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ÉCONOMIE Pouvoir d’achat sous tension

Chèque énergie à 500 euros : la promesse de Glucksmann face au défi du financement public et des classes moyennes

Raphaël Glucksmann propose de porter le chèque énergie à 500 euros et de l’étendre aux classes moyennes. Une mesure estimée à quatre milliards d’euros, financée en partie par une taxation des superprofits.

Une enveloppe de chèque énergie posée sur des factures d’électricité et de gaz dans une cuisine modeste.
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En bref

Raphaël Glucksmann propose de porter le chèque énergie à 500 euros et de l’ouvrir aux classes moyennes. Le coût serait évalué à quatre milliards d’euros, avec deux milliards issus d’une taxation des superprofits et le solde financé par la puissance publique. La proposition soulève la question de son ciblage et de sa soutenabilité budgétaire.

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Quand le chauffage, les trajets et l’électricité prennent une part croissante du budget, quelle aide peut réellement soulager les ménages ? Raphaël Glucksmann propose de porter le chèque énergie à 500 euros et de l’ouvrir davantage aux classes moyennes.

Une aide qui ne couvre pas toutes les dépenses

Le chèque énergie aide les ménages modestes à payer leur électricité, leur gaz, leur fioul ou certains travaux de rénovation. Son montant dépend des revenus et de la composition du foyer.

Le dispositif concerne plusieurs millions de foyers. En 2023, il a bénéficié à environ 5,6 millions de ménages. Son montant annuel variait alors de 48 à 277 euros, selon le niveau de revenu fiscal et le nombre de personnes dans le logement. Les données officielles sur le chèque énergie et la précarité énergétique montrent toutefois que cette aide ne suffit pas toujours à compenser la hausse des factures.

Le problème ne concerne d’ailleurs pas uniquement les ménages les plus pauvres. Une famille située juste au-dessus des plafonds peut aussi subir fortement la hausse des prix. Elle peut posséder une voiture indispensable pour travailler, vivre dans un logement mal isolé ou dépendre du chauffage au fioul. Pourtant, elle ne bénéficie pas nécessairement des aides les plus importantes.

Glucksmann veut un chèque de 500 euros

Dans un entretien accordé samedi depuis Bram, dans l’Aude, Raphaël Glucksmann a demandé une intervention plus forte de l’État. Le coprésident de Place publique propose de tripler le montant de référence du chèque énergie.

« Il faut le monter à 500 euros et il faut l’étendre aux classes moyennes », a-t-il déclaré. Il estime que la situation est devenue « intenable » pour les personnes qui utilisent leur voiture afin d’aller travailler.

Son constat porte donc sur plusieurs dépenses à la fois. L’électricité et le gaz pèsent sur le logement. Le carburant renchérit les déplacements. Le fioul touche encore certains territoires ruraux et des logements éloignés des réseaux de gaz. Pour les ménages concernés, ces coûts sont difficiles à réduire rapidement.

Glucksmann juge aussi nécessaire une réponse publique plus massive. « Si on n’a pas une réaction à la hauteur de l’État, on aura une implosion sociale », a-t-il affirmé. Il associe ainsi la facture énergétique à une crise plus large du pouvoir d’achat et de la confiance politique.

Une mesure estimée à quatre milliards d’euros

Selon l’évaluation avancée par le responsable politique, le triplement du chèque énergie et son élargissement coûteraient environ quatre milliards d’euros. La moitié de cette somme pourrait venir d’une taxation des « superprofits », c’est-à-dire de bénéfices jugés exceptionnellement élevés dans un contexte de crise.

Raphaël Glucksmann cible notamment les grandes multinationales pétrolières. Il reproche au gouvernement français de bloquer, au niveau européen, une taxation plus ambitieuse. Il met aussi en cause les bénéfices et les dividendes versés par les groupes du secteur.

Les deux milliards restants seraient pris en charge par la puissance publique. Cette formulation laisse ouverte une question centrale : faudrait-il augmenter les recettes, réduire d’autres dépenses ou accroître le déficit ? Le financement précis n’est pas détaillé dans la proposition présentée samedi.

Le choix d’une aide directe aurait un avantage immédiat. Il permettrait de soutenir rapidement les ménages éligibles, sans attendre la rénovation de leur logement ou le remplacement de leur véhicule. En revanche, il ne réduit pas la consommation d’énergie. Il compense une partie de la facture, mais ne règle pas la dépendance au chauffage coûteux ou à la voiture.

Les gagnants et les limites du dispositif

Les ménages les plus modestes seraient les premiers bénéficiaires. Une aide portée à 500 euros pourrait limiter les impayés et les arbitrages difficiles entre chauffage, alimentation et transport.

L’extension aux classes moyennes répondrait à une autre difficulté. Certains foyers dépassent les seuils d’aide tout en subissant des dépenses contraintes élevées. Cette situation est fréquente dans les zones rurales et périurbaines, où les transports collectifs sont moins nombreux.

Mais une aide uniforme ne produirait pas les mêmes effets partout. Un ménage vivant dans un petit appartement bien isolé ne dépense pas autant qu’une famille occupant une maison ancienne. De même, un salarié travaillant près de son domicile n’a pas les mêmes charges qu’un employé parcourant plusieurs dizaines de kilomètres chaque jour.

Le dispositif pourrait aussi soutenir indirectement les fournisseurs d’énergie. Lorsque les ménages reçoivent une aide pour payer leurs factures, une partie de l’argent public revient aux entreprises qui vendent l’électricité, le gaz ou le fioul. C’est l’une des critiques régulièrement formulées contre les aides générales : elles soulagent les consommateurs, mais ne modifient pas forcément les prix.

Le débat sur les « superprofits » reste ouvert

La taxation des bénéfices exceptionnels est défendue par plusieurs responsables de gauche. Leur argument est simple : les entreprises qui profitent fortement d’une crise doivent contribuer davantage à son financement.

Le gouvernement a, de son côté, déjà contesté le principe d’une taxe générale fondée uniquement sur le niveau des profits. En septembre 2022, Gabriel Attal expliquait que le débat devait tenir compte de la situation particulière des marchés de l’énergie et des réponses européennes. Le débat public sur la taxation des superprofits dans le secteur de l’énergie oppose ainsi deux approches : taxer davantage les entreprises bénéficiaires ou agir sur les prix et les mécanismes du marché.

Le cadre européen complique également la décision. La fiscalité de l’énergie est encadrée par plusieurs règles européennes, notamment sur les carburants et les produits gaziers. La fiscalité française de l’électricité, du gaz et des produits pétroliers dépend donc à la fois de choix nationaux et de contraintes communes.

Pour les grandes entreprises, une taxe supplémentaire réduirait une partie des bénéfices distribuables. Pour l’État, elle offrirait une recette nouvelle, mais potentiellement variable selon les cours mondiaux et les résultats des groupes. Pour les ménages, tout dépendrait de la rapidité du versement et des critères retenus.

Les prochaines étapes à surveiller

La proposition doit désormais être précisée sur trois points : le nombre de bénéficiaires, les critères d’accès pour les classes moyennes et la méthode de financement.

Il faudra aussi déterminer si l’aide concernerait uniquement les factures d’énergie ou si elle intégrerait le carburant. Cette distinction est importante. Le chèque énergie actuel vise principalement le logement. Une aide dédiée aux déplacements toucherait davantage les actifs dépendants de leur voiture.

Enfin, le débat pourrait s’inscrire dans les discussions sur le programme de la gauche et sur la présidentielle de 2027. L’enjeu sera de savoir si cette promesse reste une mesure d’urgence ou si elle s’accompagne d’une stratégie plus longue sur l’isolation des logements, les transports et les prix de l’énergie.

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