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ÉCONOMIE Services publics, dette : l’équation LFI

Budget LFI 2027 : comment financer les services publics tout en promettant de réduire le déficit et la dette ?

Jean-Luc Mélenchon avance 106,4 milliards d’euros de recettes nouvelles et 81,7 milliards de dépenses pour 2027. Le projet mise sur de nouveaux prélèvements et promet une amélioration de 25 milliards des comptes publics.

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En bref

Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel présentent un projet budgétaire pour 2027 avec 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires et 81,7 milliards de dépenses nouvelles. L’écart, proche de 25 milliards, améliorerait le solde prévu, mais le déficit resterait à 5 % du PIB selon LFI. Le financement dépendrait notamment de nouveaux impôts sur le patrimoine et le capital.

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Peut-on augmenter les moyens des services publics tout en réduisant le déficit ? La France insoumise répond oui, à condition de prélever davantage sur le patrimoine et les revenus du capital.

Jean-Luc Mélenchon a présenté, mercredi 14 octobre 2026, le budget qu’il défendrait après une victoire à la présidentielle de 2027. Avec Éric Coquerel, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, il annonce 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires et 81,7 milliards de dépenses nouvelles. Il promet aussi de consacrer « 25 milliards » à la diminution de la dette. Ces montants décrivent des changements par rapport au budget existant, pas l’ensemble des finances publiques.

Une autre répartition de l’effort budgétaire

Le calendrier explique la nature du projet. Le gouvernement de Sébastien Lecornu défend actuellement son budget 2027 devant l’Assemblée nationale. LFI prépare, de son côté, un budget rectificatif : un texte destiné à modifier les recettes et les dépenses en cours d’année. Son application dépendrait donc d’une victoire électorale, puis de l’adoption des mesures proposées.

Le choix politique porte d’abord sur ceux qui doivent contribuer. Jean-Luc Mélenchon défend une « démarche de rationalité économique », opposée à la « culture dominante » du « néolibéralisme ». Il accuse les présidents Macron, Hollande et Sarkozy d’avoir affaibli les ressources de l’État. Son objectif : financer davantage de dépenses sociales grâce à de nouveaux prélèvements.

Le contexte laisse cependant peu de marge. Dans une analyse des finances publiques publiée en septembre, le Trésor chiffre le déficit de 2025 à 5,1 % du produit intérieur brut, la richesse produite en un an. La dette atteint 115,7 % du PIB. L’administration souligne notamment le poids des crises successives, des intérêts, de la défense et du vieillissement.

25 milliards : moins de déficit ne signifie pas moins de dette

Une distinction change la lecture de l’annonce. Le déficit correspond au manque de recettes pour couvrir les dépenses d’une année. La dette représente les emprunts accumulés. Réduire le premier ne suffit donc pas à faire baisser immédiatement la seconde. LFI évoque d’ailleurs un déficit restant à 5 % du PIB dans sa présentation. Il ne s’agit pas d’un retour à l’équilibre.

Autre point à préciser : la soustraction des deux montants annoncés donne 24,7 milliards d’euros, soit environ 25 milliards. Cette différence améliorerait le solde budgétaire si les recettes et les dépenses atteignaient bien les niveaux prévus. Elle ne constituerait pas automatiquement un remboursement net de dette, puisque les comptes resteraient déficitaires. C’est une conséquence arithmétique des chiffres présentés.

Jean-Luc Mélenchon rapproche cet effort des 125 milliards d’euros préconisés par des économistes missionnés par Bercy. Mais les périmètres comptent. Le Trésor présente cette recommandation comme une amélioration à atteindre en 2032, par rapport à une trajectoire sans changement de politique. La comparaison ne valide donc pas, à elle seule, les recettes ni les effets économiques du projet insoumis.

Patrimoine et capital financeraient les nouvelles dépenses

Parmi les recettes envisagées, LFI chiffre un « ISF climatique » à 10 milliards d’euros. Le mouvement attend également 9 milliards de la suppression de la flat tax, le prélèvement forfaitaire sur certains revenus du capital. Une taxe visant les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros rapporterait, selon ses estimations, 15 milliards. Ce sont des rendements annoncés, non des sommes déjà disponibles.

Le parti prévoit aussi de réduire plusieurs avantages fiscaux. Il cible notamment le crédit d’impôt recherche et le pacte Dutreil, qui allège la fiscalité de certaines transmissions d’entreprises. Les contribuables concernés perdraient ainsi une partie de leurs avantages. Les effets différeraient toutefois selon leur patrimoine, leurs revenus et les dispositifs qu’ils utilisent : toutes les entreprises ne seraient pas touchées de la même manière.

En contrepartie, les dépenses viseraient notamment les fonctionnaires, les retraités, les jeunes en formation et les usagers des services publics. Le programme comprend une hausse des rémunérations publiques, l’indexation des pensions et prestations sur l’inflation, des cantines gratuites et des moyens pour l’hôpital. LFI propose également un Smic à 1 700 euros nets.

Ces annonces ne fonctionnent pas toutes de la même façon. Une prestation augmente directement le revenu disponible. Un recrutement doit, lui, se traduire par un poste effectivement pourvu pour améliorer le service. De même, relever le salaire minimum concerne les employeurs comme les salariés : ce n’est pas simplement une dépense supplémentaire de l’État. Cette distinction importe pour apprécier les bénéficiaires et les coûts du programme.

Deux stratégies économiques, un chiffrage à approfondir

LFI mise sur un enchaînement : davantage de pouvoir d’achat et de dépenses publiques soutiendrait l’activité, puis les recettes. Éric Coquerel défend ainsi une politique sans « effet récessif ». À l’inverse, l’équipe d’Édouard Philippe dénonce un « matraquage fiscal inédit » et une « logique d’économie administrée ». Elle privilégie donc la protection des acteurs qui supporteraient les prélèvements supplémentaires. Ces réactions expriment des choix politiques, pas une évaluation indépendante du rendement des mesures.

L’analyse du Trésor rappelle une autre contrainte : restaurer des marges budgétaires exige un effort durable, alors que plusieurs dépenses progressent structurellement. Le débat dépasse ainsi l’alternative entre impôts et économies. Il concerne aussi la capacité à financer les engagements dans le temps, sans compter deux fois une même recette ni confondre croissance espérée et recettes acquises.

La prochaine étape annoncée est la présentation du programme présidentiel complet de LFI en novembre 2026. Son chiffrage doit suivre au début de 2027. Ces documents permettront d’examiner le calendrier des dépenses, le détail des prélèvements et leur articulation avec les 25 milliards d’amélioration budgétaire promis.

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