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ÉLECTIONS Travailler plus, toucher quoi ?

Partir plus tard ou épargner pour demain : ce que le projet de retraite d’Édouard Philippe changerait pour vous

Édouard Philippe défend un départ à 65 ans, jusqu’à 45 annuités et un volet de capitalisation. Les exceptions annoncées et les écarts de pension entre femmes et hommes pèseront dans le débat sur les conséquences pour les futurs retraités.

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En bref

Édouard Philippe propose de porter progressivement l’âge légal de départ à 65 ans et la durée de cotisation à 45 annuités, tout en ajoutant une part de capitalisation au système par répartition. Les exceptions annoncées pour les carrières longues, la pénibilité et la santé devront être précisées, car l’impact dépendra des parcours professionnels et des pensions de chacun.

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À quel âge pourra-t-on arrêter de travailler, et avec quelle pension ? Derrière le grand oral d’Édouard Philippe, ces questions dessinent un choix concret pour les salariés et leurs familles.

Un grand oral tourné vers la présidentielle de 2027

Le candidat Horizons à la présidentielle a inauguré, jeudi 8 octobre 2026, le retour de « L’Heure de vérité » sur France 2. Caroline Roux présente cette nouvelle version d’une émission politique diffusée entre 1982 et 1995. Le rendez-vous revient à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

Le principe reste celui d’un entretien long, face à plusieurs journalistes. France Télévisions annonce vouloir confronter les projets aux faits, au terrain et aux idées contraires. Ce dispositif d’information pour la présidentielle de 2027 doit notamment permettre de dépasser les slogans de campagne.

Édouard Philippe a répondu sur le pouvoir d’achat, la dette, l’immigration et la mobilisation lycéenne. Les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont également figuré parmi les thèmes abordés. Mais les retraites constituent le dossier le plus précisément documenté de son intervention : l’ancien Premier ministre y a détaillé le projet présenté la semaine précédente.

Retraites : deux seuils à distinguer

Son projet combine trois leviers : porter progressivement l’âge légal à 65 ans, atteindre 45 annuités et ajouter un volet de capitalisation. Il avait présenté cette orientation le 29 septembre 2026. L’objectif annoncé est de rétablir l’équilibre du système tout en conservant la répartition comme socle.

L’âge légal et la durée de cotisation ne désignent pas la même chose. Le premier fixe le moment où un assuré peut normalement demander sa retraite. La seconde détermine notamment les conditions d’accès à une pension sans réduction liée à une carrière trop courte. Le calcul repose donc sur le parcours, pas seulement sur l’anniversaire du salarié.

Une annuité correspond à quatre trimestres : 45 annuités représentent ainsi 180 trimestres. Ces trimestres ne proviennent pas uniquement du travail rémunéré. Selon les règles applicables, certaines périodes de chômage, de maladie ou liées aux enfants peuvent aussi ouvrir des droits. Cette distinction compte particulièrement pour les carrières interrompues.

Dans sa présentation du 29 septembre, le candidat prévoyait une montée en charge en moins de dix ans. Il annonçait aussi des exceptions pour les carrières longues, les métiers pénibles et certaines situations de santé. Selon son estimation, un Français sur trois pourrait partir entre 60 et 64 ans. Il s’agit d’une promesse de campagne, non d’un droit déjà applicable.

Un effort qui ne pèserait pas de la même manière sur tous

Pour apprécier ce projet, il faut regarder au-delà de l’âge affiché. Une carrière continue et une succession d’emplois précaires ne produisent pas les mêmes droits. De même, prolonger l’activité ne représente pas la même contrainte selon l’état de santé et les conditions de travail. Les exceptions annoncées deviennent donc une pièce centrale du dispositif.

Les inégalités existent déjà. Dans son panorama des pensions et des départs à la retraite, la Drees indique qu’en 2022 les femmes percevaient une pension de droit direct inférieure de 38 % à celle des hommes. Cette pension correspond aux droits acquis personnellement, hors réversion après le décès d’un conjoint.

La Drees relie notamment cet écart aux différences de salaires et de durées de carrière. Les femmes partaient aussi, en moyenne, huit mois après les hommes en 2022. Ces données montrent pourquoi une réforme doit préciser le traitement des interruptions professionnelles, et pas seulement fixer une durée commune.

Autre contrainte : travailler plus longtemps suppose de pouvoir rester en emploi. L’effet financier d’un report dépend donc aussi de l’emploi des seniors. Pour les salariés, la question porte sur les postes disponibles et leur adaptation. Pour les employeurs, elle concerne le maintien dans l’emploi, la formation et les conditions de travail. Le rapport du Conseil d’orientation des retraites examine ces liens entre activité et financement.

Capitalisation : compléter les pensions, mais à quelles conditions ?

La répartition finance les pensions actuelles avec les cotisations des actifs. La capitalisation consiste, elle, à accumuler une épargne placée pour financer des revenus futurs. Édouard Philippe souhaite compléter le premier mécanisme par le second et permettre à tous les Français de disposer d’un plan d’épargne-retraite.

L’intérêt présenté par le candidat est d’associer les salariés à la valorisation du capital. Toutefois, cette promesse oblige à préciser qui verse l’argent, qui le gère et quelles garanties protègent les épargnants. Les rendements, les frais et les risques financiers font partie de l’équation. Une épargne pour demain ne dispense pas non plus de financer les pensions versées aujourd’hui.

La CFDT défend une autre priorité : préserver une répartition plus juste. Dans un entretien sur l’avenir du système de retraite, Isabelle Mercier rappelle l’attachement du syndicat à ce modèle. Cette position privilégie la solidarité collective plutôt que la constitution d’une épargne individuelle comme réponse centrale.

Le désaccord porte ainsi sur la répartition de l’effort. Le projet Philippe entend préserver le financement en prolongeant l’activité et en ajoutant de l’épargne. La priorité syndicale vise la protection des droits dans un cadre solidaire. Pour les citoyens, l’enjeu consiste à comparer les effets sur leur carrière et leur pension, pas seulement les objectifs affichés.

Les précisions à surveiller pendant la campagne

Ce grand oral expose une orientation, mais ne vaut pas adoption d’une réforme. Dans les prochaines semaines, les points décisifs seront le calendrier par génération, les conditions des départs anticipés et le financement du volet capitalisation. Les engagements déjà présentés permettent de poser ces questions ; leurs modalités détermineront qui supporte l’effort et qui bénéficie réellement des protections annoncées.

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