Blocus des lycées : la colère sur les moyens échappe-t-elle au récit politique de La France insoumise ?
Né de difficultés concrètes dans les établissements, le mouvement de blocage des lycées est soutenu par LFI. Mais les revendications des élèves ne prouvent pas une mobilisation pilotée par le parti, tandis que les enseignants gardent leur propre ligne.

Le mouvement est parti de revendications locales sur les professeurs absents, les classes chargées et le manque de personnels. La France insoumise le soutient et cherche à lui donner une portée nationale, sans que cela établisse un pilotage du mouvement. Les syndicats enseignants partagent certaines alertes, mais ne suivent pas la même stratégie.
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Quand un lycée ferme ses portes, les premiers concernés sont les élèves, leurs familles et les personnels. Mais que revendiquent réellement les jeunes mobilisés ? Et quelle place La France insoumise occupe-t-elle dans un mouvement né de problèmes très concrets, comme les classes chargées ou les professeurs absents ?
Une mobilisation partie du quotidien des lycéens
Le mouvement a commencé le 21 septembre 2026 au lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans le Val-de-Marne. Des élèves dénonçaient plusieurs postes d’enseignants non pourvus. En quelques jours, des actions ont gagné d’autres établissements d’Île-de-France, puis plusieurs villes de province.
Les revendications ne se limitent pas à une consigne nationale. Elles varient selon les établissements. Les élèves citent le manque de professeurs, d’assistants d’éducation, d’infirmières et d’assistantes sociales. Ils dénoncent aussi les classes surchargées, les bâtiments dégradés, les emplois du temps difficiles et la pression liée à Parcoursup, la plateforme d’accès à l’enseignement supérieur.
Le 29 septembre, l’Union syndicale lycéenne a appelé à bloquer les établissements dans toute la France. Selon le ministère de l’Intérieur, 180 établissements avaient été perturbés le 28 septembre. Le lendemain, des actions ont été recensées dans près de 410 lycées, soit plus de 11 % des établissements publics et privés du pays, d’après les chiffres relayés par la presse.
Ces chiffres recouvrent des situations différentes. Une tentative de blocage ne signifie pas nécessairement qu’un lycée est resté fermé toute la journée. Dans certains établissements, les élèves ont manifesté devant les grilles. Dans d’autres, les cours ont été suspendus ou fortement perturbés.
Le rôle visible de La France insoumise
La France insoumise a rapidement choisi de soutenir la mobilisation. Le député Louis Boyard s’est rendu à Créteil dès le début du mouvement. Il a ensuite appelé à son extension, en affirmant que les élèves manquaient de moyens alors que les lycées favorisés disposeraient de meilleures conditions.
D’autres élus insoumis ont relayé des images de rassemblements et dénoncé les interventions policières autour de certains établissements. À Saint-Denis, le maire Bally Bagayoko s’est rendu devant un lycée bloqué. À Aubervilliers, le député Bastien Lachaud a également été présent aux côtés de jeunes mobilisés.
Jean-Luc Mélenchon a, lui aussi, pris position. Il a décrit les lycéens mobilisés comme « inoffensifs » et accusé le gouvernement d’organiser une « répression irresponsable ». Il a aussi évoqué une dimension raciste dans la réponse apportée au mouvement.
Cette stratégie bénéficie clairement à LFI. Elle permet au parti de se placer du côté d’une jeunesse qui dénonce les inégalités scolaires, la précarité des services publics et les violences policières. Elle offre aussi à ses élus une présence visible sur le terrain, à quelques mois de l’élection présidentielle.
Pour autant, soutenir un mouvement ne signifie pas nécessairement l’avoir créé. Les premiers éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer que LFI aurait déclenché l’ensemble des blocages. Les autorités elles-mêmes ont reconnu que la diffusion du mouvement restait difficile à retracer.
Réseaux sociaux et figures militantes : une influence, pas une preuve de contrôle
Les réseaux sociaux ont joué un rôle important dans la circulation des appels. Des groupes se sont formés sur Snapchat, Instagram et TikTok. Des vidéos et des tracts appelant au blocage ont rapidement circulé, parfois avec des revendications propres à chaque lycée.
Cette viralité ne prouve cependant pas une organisation centralisée. Plusieurs contenus ont été publiés par des comptes spécialisés dans les vidéos spectaculaires. Des affiches fabriquées ou modifiées rapidement ont également circulé. Le mouvement semble donc combiner des mobilisations locales, des relais militants et un effet d’amplification numérique.
Deux responsables lycéens incarnent la dimension politique du mouvement. Manès Nadel, ancien président de l’Union syndicale lycéenne, s’était fait connaître lors de la mobilisation contre la réforme des retraites en 2023. Son successeur, Ryad Rani, dirige aujourd’hui l’organisation qui appelle à généraliser les blocages.
Ryad Rani a aussi figuré en troisième position sur une liste de La France insoumise à Wattrelos lors des élections municipales. Ce parcours nourrit les accusations de proximité entre l’organisation lycéenne et le parti. Mais une proximité politique ne suffit pas à établir que les élèves mobilisés recevraient leurs consignes de LFI.
Les enseignants ne suivent pas le même scénario
La situation des professeurs doit être distinguée de celle des élèves. Les enseignants dénoncent depuis longtemps le manque de moyens, les classes trop nombreuses et la dégradation de leurs conditions de travail. Cependant, les organisations syndicales ne se sont pas fondues dans la stratégie des blocages lycéens.
Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, a critiqué l’affrontement entre le gouvernement et LFI. Elle a demandé que les violences cessent, que les élèves et les personnels soient protégés et qu’un espace de dialogue soit ouvert avec les lycéens.
L’UNSA Éducation a, de son côté, condamné les violences commises devant certains établissements. Le syndicat continue de réclamer davantage de moyens, mais privilégie le dialogue social et l’action syndicale. Cette position montre que les revendications des personnels peuvent rejoindre celles des élèves sans que les enseignants soient à l’origine des blocages.
Cette distinction compte. Dans un lycée, les professeurs subissent eux aussi les conséquences d’une fermeture ou d’affrontements aux grilles. Les personnels d’éducation, les agents et les équipes de direction doivent gérer les tensions, les absences et la sécurité. Ils peuvent partager le diagnostic sur le manque de moyens tout en refusant la méthode du blocage.
Le gouvernement dénonce une instrumentalisation
Le gouvernement affirme que LFI cherche à exploiter la colère lycéenne. La ministre de l’Éducation nationale et le ministre de l’Intérieur ont demandé que les blocages violents ou les dégradations soient empêchés. Les autorités ont également annoncé le renforcement de la coordination entre préfets et rectorats.
La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a accusé LFI de transformer les jeunes en « chair à canon électorale ». Cette formule vise directement la stratégie politique des insoumis. Elle défend aussi la responsabilité des pouvoirs publics face aux dégradations et aux interruptions de cours.
De son côté, LFI répond que la priorité doit être donnée aux causes de la mobilisation. Le parti accuse le gouvernement de répondre par la police à des problèmes qui relèvent de l’Éducation nationale. Cette position bénéficie aux élus insoumis, mais elle les expose aussi à une question simple : comment soutenir les revendications sans encourager les actions qui pénalisent les élèves et les personnels ?
Le débat oppose donc plusieurs réalités. Les lycéens parlent de leur quotidien. Les enseignants défendent leurs conditions de travail. Le gouvernement veut rétablir l’ordre et assurer la continuité des cours. LFI cherche à politiser la colère autour des inégalités et des moyens publics.
La suite dépendra du dialogue et de l’ampleur des blocages
Le ministère de l’Éducation nationale devait recevoir les organisations lycéennes le 2 octobre. Cette réunion doit permettre d’identifier les revendications communes et les problèmes propres à certains établissements.
La question centrale sera de savoir si le mouvement peut se maintenir au-delà de cette séquence. Les blocages peuvent donner une visibilité nationale aux élèves. Ils peuvent aussi provoquer une rupture avec les familles et les personnels lorsqu’ils s’accompagnent de violences ou empêchent durablement les cours.
Il faudra également surveiller la réponse apportée aux postes non pourvus, aux effectifs des classes et aux personnels médico-sociaux. Sans mesures concrètes, la mobilisation pourrait retomber sans faire disparaître les difficultés qui l’ont nourrie. À l’inverse, une politisation excessive pourrait réduire une colère diffuse à un simple affrontement entre LFI et le gouvernement.



