Marine Le Pen face à la justice, Jordan Bardella prépare déjà le scénario qui peut redessiner la présidentielle 2027
La cour d’appel de Paris doit trancher le sort de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires. Selon la peine confirmée, le RN pourrait devoir basculer vers Jordan Bardella pour la présidentielle 2027.

Et si la présidentielle de 2027 se jouait, dès maintenant, sur une décision de justice ? Pour Marine Le Pen, le verdict attendu mardi peut fermer une porte. Pour le Rassemblement national, il faut déjà prévoir le plan B.
Un dossier judiciaire qui pèse sur la course à l’Élysée
Depuis des mois, l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, devenu Rassemblement national, agit comme un compte à rebours politique. En première instance, Marine Le Pen a été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ans ferme sous bracelet électronique, 100.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Concrètement, cette dernière peine l’empêche de se présenter à une élection tant qu’elle s’applique.
La cour d’appel de Paris doit rendre sa décision mardi 7 juillet 2026. Si la peine d’inéligibilité est maintenue au-delà de deux ans, Marine Le Pen ne pourra pas être candidate à la présidentielle de 2027. Si la peine est allégée, sa candidature reste possible. Une autre hypothèse existe aussi : une condamnation maintenue, mais sans obstacle immédiat à sa candidature. L’enjeu est donc simple, et brutal : qui portera les couleurs du RN en 2027 ?
Marine Le Pen a déjà fait savoir qu’elle annoncerait sa position le jour même du jugement, possiblement lors du journal de 20 heures de TF1. De son côté, Jordan Bardella répète que le parti a préparé tous les scénarios et qu’il reste « serein ».
Jordan Bardella en réserve, mais pas en retrait
Le président du RN a affiché lundi son soutien total à Marine Le Pen depuis Strasbourg. Le message est politique autant qu’organisationnel : le parti veut montrer qu’il n’est pas pris de court. Samedi soir, à Liévin, dans le Pas-de-Calais, les deux responsables ont d’ailleurs mis en scène leur entente devant les militants, en parlant de « confiance » et d’« amitié ».
Ce n’est pas un détail. Dans un parti longtemps structuré autour de la personnalité de Marine Le Pen, la perspective d’un passage de témoin forcé teste la solidité de la machine. Jordan Bardella a été propulsé à la tête du RN en 2021. Depuis, il a gagné en visibilité, en crédibilité médiatique et en autonomie. Mais il n’a pas le même profil. Ses adversaires le présentent comme plus jeune, plus lisse, plus inexpérimenté. Marine Le Pen, elle, incarne quinze ans de conquête électorale et trois candidatures présidentielles.
Le RN joue donc sur deux tableaux. D’un côté, il affirme que Marine Le Pen reste la candidate naturelle. De l’autre, il prépare le terrain à une solution Bardella, au cas où la justice refermerait la première option.
Ce que la décision changerait, concrètement
Pour les électeurs du RN, la question est d’abord celle de la continuité. Marine Le Pen a installé un rapport direct avec son socle électoral. Jordan Bardella, lui, bénéficie d’une image plus neuve et moins clivée chez certains électeurs. C’est un atout dans une campagne présidentielle, mais aussi un risque : la personnalisation du vote s’affaiblit quand le visage change.
Pour le reste du paysage politique, l’affaire produit un effet paradoxal. Elle alimente chez certains adversaires l’idée qu’aucun responsable politique ne devrait échapper aux règles communes. Elle nourrit aussi, au RN et chez ses alliés, le récit inverse : celui d’une justice qui interviendrait dans le jeu démocratique. Laurent Jacobelli, porte-parole du parti, a dit lundi sur France Info être « gêné que des juges décident à la place du peuple ». Cette ligne parle à l’électorat le plus mobilisé du RN, qui voit dans la décision de justice une possible confiscation du choix électoral.
Le débat n’est pas abstrait. Il touche au rapport de force entre droit et politique. D’un côté, la peine d’inéligibilité a précisément été pensée pour sanctionner des manquements graves à la probité publique. De l’autre, ses effets immédiats peuvent bouleverser une campagne entière, surtout lorsqu’elle vise une figure déjà qualifiée à deux reprises pour le second tour de la présidentielle.
Le cas est d’autant plus sensible que Marine Le Pen est déjà une candidate installée. Une décision défavorable ne toucherait pas une inconnue, mais une responsable qui a structuré une large part de l’opposition au camp présidentiel. En cas d’empêchement, le RN devrait organiser une transition accélérée, en pleine séquence de préparation présidentielle.
Une bataille d’interprétation autant qu’un verdict judiciaire
Les réactions sont, elles aussi, très politiques. Du côté du RN, la ligne est claire : la justice serait trop sévère, et la peine trop lourde. Ce discours permet de souder les cadres, de mobiliser les militants et de protéger l’image de Marine Le Pen. Mais il sert aussi Jordan Bardella. Plus il apparaît comme le recours calme, plus il s’installe comme une solution crédible.
En face, les critiques rappellent que l’affaire ne concerne pas un simple écart administratif, mais un système présumé d’emploi fictif au Parlement européen. La première instance a retenu des faits graves, et l’accusation a demandé en appel la confirmation d’une peine d’inéligibilité de cinq ans. Les adversaires du RN voient donc dans le dossier un test de cohérence : la loi s’applique-t-elle pareil à tous les responsables politiques ?
La question dépasse d’ailleurs le seul cas Le Pen. Depuis le début de l’affaire, elle relance en France le débat sur l’exécution provisoire des peines d’inéligibilité, c’est-à-dire leur application immédiate avant l’épuisement des recours. Ce mécanisme protège la portée de la décision judiciaire, mais il peut aussi produire un effet politique avant même la fin du procès.
Les sondages ajoutent une autre couche au problème. Plusieurs enquêtes récentes placent le RN très haut dans les intentions de vote pour 2027. Une étude Ifop-Fiducial publiée en février 2026 donnait Jordan Bardella à 36 %, loin devant Édouard Philippe à 16 %. D’autres baromètres, comme ceux d’Ipsos, montrent aussi un potentiel électoral fort pour le RN, même si les dynamiques diffèrent entre Bardella et Le Pen. Autrement dit, le parti n’est pas fragile électoralement. Mais il reste dépendant de sa tête d’affiche.
Ce qu’il faut surveiller après mardi
Le premier rendez-vous est évidemment le jugement de la cour d’appel de Paris, mardi 7 juillet 2026. C’est lui qui dira si Marine Le Pen peut encore viser l’Élysée dans les conditions actuelles. Ensuite viendra la réaction du RN, qui devra choisir entre deux récits : la défense acharnée de sa candidate historique ou l’installation, plus rapide que prévu, de Jordan Bardella comme candidat de remplacement.
La suite pourrait aussi se jouer sur un autre front : celui du temps judiciaire. Si la décision est défavorable, chaque recours comptera. Si elle est favorable, même partiellement, la campagne présidentielle entrera dans une nouvelle phase, avec un duel interne entre la fidélité à Marine Le Pen et la montée en puissance de Bardella. Dans tous les cas, le RN sortira de mardi avec une question centrale à trancher : qui, désormais, peut réellement incarner 2027 ?



