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ÉLECTIONS

Anasse Kazib relance sa course à la présidentielle, mais ses 500 parrainages et son procès freinent sa percée

Anasse Kazib veut porter une candidature ouvrière à la présidentielle sous l’étiquette Révolution Permanente. Mais il doit encore réunir 500 parrainages, tout en affrontant une audience judiciaire en juin.

Des habitants attendent devant une mairie de province, avec des documents à la main et une ambiance de vie citoyenne calme.

Peut-on encore faire entendre une voix ouvrière à la présidentielle quand il faut 500 parrainages d’élus ?

Pour les petits candidats, la première marche n’est pas le scrutin. C’est la collecte des signatures. En France, il faut 500 parrainages d’élus, venus d’au moins 30 départements ou collectivités différentes, pour pouvoir être candidat à l’élection présidentielle. Ce filtre, en vigueur depuis 1976, pèse lourd sur les formations les plus petites et les plus radicales.

C’est dans ce cadre qu’Anasse Kazib relance sa campagne. Le cheminot et syndicaliste de Sud Rail, porte-parole de Révolution Permanente, a annoncé le 1er juin son intention de briguer la présidentielle sous l’étiquette de cette organisation d’extrême gauche. Son mot d’ordre est net : une « candidature ouvrière, communiste et révolutionnaire ».

Un candidat qui veut parler au monde du travail

Anasse Kazib n’arrive pas de nulle part. Âgé de 39 ans, originaire de Sarcelles, il s’est fait connaître comme militant syndical, cheminot et voix régulière dans le débat public. Il a aussi été chroniqueur de radio. Surtout, il avait déjà tenté l’aventure présidentielle en 2022. Cette fois-là, il n’avait réuni que 160 parrainages, loin du seuil des 500.

Révolution Permanente présente donc cette nouvelle tentative comme une campagne d’enracinement. Le mouvement affirme être « déjà sur les routes depuis 1 mois » et dit avoir recueilli « des dizaines de maires ». Cette stratégie vise un obstacle bien concret : convaincre des élus locaux de s’engager pour une candidature très minoritaire, sans pour autant la soutenir politiquement. C’est là toute la logique du parrainage présidentiel français.

L’organisation ne part pas de zéro. Elle est née de la scission avec le Nouveau Parti anticapitaliste, que ce courant accusait de se rapprocher de La France insoumise. Révolution Permanente dit au contraire vouloir remettre au centre « les visages contemporains de la classe ouvrière » et ses luttes. En clair : des salariés précaires, des intérimaires, des sous-traitants, des travailleurs racisés, des jeunes politisés par la Palestine ou l’écologie.

Ce que change une candidature d’extrême gauche aujourd’hui

Sur le plan électoral, l’espace est étroit. Depuis la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon, l’extrême gauche peine à exister au premier plan de la présidentielle. Mais pour Révolution Permanente, l’enjeu dépasse le score. Il s’agit d’utiliser la campagne comme tribune sociale, pour parler salaires, conditions de travail, racisme, police, Palestine et rapports de force dans les entreprises. Ce type de candidature bénéficie d’abord à une organisation qui cherche à recruter, structurer et rendre visible un courant militant.

Le problème, pour ses adversaires, est simple : cette visibilité reste limitée et n’ouvre pas de perspective de pouvoir immédiat. Lutte ouvrière, qui prépare aussi la prochaine présidentielle avec Nathalie Arthaud, défend une ligne concurrente. Elle insiste sur le « camp des travailleurs » et continue de tenir à distance les stratégies d’union avec la gauche dite de gouvernement. Autrement dit, sur ce terrain, les deux organisations trotskistes se disputent le même petit espace politique, mais avec des tactiques différentes.

Pour les électeurs les plus proches de ces courants, la différence se joue sur le fond. Révolution Permanente met davantage en avant les questions sociétales et antiracistes. LO, elle, tend à les reléguer derrière la question sociale. Ce désaccord n’est pas théorique : il dit deux manières de lire le monde du travail. L’une insiste sur ses nouvelles fractures. L’autre sur l’antagonisme central entre salariés et patronat.

Une campagne sous la pression judiciaire et politique

La candidature d’Anasse Kazib se construit aussi dans un climat de conflit avec l’institution judiciaire. Il doit être jugé le 25 juin 2026 pour « apologie du terrorisme », après des propos tenus dans le contexte de la guerre à Gaza. Ce dossier nourrit sa dénonciation d’une « criminalisation des militants politiques et syndicalistes » qui soutiennent la cause palestinienne.

Sur le fond, l’affaire renvoie à une ligne de fracture plus large. D’un côté, ses soutiens y voient une répression ciblant l’engagement pro-palestinien. De l’autre, les autorités judiciaires poursuivent des propos qu’elles estiment relever du droit pénal. Dans ce genre de dossier, la bataille est à la fois politique et symbolique : elle touche à la liberté d’expression, mais aussi à la frontière entre soutien militant et discours répréhensible.

Pour Révolution Permanente, cette tension peut aussi servir de levier politique. Le mouvement se présente comme un espace de contestation radicale, hostile à la gauche institutionnelle et à ce qu’il appelle les stratégies de dilution électorale. Cette posture lui permet de parler à un public militant qui ne se reconnaît ni dans le macronisme, ni dans la gauche de compromis, ni dans l’abstention pure. Mais elle l’enferme aussi dans un couloir très étroit, où la notoriété ne se transforme pas facilement en influence électorale.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines

Le premier test sera arithmétique : la collecte des 500 parrainages. Sans eux, la candidature restera politique mais ne deviendra pas officielle. Le second test sera judiciaire, avec l’audience du 25 juin 2026, qui peut peser sur l’image du candidat et sur la campagne de Révolution Permanente. Enfin, la gauche radicale devra montrer si elle avance en ordre dispersé ou si elle parvient à exister, malgré la concurrence entre ses différentes familles.

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