États-Unis d’Europe : ce que le projet de Gabriel Attal pourrait changer pour les citoyens français
Gabriel Attal propose de créer des États-Unis d’Europe autour d’un noyau dur de pays. Son projet mise sur une intégration économique et écologique renforcée, mais soulève d’importantes questions démocratiques et juridiques.

Gabriel Attal veut réunir plusieurs pays européens autour d’une intégration économique et écologique plus poussée, sans supprimer les États nationaux. Il propose une consultation simultanée des citoyens concernés, mais le nombre de pays, les compétences transférées et le financement du projet restent à définir. La révision des traités serait un obstacle majeur.
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Que changerait, concrètement, une Europe plus intégrée pour les Français ? Derrière la formule spectaculaire des « États-Unis d’Europe », Gabriel Attal propose surtout de mutualiser davantage les économies, les investissements et les politiques écologiques d’un groupe de pays volontaires.
Une rupture avec le fonctionnement actuel de l’Union
Le 17 septembre 2026, à Reims, le candidat de Renaissance à l’élection présidentielle a estimé que l’Union européenne à 27 avait « atteint ses limites ». Son diagnostic repose sur un constat : les États européens restent souvent concurrents, alors qu’ils doivent affronter la puissance économique et technologique des États-Unis et de la Chine.
Gabriel Attal a dénoncé des « boulets aux pieds ». Il vise notamment la fragmentation des financements et le manque de coordination entre les pays. Dans les faits, une entreprise européenne peut encore devoir composer avec des règles, des dispositifs d’aide et des stratégies industrielles différents selon son marché.
Le projet présenté ne consisterait pas à supprimer les États membres. Gabriel Attal parle d’une « fusion économique et écologique » autour d’un noyau dur de pays. Il n’a toutefois pas précisé quels États pourraient rejoindre cette première communauté.
Son ambition est donc fédérale sur certains sujets. Le fédéralisme désigne ici un partage plus important des décisions entre les États et un niveau européen commun. En revanche, les compétences régaliennes, comme la défense, la justice ou la sécurité, resteraient d’abord entre les mains des gouvernements nationaux, selon son discours.
Le contenu concret du projet
Le premier changement annoncé serait économique. Gabriel Attal défend la disparition des « frontières économiques » entre les pays participants. Cela pourrait signifier davantage de règles communes, des financements partagés et des politiques industrielles coordonnées.
Cette logique répond à une difficulté bien connue : les économies européennes disposent d’un grand marché, mais leurs moyens d’investissement restent largement nationaux. Les grands groupes peuvent plus facilement accéder aux capitaux et absorber les coûts de mise en conformité. À l’inverse, les petites entreprises et les territoires périphériques dépendent davantage des aides publiques et de la simplicité des règles.
Le deuxième volet concerne la transition écologique. Une action commune pourrait permettre de financer plus vite les infrastructures énergétiques, les réseaux électriques ou les technologies bas carbone. Elle pourrait aussi limiter la concurrence entre États lorsque chacun cherche à attirer une industrie avec ses propres subventions.
Mais une intégration accrue ne produirait pas automatiquement les mêmes effets partout. Les pays disposant d’une industrie puissante pourraient capter une grande partie des investissements communs. Les économies plus fragiles demanderaient, en retour, des mécanismes de solidarité. La question du partage des coûts serait donc centrale.
Le fonctionnement actuel de l’Union combine déjà plusieurs niveaux de décision. Dans de nombreux domaines, le Conseil de l’Union européenne adopte les textes à la majorité qualifiée. Cette règle exige le soutien d’au moins 55 % des États, représentant au moins 65 % de la population européenne. Toutefois, certains sujets sensibles, comme la fiscalité, restent soumis à l’unanimité. Le mécanisme de la majorité qualifiée au Conseil de l’Union européenne montre ainsi que l’Europe avance déjà selon des règles différentes selon les politiques concernées.
Un référendum dans plusieurs pays
Pour donner une légitimité populaire à son projet, Gabriel Attal propose « le premier référendum européen ». Les citoyens des pays appelés à rejoindre les États-Unis d’Europe voteraient au même moment sur une base commune.
Cette proposition soulève toutefois une difficulté juridique et politique. Chaque pays dispose de ses propres règles constitutionnelles. Certains peuvent organiser un référendum. D’autres peuvent privilégier un vote parlementaire. Une consultation simultanée ne garantirait donc pas une procédure identique ni une interprétation commune du résultat.
Une modification profonde des traités européens exigerait aussi l’accord des États membres. Les procédures de révision prévoient notamment une conférence intergouvernementale et, selon les pays, une ratification nationale. Les procédures européennes de révision des traités rendent visible l’ampleur du processus.
Le précédent de 2005 pèse également dans le débat. En France, les électeurs avaient rejeté le traité établissant une Constitution pour l’Europe. Depuis, toute consultation portant sur une nouvelle étape de l’intégration européenne serait observée à travers le risque d’un vote sanction contre le gouvernement en place.
Une réponse au rapport de force mondial
Pour Gabriel Attal, le choix se résume à deux options : le « vieux cauchemar du Frexit » ou un « rêve nouveau ». Le Frexit désigne une sortie de la France de l’Union européenne, sur le modèle du Brexit britannique. Le candidat présente donc son projet comme une alternative à la fois au repli national et au statu quo européen.
Cette position bénéficie d’abord aux acteurs qui souhaitent disposer d’un marché plus unifié et de moyens financiers comparables à ceux des grandes puissances. Les entreprises technologiques, les industriels et les secteurs dépendants des investissements publics pourraient y trouver un cadre plus stable.
Elle peut aussi renforcer la capacité de négociation des Européens. Face aux États-Unis et à la Chine, un ensemble plus intégré pèserait davantage dans les échanges commerciaux, les normes technologiques et la politique énergétique.
Mais ses opposants peuvent y voir une centralisation supplémentaire. Les gouvernements perdraient une partie de leur marge de manœuvre économique. Les citoyens pourraient aussi avoir le sentiment que des décisions importantes s’éloignent encore des parlements nationaux.
La question démocratique serait donc déterminante. Qui déciderait des dépenses communes ? Quel Parlement contrôlerait le budget ? Comment protéger les intérêts des petits États ? Et quel équilibre établir entre les pays qui financent davantage et ceux qui bénéficient le plus des mécanismes de solidarité ?
Un projet encore largement à préciser
Le discours de Reims fixe une direction politique, mais pas encore une architecture complète. Le nombre de pays concernés reste inconnu. Les compétences transférées ne sont pas détaillées. Le financement commun, la gouvernance et les règles de décision devront aussi être définis.
Le projet devra surtout convaincre des partenaires européens. Une initiative française ne pourrait pas suffire. Elle devrait obtenir l’accord de plusieurs gouvernements, puis celui des citoyens ou des parlements selon les procédures nationales.
Dans les prochaines semaines, il faudra donc surveiller trois éléments : la liste des pays envisagés, le degré de transfert de compétences et la méthode de ratification. C’est sur ces points, plus que sur la formule des « États-Unis d’Europe », que se mesurera la portée réelle de la proposition.



