Pêcheurs artisans et littoraux menacés : le plan écologique veut faire payer la transition aux plus gros patrimoines
Marine Tondelier propose de décarboner les ports et de mieux protéger les pêcheurs artisans face à la hausse du carburant. Son plan prévoit aussi un fonds pour les littoraux menacés et une taxe sur les très gros héritages.

Marine Tondelier veut réduire la dépendance des ports aux énergies fossiles et mieux protéger les pêcheurs artisans face à la hausse du carburant et à la concurrence des gros navires. Son programme prévoit aussi un fonds de solidarité pour les habitants menacés par la montée des eaux, financé notamment par une taxe sur les très gros héritages.
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Que devient un métier quand le carburant augmente, que les poissons se déplacent et que de gros navires viennent exploiter les mêmes zones ? Pour les petits pêcheurs, la transition écologique ne peut pas se résumer à de nouvelles contraintes. Elle doit aussi réduire leurs coûts et protéger leur activité.
Un littoral soumis à plusieurs pressions
La pêche française affronte plusieurs difficultés en même temps. Le prix du carburant pèse directement sur les sorties en mer. Les ressources halieutiques, c’est-à-dire les poissons et les autres espèces capturées, évoluent aussi sous l’effet du changement climatique.
Les professionnels doivent parfois naviguer plus loin pour trouver certaines espèces. Cette distance supplémentaire augmente la consommation de carburant. Elle réduit donc les marges des bateaux, surtout lorsque les équipages vendent leur production à des prix qu’ils ne maîtrisent pas.
La flotte française reste majoritairement composée de petits navires. Pourtant, ces bateaux ne disposent pas des mêmes moyens que les unités industrielles pour investir dans de nouveaux moteurs, des équipements moins énergivores ou des systèmes de propulsion alternatifs.
Le sujet dépasse donc la seule question environnementale. Il touche l’emploi dans les ports, l’approvisionnement des poissonneries et l’avenir de territoires côtiers souvent dépendants de quelques activités.
Marine Tondelier veut transformer les ports
À Wissant, dans le Pas-de-Calais, Marine Tondelier a présenté les propositions des Écologistes pour les littoraux, les mers et les océans. Le lendemain, mardi 15 septembre 2026, elle a défendu l’idée de « décarboner l’activité portuaire » pour soutenir les pêcheurs.
La décarbonation consiste à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Dans un port, elle peut passer par une alimentation électrique à quai, des équipements moins polluants ou une meilleure organisation des opérations. Le but est de limiter l’usage du fioul lorsque les navires sont à l’arrêt.
Cette orientation ne ferait pas baisser automatiquement la facture de chaque pêcheur. Elle pourrait cependant réduire certains coûts portuaires et préparer les infrastructures à des carburants moins émetteurs. Elle suppose aussi des investissements importants, ainsi qu’un accompagnement financier pour les ports de petite et moyenne taille.
La Commission européenne encourage déjà l’alimentation électrique à quai et les investissements dans les carburants propres. Elle prévoit également une feuille de route pour la transition énergétique de la pêche et de l’aquaculture à partir de 2026. Les orientations européennes sur la décarbonation des ports et de la pêche donnent donc un cadre à cette proposition.
Protéger les artisans face aux gros navires
Marine Tondelier affirme qu’il faut soutenir les pêcheurs artisans. Elle s’oppose à la présence de « très gros chalutiers » près des côtes, qu’elle accuse de concurrencer les petits bateaux dans l’accès aux quotas et aux zones de pêche.
Son raisonnement est simple. Les navires industriels peuvent capturer d’importants volumes. Les bateaux côtiers, eux, dépendent davantage de la qualité de la ressource et de la vente locale. Lorsque les espèces se raréfient, la concurrence devient plus difficile à supporter pour les plus petites entreprises.
Le débat oppose toutefois plusieurs intérêts. Les armements industriels défendent leur activité, leurs emplois et leur capacité à fournir des volumes réguliers. Les pêcheurs côtiers réclament, de leur côté, un accès mieux protégé aux ressources. Les consommateurs veulent enfin des prix abordables, alors que les coûts de production augmentent.
La question des quotas ne peut donc pas être séparée de celle du contrôle. Les règles européennes déterminent une partie des volumes autorisés. La France doit ensuite répartir ces possibilités entre les différents métiers, tout en respectant les objectifs de conservation des stocks.
À l’Assemblée nationale, les difficultés de la filière ont été associées à la baisse des ressources, au vieillissement de la flotte, au manque d’attractivité du métier et à la complexité des aides européennes. Un chalutier peut consommer jusqu’à 12 000 litres de carburant lors d’une seule sortie, selon une réponse parlementaire consacrée au soutien à la pêche. La réponse de l’Assemblée nationale sur les coûts et les difficultés de la filière pêche illustre l’ampleur du problème.
Un fonds pour les habitants menacés par la mer
Le programme présenté à Wissant ne concerne pas seulement les pêcheurs. Il prévoit aussi un système de solidarité nationale pour les habitants contraints de quitter leur logement à cause de la montée des eaux.
Cette proposition répond à une difficulté très concrète. Dans certaines communes, les logements exposés au recul du trait de côte perdent progressivement de leur valeur. Les propriétaires peuvent alors se retrouver avec un bien difficile à vendre et une indemnisation incertaine.
Les Écologistes proposent donc un fonds capable d’accompagner les collectivités. Il pourrait contribuer à préempter des terrains ou des habitations menacés, puis à renaturer les secteurs les plus exposés. La renaturation consiste à rendre davantage de place aux milieux naturels, par exemple aux dunes, afin de mieux absorber les effets de l’érosion.
Les bénéfices attendus ne seraient pas identiques partout. Les communes touristiques disposent parfois de ressources fiscales importantes. Les petites collectivités, elles, peuvent manquer d’ingénierie et de moyens pour préparer les relocalisations. Un dispositif national devrait donc éviter de laisser les territoires les moins riches gérer seuls les conséquences du changement climatique.
Taxer les très gros héritages pour financer la transition
Marine Tondelier propose aussi de créer un fonds consacré à la transition écologique. Elle veut taxer de 10 % supplémentaires les 1 % des héritages les plus élevés, soit les transmissions supérieures à 4 millions d’euros selon son chiffrage.
Elle estime que cette mesure, complétée par la suppression de certaines niches successorales, pourrait rapporter entre 10 et 15 milliards d’euros par an. Cet argent financerait ce qu’elle appelle la « grande transition », avec l’idée de faire contribuer davantage les patrimoines les plus importants.
Cette proposition bénéficie aux collectivités et aux secteurs qui ont besoin d’investissements rapides. Elle transfère cependant une charge supplémentaire aux grandes successions. Sa mise en œuvre poserait des questions techniques : définition exacte de l’assiette, articulation avec les donations et risque de stratégies d’évitement.
Le financement reste donc le point central. Moderniser les ports, accompagner les pêcheurs, indemniser les habitants exposés et adapter les communes littorales exigeraient des dépenses durables. La promesse politique devra être confrontée à un calendrier, à des règles précises et à un débat parlementaire.
Les prochaines étapes à surveiller
Le premier enjeu sera de connaître le détail des mesures annoncées. Il faudra notamment vérifier quels ports seraient prioritaires, quels équipements seraient financés et quelle aide serait proposée aux petits armements.
Le second concernera le partage de l’espace maritime. La protection des pêcheurs côtiers devra être conciliée avec les objectifs européens, les besoins des armements plus importants et les impératifs de préservation des stocks.
Enfin, la question du financement permettra de mesurer la portée réelle du programme. Les propositions sur les héritages, le fonds d’adaptation et la transition portuaire devront être précisées dans les prochains documents de campagne et, si elles sont retenues, dans un éventuel projet de loi.



