Marine Le Pen veut faire campagne malgré sa condamnation en appel, en attendant le pourvoi en cassation
Condamnée en appel, Marine Le Pen lance sa campagne présidentielle tout en visant la Cour de cassation. Le RN affirme que le recours suspend les effets du jugement et que la candidate reste libre de poursuivre sa route.

Quand une candidate condamnée annonce qu’elle repart en campagne, que change vraiment la procédure ?
Pour les électeurs, la question est simple : une condamnation en appel empêche-t-elle, oui ou non, une candidature présidentielle ? Dans le cas de Marine Le Pen, le RN veut faire avancer une idée claire : la bataille politique continue pendant que la justice suit son cours.
Le point de départ est judiciaire, mais ses effets sont politiques. En droit, un pourvoi en cassation ne rejoue pas l’affaire sur le fond ; il vérifie surtout si la loi a été correctement appliquée. Et, en matière pénale, ce recours est en principe suspensif, ce qui signifie que la décision attaquée n’est pas encore définitive tant que la Cour de cassation n’a pas tranché.
Ce que dit le RN : campagne, recours et calendrier judiciaire
Mercredi 8 juillet, Sébastien Chenu a résumé la ligne du Rassemblement national en une formule simple : il n’y aurait plus “matière à accélérer” le pourvoi. Traduction politique : le parti ne veut plus se battre sur le tempo judiciaire, mais sur le terrain électoral. Marine Le Pen a, de son côté, annoncé son intention de se pourvoir en cassation après sa condamnation en appel dans l’affaire des assistants d’eurodéputés du Front national, et elle s’est déclarée candidate à l’élection présidentielle.
Le RN s’appuie sur un argument central : tant que la Cour de cassation n’a pas rendu sa décision, la condamnation n’est pas définitive. Le parti insiste aussi sur un autre point : le recours utilisé par Marine Le Pen relèverait du droit commun, donc d’une voie ouverte à tout justiciable. Sur le plan politique, cette lecture lui permet de présenter sa candidate comme libre de mener campagne, sans être tenue à l’écart par une sanction encore contestée.
Cette lecture n’efface pas complètement le risque juridique. Si la Cour de cassation confirme la condamnation, la situation pourrait se durcir pour la cheffe de file du RN. C’est précisément là que se joue l’enjeu : entre une campagne qui démarre et une procédure qui continue, le calendrier peut encore peser sur la suite.
Pourquoi l’inéligibilité change la donne pour une présidentielle
Le débat n’est pas seulement technique. Il touche à la capacité d’un candidat à rester dans la course tout en contestant sa condamnation. Le Conseil constitutionnel a admis, le 28 mars 2025, le principe de certaines inéligibilités exécutées immédiatement, sous réserve d’une motivation spécifique quand elles affectent un mandat en cours. Autrement dit, la justice peut parfois produire des effets avant que tous les recours aient été épuisés, mais dans un cadre précis.
Concrètement, deux logiques s’affrontent. D’un côté, les partisans d’une exécution rapide des peines estiment qu’une condamnation doit produire des effets sans attendre des années de procédure. De l’autre, ceux qui défendent un recours effectif rappellent qu’une sanction non définitive doit rester contestable, surtout lorsqu’elle touche à l’éligibilité et donc au choix des électeurs. Ce bras de fer profite à des acteurs différents : au RN, s’il peut maintenir Marine Le Pen au centre du jeu ; à ses adversaires, s’ils veulent rappeler que la justice ne s’interrompt pas pendant une campagne.
Pour les électeurs, l’impact est concret. Une candidature maintenue malgré une condamnation entretient une campagne à deux étages : l’un politique, l’autre judiciaire. Cela peut renforcer le récit de résistance du RN. Mais cela installe aussi une incertitude durable sur la capacité de la candidate à aller au bout de la course sans nouvelle secousse procédurale.
Les prochaines semaines seront décisives
La suite dépend désormais de la Cour de cassation. C’est elle qui dira si la décision d’appel tient en droit ou si elle doit être censurée. En attendant, le RN parie sur une campagne qui avance, pendant que le dossier judiciaire suit sa propre trajectoire.
Le vrai rendez-vous n’est donc pas une déclaration de plus. C’est la décision de la haute juridiction, qui dira si la contestation de Marine Le Pen reste une simple parenthèse procédurale ou si elle rebat plus largement les cartes de la campagne présidentielle.



