En Allemagne, le vote régional bouleverse les équilibres et fragilise le pouvoir de Friedrich Merz
L’AfD progresse fortement dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, tandis que Die Linke s’impose à Berlin. Ces résultats compliquent la stratégie du chancelier Friedrich Merz et ouvrent des négociations décisives.

Le scrutin du 20 septembre renforce l’AfD dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et place Die Linke en tête à Berlin. La CDU de Friedrich Merz subit un revers historique dans le nord-est et recule dans la capitale. Ces résultats compliquent la formation des coalitions régionales et accentuent la pression sur le gouvernement fédéral.
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Que peut encore faire un chancelier quand son parti s’effondre dans une région et recule dans la capitale ? Les élections du dimanche 20 septembre 2026 placent Friedrich Merz face à une double alerte : l’AfD progresse fortement dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, tandis que Die Linke s’impose à Berlin.
Deux scrutins régionaux, un même avertissement
L’Allemagne a voté dans deux Länder, les États fédérés qui disposent de leurs propres institutions. Le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, au nord-est du pays, a renouvelé son Parlement régional. Berlin a élu les députés de sa Chambre des représentants, qui joue aussi le rôle de parlement du Land.
Ces élections ne désignent pas directement le chancelier. Pourtant, elles mesurent la confiance accordée au gouvernement fédéral. Elles influencent aussi la composition du Bundesrat, la chambre qui représente les Länder et qui intervient dans l’adoption de nombreuses lois nationales.
Le scrutin intervient deux semaines après la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt. Le parti d’extrême droite y avait obtenu 43,8 % des voix le 6 septembre 2026, sans disposer pour autant d’une majorité absolue. Cette nouvelle poussée confirme l’enracinement du parti dans plusieurs régions de l’ancienne Allemagne de l’Est.
L’AfD arrive en tête dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale
Dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, l’AfD menée par Leif-Erik Holm a recueilli 38,2 % des suffrages. Elle devance le SPD de la ministre-présidente sortante, Manuela Schwesig, crédité de 35,5 %.
Le résultat est spectaculaire par son ampleur. En 2021, l’AfD n’avait obtenu que 16,7 % des voix dans ce Land. En cinq ans, elle a donc plus que doublé son score. Elle devient la première force politique régionale, mais cette victoire ne lui garantit pas le pouvoir.
Le système électoral allemand impose en effet de réunir une majorité de sièges pour gouverner. Or, les autres partis ont jusqu’ici exclu toute coalition avec l’AfD, à l’exception du BSW, une formation de gauche conservatrice qui n’a pas franchi le seuil électoral de 5 % dans le Land.
Le SPD reste donc en mesure de chercher des partenaires. Die Linke obtient 6,5 % et les Verts 5,7 %. La CDU, en revanche, atteint seulement 4,9 %. Le FDP recueille 1 % et le BSW 4,8 %. Ces formations restent hors du Parlement régional si le seuil de 5 % s’applique aux résultats définitifs.
Pour la CDU, le revers est historique. Le parti conservateur réalise son plus mauvais score depuis la création de la République fédérale d’Allemagne. Friedrich Merz a reconnu un « désastre » pour sa formation. Le résultat fragilise sa capacité à se présenter comme le principal rempart contre l’extrême droite.
À Berlin, Die Linke transforme le vote sur le logement
Le scrutin berlinois raconte une autre histoire. Die Linke, conduite par Elif Eralp, arrive nettement en tête avec 25,7 % des voix. En 2023, le parti n’avait obtenu que 12,2 %. Il réalise ainsi son meilleur résultat historique dans la capitale.
La campagne s’est concentrée sur le logement, un sujet central pour les habitants de Berlin. Les loyers élevés, la pénurie d’appartements abordables et les conflits autour des grands projets immobiliers ont placé les conditions de vie au cœur du vote.
Âgée de 45 ans et juriste d’origine turque, Elif Eralp a revendiqué une victoire de « l’amour et la justice » sur la haine. Elle devra toutefois trouver des partenaires pour gouverner. Die Linke ne dispose pas seule de la majorité des sièges.
Une alliance avec les Verts et le SPD pourrait lui permettre de prendre la tête de l’exécutif régional. Elle deviendrait alors la première représentante de la gauche radicale à diriger la ville-région. Cette perspective dépendra de négociations longues, car les trois formations devront s’accorder sur le budget, le logement, les transports et la sécurité.
La CDU conserve la deuxième place avec 18,8 % des voix, mais elle recule fortement. L’AfD progresse également dans la capitale, sans arriver en tête. Le vote berlinois montre donc que la poussée des extrêmes ne profite pas uniquement à la droite radicale. Dans les grandes villes, une partie des électeurs se tourne aussi vers une gauche offensive sur les services publics et le coût de la vie.
Friedrich Merz refuse de céder la main
Ces résultats touchent directement le chancelier. Sa CDU ne s’effondre pas seulement dans un Land rural. Elle recule aussi à Berlin, où elle dirigeait la ville-région depuis 2023. La défaite prive Friedrich Merz d’un argument essentiel : celui d’un parti conservateur capable de contenir l’AfD tout en gouvernant.
Le chancelier a pourtant exclu de démissionner. Il affirme vouloir poursuivre les réformes de sa coalition entre la CDU et le SPD. Il présente ces mesures comme un moyen de répondre au mécontentement qui alimente les partis protestataires.
Cette stratégie comporte un risque. Les réformes économiques peuvent rassurer les entreprises et les électeurs attachés à la stabilité budgétaire. Elles peuvent aussi accroître la pression sur les ménages si elles réduisent les dépenses publiques ou modifient les prestations sociales.
Le SPD, de son côté, conserve la tête dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, mais il perd du terrain. Manuela Schwesig devra défendre son bilan régional tout en se démarquant des choix du gouvernement fédéral. Cette position peut préserver son électorat local, mais elle complique la cohérence de la coalition nationale.
L’AfD tire profit de la colère contre les partis traditionnels. Son avance ne signifie toutefois pas qu’elle peut gouverner seule. Le refus des autres formations de s’allier avec elle limite son accès aux exécutifs. Mais cette exclusion ne réduit pas son influence dans les débats, notamment sur l’immigration, la sécurité et les politiques européennes.
Le prochain test sera celui des coalitions
À Berlin comme dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, les discussions entre partis vont déterminer la portée réelle des résultats. À Berlin, l’enjeu principal sera de savoir si Die Linke peut réunir le SPD et les Verts autour d’un programme commun.
Dans le nord-est, le SPD devra chercher une majorité sans la CDU et sans l’AfD. La faiblesse de la CDU réduit le nombre de combinaisons possibles. Elle pourrait aussi pousser certains responsables conservateurs à revoir leur stratégie face à l’extrême droite.
Au niveau fédéral, Friedrich Merz devra surtout démontrer que son gouvernement peut agir malgré ces revers. Les prochaines semaines permettront de mesurer si la coalition accélère ses réformes, si elle infléchit son programme ou si les tensions internes s’aggravent.
Le calendrier politique allemand reste donc ouvert. Les négociations régionales, la mise en œuvre des réformes fédérales et les prochains sondages diront si le vote du 20 septembre constitue un accident électoral ou le début d’un nouveau rapport de force durable.
Pour suivre les résultats institutionnels, les données de la Landeswahlleitung de Berlin et les réactions politiques rapportées par la télévision publique allemande seront les principaux points de référence.



