Pourquoi la reconduction de Patricia Barbizet à la présidence de l’Afep en 2026 oblige les citoyens à s’interroger sur qui pèse réellement dans les choix fiscaux et industriels

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La reconduction annoncée de Patricia Barbizet à la tête de l’Afep pour un an relance le débat sur l’influence du grand patronat. Cet article analyse les enjeux fiscaux, industriels et la tension entre compétitivité et justice fiscale pour les citoyens.

Quand une grande entreprise veut parler impôts, compétitivité, énergie ou règles européennes, elle ne le fait presque jamais seule. En France, ce rôle revient souvent à l’Afep, l’association des grandes entreprises françaises. En juin, Patricia Barbizet doit y être reconduite pour un an. Elle prolongerait ainsi une présidence entamée le 1er juillet 2023.

L’Afep n’est pas un patronat de façade. L’organisation dit représenter 117 grands groupes privés présents en France et à l’international. Elle se présente comme apolitique, financée uniquement par les cotisations de ses membres et enregistrée comme représentante d’intérêts auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et au registre européen. Autrement dit, sa mission est claire : peser sur les règles du jeu, à Paris comme à Bruxelles.

Une présidence discrète, mais au cœur du rapport de force

Patricia Barbizet n’arrive pas dans un poste vierge. Depuis sa prise de fonction, l’Afep a continué de parler au nom des grands groupes dans les débats fiscaux et industriels. Dans sa communication la plus récente, l’association dit que ses membres ont généré 13 % du PIB marchand en 2024, employé directement 2,1 millions de salariés en France et acquitté 19 % des prélèvements obligatoires pesant sur les entreprises. L’étude est construite sur une base déclarative, avec plus de 100 données renseignées par les sociétés adhérentes.

Ce poids donne à l’Afep un levier évident. Quand l’association parle, elle ne défend pas seulement une ligne idéologique. Elle défend aussi des intérêts très concrets : marges, investissement, fiscalité, coût du capital, accès à l’énergie, simplification des normes. L’enjeu, pour ses membres, est simple : éviter que chaque nouveau tour de vis budgétaire ne grignote leurs capacités d’investissement et d’exportation. Pour l’État, l’enjeu inverse est tout aussi clair : trouver des recettes sans casser la machine productive.

Ce que l’Afep veut défendre

Le discours de Patricia Barbizet est constant : ne pas rajouter de pression fiscale. À l’été 2025, sur franceinfo, elle a estimé qu’il fallait éviter une nouvelle hausse d’impôts et privilégier la croissance, la visibilité et la confiance. Elle rappelait alors que les grandes entreprises avaient déjà subi un choc fiscal concentré sur elles après le budget 2025. Dans le même entretien, elle plaidait pour que le crédit d’impôt recherche reste un outil central, au motif qu’il maintient des centres de recherche et donc, derrière eux, des activités industrielles en France.

Ce raisonnement n’est pas absurde. Les grands groupes sont souvent ceux qui portent les dépenses de recherche, les investissements lourds et les chaînes de sous-traitance. L’Afep insiste d’ailleurs sur ce point : ses membres disent réaliser 50 % de la recherche privée française et investir 20 milliards d’euros par an en R&D. Pour eux, alourdir la fiscalité revient à ralentir l’investissement, puis à fragiliser l’emploi et la production. C’est la ligne classique du patronat de taille mondiale : la stabilité d’abord, la contrainte fiscale le moins possible.

Le contre-récit des chiffres publics

Mais le débat ne s’arrête pas au chiffre mis en avant par les entreprises elles-mêmes. L’étude de l’Insee sur l’imposition implicite des profits, publiée en septembre 2025, conclut qu’entre 2016 et 2022 le taux implicite d’imposition des profits est plus élevé pour les PME que pour les grandes entreprises. Autrement dit, selon la mesure retenue, la pression fiscale ne frappe pas de la même manière tous les acteurs. La Cour des comptes, via le Conseil des prélèvements obligatoires, disait déjà en 2023 que la contribution des PME à l’impôt sur les sociétés brut est proche de leur poids dans la valeur ajoutée, alors que les grandes entreprises reçoivent une part des crédits d’impôt supérieure à leur poids dans l’IS brut.

La nuance est importante. Si l’on regarde seulement le taux facial de l’impôt sur les sociétés, on voit un impôt à 25 % depuis 2022. Si l’on regarde les crédits d’impôt, les déficits imputés, les niches, les charges financières et la taille des services fiscaux internes, le tableau change. La DGFiP indique par exemple qu’en 2024, l’impôt brut sur le bénéfice de l’ensemble des entreprises atteint 81 milliards d’euros, tandis que l’IS net provisoire s’établit à 62,6 milliards. Entre le brut et le net, il y a donc un écart considérable.

Qui gagne, qui perd, très concrètement

Pour les grandes entreprises, une présidence Barbizet à l’Afep signifie une chose simple : la continuité d’une parole expérimentée, très connectée aux cabinets ministériels et aux arbitrages européens. Cela profite d’abord aux groupes capables d’absorber la complexité réglementaire, de se faire entendre et de transformer un débat budgétaire en débat de compétitivité. En face, les PME et les ETI n’ont pas les mêmes moyens de lobbying, ni les mêmes équipes pour naviguer dans les règles fiscales et sociales. Or le Conseil des prélèvements obligatoires relève que la complexité des dépenses fiscales favorise souvent ceux qui ont la capacité d’en tirer parti, le plus fréquemment les grandes entreprises.

Pour les pouvoirs publics, le sujet est plus piégé qu’il n’y paraît. Taxer davantage les grands groupes peut rapporter vite, surtout en période de déficit. Mais cela nourrit aussi le discours sur le décrochage, la perte d’attractivité et le report d’investissement. À l’inverse, laisser filer les contraintes fiscales alimente les critiques sur les aides publiques, les inégalités de traitement et la capacité réelle des plus grands groupes à contribuer à l’effort national. La CGT, de son côté, soutient qu’il existe déjà des baisses d’impôts massives et des aides importantes pour les entreprises, quand l’Afep met en avant la part de ses membres dans l’emploi, l’innovation et les recettes publiques.

La suite se jouera en juin, puis dans le budget

La séquence qui s’ouvre n’est donc pas seulement une question de personnes. En juin, la reconduction de Patricia Barbizet dira si l’Afep choisit la continuité ou le changement de style. Ensuite, la vraie épreuve viendra dans les arbitrages fiscaux et industriels de l’année. L’association a déjà fixé ses priorités européennes : financement de l’économie, marchés de capitaux, simplification des règles de finance durable et compétitivité face aux États-Unis et à la Chine. C’est là que se jouera son influence réelle.

En clair, Patricia Barbizet ne préside pas seulement un club de dirigeants. Elle tient l’un des points d’entrée les plus utiles du grand patronat dans le débat public. Son nouveau mandat, s’il est confirmé, prolongera une ligne déjà lisible : parler peu, mais peser fort. Et ce sont les prochains arbitrages budgétaires, fiscaux et européens qui diront si cette méthode continue de payer.

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