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ÉLECTIONS L’attention, pas les suffrages

La campagne Sarah Knafo à Paris a conquis les antennes, mais cette visibilité médiatique n’a pas suffi à transformer l’attention en victoire

Sarah Knafo a recueilli 10,4 % des voix à Paris, tout en figurant parmi les candidates les plus citées à la télévision et à la radio. Les chiffres éclairent l’écart entre exposition médiatique, poids électoral et victoire municipale.

Une candidate anonyme échange avec un journaliste sur une place parisienne, près d’une mairie et de passants.
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En bref

À Paris, Sarah Knafo a obtenu 10,4 % des voix au premier tour des municipales, tout en étant la deuxième candidate la plus mentionnée à la télévision et à la radio. Son cas montre qu’une forte exposition peut installer un visage dans le débat national sans garantir un score électoral comparable ni la victoire ; les décomptes de mentions ne mesurent toutefois ni l’approbation ni le temps de parole.

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Pourquoi voit-on autant une candidate qui termine cinquième dans les urnes ? La campagne parisienne de Sarah Knafo illustre l’écart entre visibilité médiatique, influence politique et capacité à gagner une élection.

À Paris, deux classements très différents

Le 15 mars 2026, Sarah Knafo recueille 10,4 % des suffrages exprimés au premier tour des municipales. La candidate de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour, termine derrière Emmanuel Grégoire, Rachida Dati, Sophia Chikirou et Pierre-Yves Bournazel. Les résultats du premier tour publiés par la Ville de Paris établissent clairement cette cinquième place.

Mais le classement médiatique raconte autre chose. Entre le 1er janvier et le 13 mars, son nom cumule 1 788 mentions à la télévision et à la radio. Seule Rachida Dati fait mieux parmi les candidats parisiens, avec 3 333 mentions.

Ce décompte porte sur quinze médias audiovisuels nationaux. Il couvre les chaînes d’information, sept matinales radio et quatre journaux télévisés du soir. L’étude de l’INA sur la médiatisation des municipales documente ainsi une exposition particulièrement forte de Sarah Knafo, sans commune mesure avec son rang électoral.

La candidate franchit pourtant un seuil politique réel : avec plus de 10 %, elle peut participer au second tour. Elle choisit finalement de se retirer au profit de Rachida Dati. Emmanuel Grégoire remporte ensuite l’élection. La percée médiatique n’a donc débouché ni sur la conquête de Paris ni sur une victoire de la droite.

Une campagne conçue pour faire reconnaître un visage

Le lancement donne le ton. Le 7 janvier, Sarah Knafo annonce sa candidature au journal de 20 heures de TF1. Aucun autre candidat à ces municipales ne bénéficie de cette même exposition pour son entrée en campagne. Dans les jours suivants, elle devient brièvement la tête de liste la plus mentionnée, constate l’INA.

Elle entretient ensuite cette attention avec une identité visuelle immédiatement reconnaissable. Le jaune, les couleurs vives et le slogan « Une ville heureuse » structurent sa communication. Des clips diffusés par ses soutiens la présentent même comme une héroïne de manga capable de transformer Paris.

Cette présentation tranche avec le registre décliniste associé à Éric Zemmour. Elle reprend aussi des codes visuels de la campagne de Zohran Mamdani à New York. Il s’agit d’une proximité de forme, pas d’une convergence de programmes : Sarah Knafo reste la candidate d’un parti d’extrême droite.

L’intérêt pour elle est double. Elle défend une candidature municipale, tout en installant son propre nom auprès d’un public national. Pour Reconquête, cette personnalisation offre un relais de visibilité au-delà de son fondateur. Toutefois, une campagne attractive ne renseigne pas, à elle seule, sur l’adhésion aux propositions qu’elle porte.

Les chiffres mesurent l’attention, pas le soutien

Rapporter les mentions aux suffrages obtenus accentue le contraste. Sarah Knafo dépasse 21 mentions pour 1 000 voix. Rachida Dati se situe autour de 16, Pierre-Yves Bournazel autour de neuf. Sophia Chikirou et Emmanuel Grégoire atteignent chacun environ cinq mentions pour 1 000 voix.

Thierry Mariani présente cependant un ratio encore supérieur : plus de 24 mentions pour 1 000 voix, avec seulement 1,61 % des suffrages. Ce résultat rappelle une limite essentielle. Un faible score électoral peut produire un ratio élevé, même avec une exposition totale relativement modeste.

Surtout, cet indicateur compare deux réalités différentes. D’un côté, il compte des mentions sur des antennes nationales. De l’autre, il retient les bulletins des électeurs parisiens. Une personne qui entend parler de Sarah Knafo ailleurs en France ne peut pas nécessairement voter pour elle à Paris.

Autre distinction : une mention n’est ni une invitation ni une approbation. Un reportage critique, une déclaration d’adversaire ou une controverse augmentent aussi le compteur. L’INA précise que son étude ne mesure pas le temps de parole. Ces chiffres ne suffisent donc pas à établir un traitement favorable ou un manquement aux règles électorales.

L’inégalité d’accès à l’attention dépasse les candidats

Le bénéfice de cette visibilité ne se répartit pas également. Pour une personnalité qui cherche à élargir sa notoriété, une campagne parisienne peut offrir une scène nationale. En revanche, les listes moins présentes à l’antenne disposent de moins d’occasions d’exposer leurs priorités au même public.

Les résultats invitent néanmoins à ne pas confondre cet avantage avec une force électorale décisive. Emmanuel Grégoire arrive largement devant Sarah Knafo dans les urnes, malgré une présence audiovisuelle inférieure. L’organisation politique et le choix des électeurs ne se résument pas au nombre de citations.

Les territoires subissent également des écarts. Dans le corpus de l’INA, Paris apparaît douze fois plus souvent que Toulouse dans les mentions associées aux municipales. Les habitants des villes moins couvertes ne retrouvent donc pas leurs enjeux locaux avec la même fréquence sur les antennes nationales.

Enfin, les rédactions arbitrent sous contrainte. L’INA relève que la guerre en Iran a réduit la place disponible pour les municipales. Des équipes ont changé d’affectation et LCI a annulé un format prévu avec des candidats. Cette concurrence entre actualités limite concrètement les possibilités d’exposition, notamment pour ceux qui restent encore peu connus.

La présidentielle remet le pluralisme au premier plan

Pour les médias, traiter une candidature qui suscite de l’intérêt relève du choix éditorial. Pour les électeurs, l’enjeu consiste aussi à pouvoir comparer plusieurs offres politiques. Ces deux exigences ne se confondent pas : couvrir un phénomène ne dispense pas de contextualiser son poids réel.

Le contrôle du pluralisme, c’est-à-dire la présence de différents courants politiques à l’antenne, répond à cette seconde exigence. Dans une réponse parlementaire sur les règles du pluralisme audiovisuel, le ministère de la Culture rappelle qu’il concerne les médias publics comme privés. Il précise aussi que l’Arcom ne comptabilise plus les interventions nocturnes depuis le 1er octobre 2026.

La prochaine étape à surveiller concerne les recommandations de l’Arcom pour la présidentielle de 2027, annoncées pour l’automne. Elles préciseront le cadre d’une nouvelle bataille pour l’attention, où la notoriété acquise pendant les municipales pourra compter, sans jamais tenir lieu de résultat électoral.

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