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ÉLECTIONS La droite change de carte

Alliance RN-UDR : ce que les propositions d’Éric Ciotti changeraient pour les territoires et les familles

Éric Ciotti veut inscrire son soutien à Marine Le Pen dans un accord durable entre le RN et l’UDR. Réorganisation territoriale, retraites, successions et immigration structurent cette feuille de route à droite.

Citoyens anonymes échangeant devant une mairie française sur les enjeux de l’alliance politique et des territoires
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En bref

Éric Ciotti confirme son soutien à Marine Le Pen pour 2027 et veut faire de l’alliance RN-UDR un accord politique durable. Il propose de remplacer les régions par des provinces, de revoir les retraites, de réduire les droits de succession et de durcir fortement la politique migratoire. Ces mesures devront encore être conciliées avec le programme du RN.

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Que changerait concrètement une alliance entre le Rassemblement national et l’Union des droites pour la République ? À l’approche de la présidentielle de 2027, Éric Ciotti veut transformer son soutien à Marine Le Pen en accord politique durable. Il y ajoute une feuille de route très marquée à droite, sur les territoires, les retraites, les impôts et l’immigration.

Une alliance qui veut dépasser le simple soutien électoral

Éric Ciotti a réaffirmé, samedi 5 septembre, à Levens, dans les Alpes-Maritimes, qu’il soutiendrait Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de 2027. Le président de l’Union des droites pour la République a promis un appui « avec loyauté, avec détermination, avec engagement ».

Le maire de Nice affirme avoir échangé avec Marine Le Pen et Jordan Bardella. Ces discussions porteraient sur un « pacte d’alliance » entre le RN et l’UDR. L’objectif affiché consiste à porter la candidature de Marine Le Pen « vers la victoire ».

« La France a besoin de sa victoire », a déclaré Éric Ciotti. Il veut aussi une « rupture profonde » et la fin du « macronisme ». Dans cette stratégie, les députés et les élus de l’UDR auraient vocation à participer pleinement à la campagne et à la future majorité, si celle-ci voyait le jour.

Cette entente s’inscrit dans le prolongement du rapprochement engagé entre Éric Ciotti et le RN depuis 2024. Elle vise aussi à donner une existence politique propre à l’UDR. Le mouvement cherche ainsi à peser dans le camp national-conservateur sans se fondre complètement dans le parti de Marine Le Pen.

Des « provinces » pour revoir la carte administrative

La première proposition concerne l’organisation territoriale. Éric Ciotti défend la création de « provinces » issues de la fusion des départements, des régions et des métropoles.

Son idée est de remplacer les régions actuelles par un nombre plus limité de collectivités. Il présente cette réforme comme un moyen de mettre fin au « millefeuille territorial ». Cette expression désigne l’empilement des communes, intercommunalités, départements, régions et services de l’État.

Pour les défenseurs du projet, une telle fusion pourrait clarifier les responsabilités. Elle pourrait aussi réduire certains doublons administratifs et donner davantage de poids aux collectivités locales. Les territoires les plus peuplés pourraient toutefois peser davantage que les zones rurales ou montagneuses.

La réforme soulève également une question politique. Les régions disposent aujourd’hui de compétences importantes, notamment dans les transports, les lycées et la formation professionnelle. Les supprimer obligerait à redistribuer ces responsabilités. Une telle transformation nécessiterait donc des textes législatifs, des transferts de personnels et une réorganisation financière complexe.

Éric Ciotti critique les présidents de région qu’il accuse d’être les « comptables du déclin ». Il cite notamment Renaud Muselier, Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. Cette attaque vise directement les élus de la droite traditionnelle, que l’UDR cherche à concurrencer.

Moins d’impôts pour les entreprises, une autre réforme des retraites

Sur le terrain économique, Éric Ciotti propose de supprimer les impôts de production payés par les entreprises. Ces prélèvements pèsent sur l’activité avant même que l’entreprise ne réalise un bénéfice. Leur suppression réduirait les coûts pour les sociétés, mais poserait la question du financement des collectivités et de l’État.

Les grandes entreprises pourraient bénéficier rapidement d’une telle mesure. Les petites entreprises y gagneraient aussi si la baisse était effectivement répercutée sur leurs charges. En revanche, le manque à gagner pour les finances publiques devrait être compensé. Cela pourrait passer par des économies, d’autres impôts ou une hausse de la dette.

Le président de l’UDR veut aussi « changer de système » pour les retraites. Il juge le régime actuel « profondément en déséquilibre ». Cette position distingue déjà son mouvement du RN sur certains aspects du programme économique.

Le sujet est sensible. Un système de retraite par répartition finance les pensions actuelles grâce aux cotisations des actifs. Il dépend donc du nombre de travailleurs, du niveau des salaires et de l’évolution démographique. Toute modification touche directement l’âge de départ, la durée de cotisation ou le montant des pensions.

Les actifs proches de la retraite, les salariés aux carrières longues et les travailleurs exerçant des métiers pénibles ne seraient pas concernés de la même manière. La question du financement pourrait donc devenir un point de friction important entre alliés.

Successions et immigration : une ligne de rupture assumée

Éric Ciotti souhaite réformer, voire supprimer pour beaucoup de familles, les droits de succession et de donation. Il dénonce un « impôt sur la mort » qui pénaliserait les familles.

Cette mesure bénéficierait en priorité aux ménages qui transmettent un patrimoine important. Ses défenseurs y voient un moyen de faciliter la transmission d’une entreprise ou d’un logement. Ses opposants soulignent qu’une suppression profiterait davantage aux patrimoines élevés, alors que les ménages sans patrimoine n’en tireraient aucun avantage direct.

Sur l’immigration, le projet est plus restrictif. Éric Ciotti demande un moratoire sur le droit d’asile, l’abrogation du regroupement familial et la suppression du droit du sol. Il veut également rétablir la double peine pour les étrangers condamnés.

Il résume cette politique par une formule : pour un étranger condamné, ce serait « la prison et l’avion ». La double peine désigne l’ajout d’une mesure d’éloignement du territoire à une condamnation pénale. Ces propositions se heurtent toutefois à des contraintes constitutionnelles, européennes et internationales. Elles nécessiteraient donc des modifications juridiques majeures.

Le RN et l’UDR devront encore accorder leurs programmes

Le soutien d’Éric Ciotti renforce Marine Le Pen sur sa droite. Il lui apporte un relais parlementaire et une structure politique alliée. Pour l’UDR, l’accord offre une visibilité nationale et la possibilité de peser sur le programme présidentiel.

Mais l’alliance ne signifie pas que les deux formations partagent déjà toutes leurs positions. Les retraites, la fiscalité et le rôle de l’État peuvent provoquer des désaccords. Les débats budgétaires récents ont déjà montré des différences entre les députés RN et les élus proches d’Éric Ciotti.

Le RN devra aussi arbitrer entre plusieurs publics. Une ligne économique libérale peut séduire les entrepreneurs et les contribuables les plus aisés. Elle risque toutefois de décevoir les électeurs attachés aux services publics et à la protection sociale. À l’inverse, les mesures sociales défendues par le RN peuvent inquiéter une partie de la droite économique.

Enfin, le calendrier judiciaire de Marine Le Pen reste un élément politique central. La cour d’appel de Paris a confirmé sa condamnation dans l’affaire des assistants parlementaires européens, tout en lui laissant, à ce stade, la possibilité de se présenter en 2027. Un pourvoi en cassation pourrait encore prolonger l’incertitude juridique.

Les prochaines étapes à surveiller

Le principal enjeu sera désormais la traduction de cette alliance dans un programme commun. Les propositions d’Éric Ciotti devront être discutées avec Marine Le Pen et Jordan Bardella. Leur compatibilité avec les engagements du RN sera déterminante.

Il faudra aussi observer la composition de la coalition, ses candidats aux prochaines élections et la place réservée à l’UDR. Enfin, la procédure judiciaire concernant Marine Le Pen continuera de peser sur la stratégie présidentielle. Si sa candidature reste possible, l’alliance pourra se structurer autour d’elle. Dans le cas contraire, le rapport de force entre le RN, Jordan Bardella et ses alliés serait profondément modifié.

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