signifie pas nécessairement supprimer toute possibilité de le conserver. Chaque lycée doit préciser les règles applicables : téléphone éteint dans le sac, dépôt obligatoire dans un casier, remise à la vie scolaire ou système de pochette individuelle.

Cette organisation a des conséquences très concrètes. Elle demande des équipements, du temps et du personnel. Dans un grand lycée, la gestion de centaines, voire de milliers d’appareils peut rapidement devenir lourde. Dans un établissement rural ou disposant de moyens limités, l’installation de casiers sécurisés représente aussi une dépense difficile à absorber.

La responsabilité des équipes éducatives augmente également. Les personnels doivent contrôler le respect de la règle, gérer les refus et organiser la restitution des appareils. Le règlement intérieur doit encadrer les punitions et les éventuelles confiscations.

La mesure ne produit donc pas les mêmes effets partout. Les établissements déjà équipés peuvent mettre en place un dépôt collectif plus facilement. D’autres devront s’appuyer sur des solutions provisoires. Les élèves internes, ceux qui prennent les transports scolaires ou ceux qui doivent rester joignables pour des raisons médicales peuvent, eux aussi, avoir besoin de règles spécifiques.

Le téléphone joue par ailleurs plusieurs rôles dans la vie quotidienne. Il sert à prévenir une famille, consulter un horaire, accéder à un service numérique ou réaliser une activité pédagogique. Le ministère rappelle ainsi que les usages éducatifs et certaines situations particulières doivent faire l’objet de dérogations encadrées. La circulaire officielle sur les usages du numérique à l’école précise cette logique.

Des lycéens partagés, des syndicats critiques

À Mende, les réactions des élèves ont été contrastées. Certains ont compris l’objectif de la mesure. D’autres l’ont jugée « infantilisante », dans une société où le téléphone est devenu, selon eux, indispensable.

Cette critique renvoie à une question de fond : le lycée doit-il seulement protéger les élèves de la distraction, ou doit-il aussi leur apprendre à maîtriser leurs usages numériques ? Une interdiction peut réduire les sollicitations pendant les cours. Elle ne règle pas, à elle seule, les habitudes développées en dehors de l’établissement.

L’UNSA Éducation a estimé que l’interdiction pouvait constituer un élément de discussion, mais qu’elle ne suffisait pas à répondre aux difficultés liées aux réseaux sociaux. Le syndicat cite notamment le cyberharcèlement, les contenus violents, la désinformation et les contenus pornographiques. Dans cette lecture, le téléphone n’est qu’un outil : le problème tient aussi aux plateformes, aux pratiques et à l’accompagnement des jeunes. La position de l’UNSA Éducation sur l’interdiction au lycée défend une approche plus large.

Les équipes de direction soulignent, de leur côté, la difficulté de faire appliquer une règle nationale sans moyens supplémentaires. La question est particulièrement sensible dans les lycées où les élèves sont plus âgés et parfois majeurs. Une règle perçue comme trop infantilisante peut provoquer davantage de contestations, surtout si les modalités varient fortement d’un établissement à l’autre.

Le gouvernement met en avant la santé et les apprentissages. Les opposants insistent sur la responsabilité des élèves, la liberté d’usage et les conditions de travail des personnels. Les deux approches se rejoignent toutefois sur un point : l’omniprésence des écrans modifie la vie scolaire et impose un cadre plus lisible.

Le prochain enjeu : faire respecter la règle

Le débat ne porte désormais plus seulement sur le principe de l’interdiction. Il concerne son application quotidienne. Les prochains mois permettront d’observer les solutions retenues par les lycées, les réactions des élèves et la charge imposée aux équipes éducatives.

Il faudra aussi vérifier si la mise à l’écart du téléphone améliore durablement l’attention et le climat scolaire. L’autre échéance sera celle du débat sur l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux. Après plusieurs rebondissements constitutionnels et parlementaires, ce dossier reste distinct de l’interdiction du téléphone au lycée. Il pourrait pourtant prolonger la même question : comment protéger les adolescents sans les tenir à l’écart du monde numérique ?

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