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ÉCONOMIE & SOCIéTé

Livret A à 1,7 % : la Banque de France relève le taux, conséquence directe de l’inflation provoquée par la guerre au Moyen-Orient

Le taux du livret A passe de 1,5 % à 1,7 % au 1er août 2026. Derrière ce relèvement, le retour de l'inflation importée par la guerre au Moyen-Orient et un arbitrage politique de Bercy.

Combien rapporte votre épargne de précaution ? La réponse vient de changer. Ce mardi 15 juillet, la Banque de France a annoncé sa recommandation : le taux du livret A sera relevé de 1,5 % à 1,7 % à compter du 1er août 2026. Une hausse qui semble modeste, mais qui raconte une histoire plus large, celle du retour de l’inflation importée par la guerre au Moyen-Orient.

La mécanique est limpide. Depuis le déclenchement du conflit en février 2026 et le blocage partiel du détroit d’Ormuz, par lequel transite un baril de pétrole sur cinq produit dans le monde, les cours des hydrocarbures ont bondi de 50 % en quelques semaines. L’inflation française, qui n’était que de 0,9 % en février, a brutalement accéléré : 1,7 % en mars, un pic à 2,4 % en mai, avant de se stabiliser à 1,8 % en juin selon les données définitives de l’Insee. Le prix du gazole a frôlé les 2,20 euros le litre, son plus haut niveau depuis 1985.

La formule de calcul rattrapée par la géopolitique

Le taux du livret A est calculé selon une formule réglementaire qui combine la moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac et le taux interbancaire de court terme de la zone euro (€STR). Appliquée aux données du premier semestre 2026, cette formule aboutit à un taux théorique de 1,7 %, en hausse par rapport aux 1,5 % en vigueur depuis février. Le gouverneur de la Banque de France a choisi de suivre strictement le résultat de la formule, sans coup de pouce ni lissage.

Le ministre de l’Économie Roland Lescure avait préparé le terrain fin juin en annonçant que le taux serait « orienté à la hausse dans l’été ». La décision finale lui revient : le taux du livret A reste un acte politique, le gouvernement pouvant s’écarter de la recommandation du gouverneur. Cette fois, l’exécutif n’a pas eu de raison de déroger.

Un rendement réel toujours négatif

Faut-il pour autant se réjouir ? Pas vraiment. À 1,7 %, le livret A reste en dessous de l’inflation courante. Le rendement réel, c’est-à-dire le gain une fois l’érosion des prix prise en compte, demeure négatif. Concrètement, un épargnant qui laisse 10 000 euros sur son livret A pendant un an gagne 170 euros d’intérêts nets, mais perd davantage en pouvoir d’achat si l’inflation se maintient autour de 2 %. L’épargne de précaution est protégée en valeur nominale, pas en valeur réelle.

Le livret d’épargne populaire (LEP), destiné aux ménages modestes (revenus inférieurs à un certain plafond fiscal), bénéficie d’un traitement plus favorable. Le gouverneur a recommandé de le porter à 2,7 %, soit un point de plus que le livret A, avec un « coup de pouce » de 0,5 point par rapport au résultat brut de la formule. Cette bonification, systématique depuis plusieurs années, a permis de porter le nombre de LEP de 8,3 millions fin 2022 à près de 12 millions aujourd’hui.

L’enjeu du logement social en toile de fond

Derrière les taux, il y a un équilibre budgétaire plus discret. L’essentiel de la collecte du livret A est centralisé à la Caisse des dépôts, qui l’utilise pour financer le logement social et les investissements des collectivités locales. En 2024, 21 milliards d’euros de nouveaux prêts ont été signés à ce titre. Relever le taux du livret A, c’est aussi renchérir le coût de financement du logement social, dans un contexte où les bailleurs sociaux sont déjà sous pression budgétaire. L’arbitrage n’est jamais purement technique.

La Banque de France projette plusieurs scénarios pour la suite. Si le conflit au Moyen-Orient se prolonge et que l’inflation se maintient autour de 2,5 % au second semestre, le taux théorique du livret A pourrait atteindre 2 %, voire 2,2 % en février 2027. L’issue dépendra autant des négociations diplomatiques dans le Golfe que des décisions de la BCE sur ses taux directeurs. La prochaine révision est fixée au 15 janvier 2027.

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