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ÉCONOMIE Les grandes fortunes dans le débat budgétaire

Dette publique : Thomas Piketty veut faire contribuer les grandes fortunes, mais la gauche doit encore trancher le montant et les règles

Thomas Piketty défend un impôt exceptionnel sur les très hauts patrimoines pour répondre à la dette et conteste l’ouverture de la primaire de gauche. Le débat porte désormais sur les modalités du prélèvement et sur les choix des candidats.

Quelques pièces en euros près d’une fiche vierge sur une table d’inscription, avec une urne et des isoloirs flous en arrière-plan.
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En bref

Thomas Piketty propose un impôt exceptionnel sur les très hauts patrimoines, inspiré du dispositif créé en 1945, afin de contribuer au financement public. Il plaide aussi pour un référendum et critique le périmètre de la primaire sociale-démocrate. Le barème, les exemptions et les modalités de paiement restent à préciser, tandis que les risques pour les entreprises et l’investissement alimentent

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Qui doit payer pour réduire la dette : les contribuables ordinaires, les usagers des services publics ou les détenteurs des plus grandes fortunes ? Derrière les critiques de Thomas Piketty contre Raphaël Glucksmann, c’est cette question qui traverse la gauche avant la présidentielle de 2027.

Une victoire à la primaire, pas un accord sur le programme

Thomas Piketty ne prévoit pas, à ce stade, de contribuer à la campagne de Raphaël Glucksmann. Interrogé le 15 octobre 2026, l’économiste juge cette collaboration « peu probable ». Son motif tient en quelques mots : le candidat n’est, à ses yeux, « pas suffisamment à gauche ».

Ce jugement ne constitue toutefois pas un soutien à un concurrent. L’ancien contributeur à la campagne de Benoît Hamon en 2017 explique attendre les propositions des différents candidats. Il veut déplacer la discussion des personnes vers les choix économiques, notamment la répartition de l’effort budgétaire.

Raphaël Glucksmann sort vainqueur d’une primaire sociale-démocrate. Mais Piketty conteste le périmètre de cette sélection. Il aurait souhaité une consultation réunissant davantage de sensibilités, avec François Ruffin, Clémentine Autain ou Marine Tondelier. Pour lui, désigner un candidat ne remplace pas une discussion collective sur le programme.

Quinze euros pour voter : une règle qui divise

L’économiste critique aussi le coût de participation : quinze euros par personne. Il y voit une procédure « assez élitiste ». Cette objection existait déjà au sein du Parti socialiste. Le courant d’Olivier Faure, Philippe Brun et Ségolène Royal avaient contesté ce tarif lors de l’adoption des règles. Les modalités de la primaire sociale-démocrate prévoyaient également une cotisation préalable au vote.

Le désaccord concerne donc l’accès à la décision. Une consultation payante impose la même somme à tous, mais pas le même effort financier. Pour un sympathisant au budget serré, cette dépense peut peser davantage que pour un électeur aisé. Cela ne suffit cependant pas à établir le profil social réel des participants.

Sur le plan politique, une primaire limitée au pôle social-démocrate permet au PS et à Place publique d’organiser leur propre offre. À l’inverse, une consultation élargie donnerait aux autres courants de gauche une possibilité supplémentaire de peser sur la candidature commune. Les règles déterminent ainsi qui participe, mais aussi quelles orientations entrent en concurrence.

Un prélèvement exceptionnel plutôt qu’un simple retour de l’ISF

La proposition centrale de Piketty porte sur un impôt de solidarité nationale. Il souhaite un prélèvement exceptionnel sur les très hauts patrimoines, avec des taux supérieurs à ceux de l’ancien impôt de solidarité sur la fortune, l’ISF. Il défend aussi l’absence d’exemptions, afin de ne pas laisser certaines catégories de biens hors du calcul.

Son précédent historique est l’impôt créé en 1945. Attention au chiffre : dans ses écrits, Piketty évoque un taux atteignant 20 % sur les plus hauts patrimoines, et non 2 %. Il distingue ce prélèvement de la contribution sur les enrichissements de guerre, qui pouvait atteindre 100 %. Ces dispositifs exceptionnels répondaient aux circonstances de l’après-guerre.

Cette référence ne fournit pas, à elle seule, un barème pour aujourd’hui. Dans son intervention, l’économiste laisse les candidats proposer leurs taux. Sans seuil d’entrée, calendrier de paiement et règles d’évaluation précis, on ne peut donc pas déterminer les contribuables concernés ni annoncer une recette fiable.

Il faut également distinguer ce projet de l’impôt plancher de 2 % discuté au Parlement en 2025. Celui-ci visait les patrimoines dépassant 100 millions d’euros. Son principe : compléter certains impôts déjà payés lorsque leur total restait inférieur à 2 % de la fortune nette. Le Sénat a rejeté cette proposition le 12 juin 2025.

Qui supporterait l’effort, avec quelles conséquences ?

Piketty défend un arbitrage : mobiliser les plus grandes fortunes pour réduire la pression sur les autres contribuables et les dépenses collectives. Les ménages dépendant fortement des services publics auraient intérêt à éviter leur dégradation. Mais cet objectif ne garantit pas, en lui-même, l’efficacité du prélèvement.

Une difficulté concrète concerne la différence entre patrimoine et argent disponible. Détenir des actions d’entreprise ne signifie pas disposer de leur valeur sur un compte bancaire. Un prélèvement élevé pose donc des questions de paiement différentes selon que la fortune comprend des liquidités, des immeubles ou des participations professionnelles.

C’est l’une des objections avancées par la commission des finances du Sénat contre l’impôt plancher de 2025. Elle redoutait des ventes d’actions contraintes, une déstabilisation de l’actionnariat et des départs fiscaux. Cette position protège notamment les intérêts des détenteurs de patrimoines professionnels, au nom de la continuité des entreprises et de l’investissement. Ces risques doivent être distingués de conséquences certaines.

La confrontation porte ainsi sur deux exigences : faire contribuer davantage les plus fortunés et concevoir un dispositif effectivement recouvrable. Le traitement des biens professionnels, les délais de paiement et les moyens de contrôle pèseront autant que le taux affiché.

Le référendum, autre ligne de bataille

Piketty souhaite enfin soumettre cet impôt au référendum, un vote direct des citoyens sur un texte. Il entend opposer une consultation sur le partage de l’effort financier au projet du Rassemblement national centré sur l’immigration.

Ce choix exige toutefois un montage juridique précis. L’article 11 de la Constitution encadre les sujets et les procédures du référendum national. Revendiquer une consultation ne suffit donc pas à arrêter ses conditions d’organisation ni le contenu du texte proposé. Le cadre du référendum en France distingue plusieurs voies institutionnelles.

La prochaine étape à surveiller sera la traduction de ces positions dans les programmes présidentiels : seuil de patrimoine, taux, exemptions éventuelles et modalités de paiement. Ce sont ces paramètres, davantage que les étiquettes politiques, qui permettront de mesurer l’écart entre Glucksmann et ses concurrents à gauche.

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