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ÉLECTIONS Le pouvoir d’achat sous tension

Pour les ménages, le programme de Mélenchon veut protéger le pouvoir d’achat face à l’inflation avant 2027

À la Fête de l’Humanité, Jean-Luc Mélenchon a placé le pouvoir d’achat au cœur de sa campagne. Blocage des prix, contrôle des marges et indexation des salaires structurent ses premières propositions.

Scène de marché de quartier en France, avec des clients comparant des produits et réglant leurs achats au comptoir
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En bref

À la Fête de l’Humanité, Jean-Luc Mélenchon a présenté plusieurs mesures pour répondre à la hausse du coût de la vie. Il défend le blocage de certains prix et marges, ainsi qu’une indexation des salaires sur l’inflation. Ces propositions devront encore être précisées et chiffrées avant la présidentielle de 2027.

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Quand les prix montent plus vite que les salaires, une question revient dans les foyers : comment continuer à se loger, se nourrir et se déplacer sans réduire chaque dépense ? À la Fête de l’Humanité, Jean-Luc Mélenchon a voulu répondre à cette inquiétude en plaçant le pouvoir d’achat au centre de sa campagne pour 2027.

Un discours de campagne devant une foule mobilisée

Samedi 12 septembre 2026, le leader de La France insoumise a pris la parole pendant près d’une heure et demie sur le site de la Fête de l’Humanité, au Plessis-Pâté, dans l’Essonne. Le rassemblement se tenait du 11 au 13 septembre sur l’ancienne base aérienne de Brétigny-sur-Orge.

Devant le stand de son mouvement, la foule s’est étendue dans les allées. Cette affluence donne à Jean-Luc Mélenchon une tribune particulièrement visible, à sept mois de l’élection présidentielle de 2027. La Fête de l’Humanité reste un rendez-vous important de la rentrée politique à gauche, même si elle réunit des sensibilités différentes.

Le discours s’est concentré sur deux thèmes : la dette et la vie chère. Jean-Luc Mélenchon a dressé un bilan très critique de la situation sociale du pays. Il a notamment affirmé : « Pendant toutes les années du Mozart de la finance, le ci-devant Monsieur Macron, un détournement massif a abouti au résultat suivant : 1 million de personnes de plus dans la pauvreté, 8 millions de personnes à l’aide alimentaire. »

Ces formules s’inscrivent dans une réalité sociale documentée. D’après les dernières données disponibles de l’Insee sur la pauvreté en France, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire en France métropolitaine en 2024. Le chiffre évoqué pour l’aide alimentaire doit toutefois être distingué de celui des personnes sous le seuil de pauvreté : les deux indicateurs ne mesurent pas la même population.

Bloquer les prix, mais aussi les marges

La mesure centrale défendue par Jean-Luc Mélenchon est le « blocage des prix et le blocage des marges ». Le principe est simple : l’État limiterait la hausse de certains prix et empêcherait les entreprises concernées d’augmenter leurs marges pour préserver leurs bénéfices.

Le candidat insoumis conteste l’idée selon laquelle l’inflation serait uniquement provoquée par des facteurs extérieurs, comme le coût de l’énergie ou des matières premières. Il a déclaré que « ce sont donc bien les marges qui provoquent la hausse des prix plutôt que tout autre événement » et que ces marges seraient « une décision de classe ».

Cette analyse entraîne une conséquence politique directe. Pour La France insoumise, le pouvoir d’achat ne doit pas seulement être soutenu par des aides publiques. Il faut aussi agir sur la formation des prix et sur la répartition de la valeur entre salariés, producteurs, distributeurs et actionnaires.

Le mécanisme poserait cependant plusieurs difficultés pratiques. Il faudrait déterminer les produits concernés, fixer une durée, contrôler les entreprises et éviter les pénuries. Les grands groupes disposent de services juridiques et commerciaux capables de s’adapter rapidement. Les petites entreprises, elles, ont souvent moins de marge financière pour absorber une hausse de leurs coûts.

Le partage de la facture serait donc décisif. Si les marges sont réduites, les consommateurs peuvent bénéficier d’une baisse ou d’une stabilisation des prix. Mais les entreprises pourraient aussi réduire leurs investissements, modifier leurs fournisseurs ou renoncer à certains produits si le prix imposé devient inférieur au coût réel.

L’échelle mobile des salaires pour suivre l’inflation

Jean-Luc Mélenchon propose également de rétablir une « échelle mobile des salaires ». Ce mécanisme consiste à indexer automatiquement les rémunérations sur l’évolution des prix. Concrètement, lorsque l’inflation augmente, les salaires progressent selon une règle fixée à l’avance.

La mesure vise d’abord les salariés dont le revenu ne suit pas le coût de la vie. Elle pourrait protéger les ménages modestes et les classes moyennes contre une perte progressive de pouvoir d’achat. Elle modifierait aussi le rapport de force dans les négociations salariales, car une partie de la hausse ne dépendrait plus d’une décision annuelle de l’employeur.

En revanche, les employeurs redoutent un effet d’entraînement. Une hausse automatique des salaires peut augmenter les coûts de production. Si les entreprises répercutent ces coûts dans leurs tarifs, une nouvelle boucle entre prix et salaires peut apparaître. Ce risque constitue l’un des principaux arguments des opposants à l’indexation générale.

En France, l’indexation automatique des salaires sur les prix n’est plus la règle. Le rapport présenté sur les mécanismes d’échelle mobile des salaires rappelle que ce dispositif conduit à relier directement les rémunérations à l’évolution des prix. Le salaire minimum bénéficie déjà d’une revalorisation légale liée à l’inflation, mais les autres rémunérations ne suivent pas automatiquement le même mouvement.

Un « état d’urgence sociale » aux contours encore flous

Le discours a aussi introduit une proposition institutionnelle : la possibilité de décréter un « état d’urgence sociale » ou un « état d’urgence écologique » dans certaines situations. Jean-Luc Mélenchon n’a pas seulement évoqué une mesure économique. Il a défendu un cadre permettant à l’État d’intervenir rapidement face à une crise jugée exceptionnelle.

Le contenu juridique de ces dispositifs reste à préciser. Il faudrait définir les critères de déclenchement, les pouvoirs accordés au gouvernement et la durée de ces régimes. Le Parlement devrait également pouvoir contrôler leur application. Sans garanties précises, un état d’urgence pourrait être perçu comme un outil de protection sociale ou, au contraire, comme une extension excessive du pouvoir exécutif.

Une stratégie qui vise les ménages, mais aussi le débat à gauche

Ces propositions bénéficient en priorité aux ménages qui consacrent une grande part de leurs revenus aux dépenses contraintes. Pour eux, une baisse des prix alimentaires ou une indexation des salaires aurait un effet immédiat. Les salariés précaires, les familles monoparentales et les retraités modestes seraient particulièrement concernés.

Les entreprises de grande taille sont, à l’inverse, directement visées par le contrôle des marges. Les commerces indépendants et les producteurs pourraient demander des règles différentes, car leurs coûts et leurs capacités de négociation ne sont pas comparables à ceux des groupes de la grande distribution.

La contradiction porte donc moins sur le constat que sur la méthode. La France insoumise veut utiliser davantage la puissance publique pour protéger les revenus. Les organisations patronales et une partie des économistes mettent en garde contre le coût pour les entreprises, le risque de pénuries et une possible relance de l’inflation.

À gauche, cette ligne permet aussi à Jean-Luc Mélenchon de se présenter comme le candidat du pouvoir d’achat et de se distinguer des propositions centrées sur les baisses d’impôts ou la réduction des cotisations. La question reste celle de la coalition politique capable de porter ces mesures jusqu’au second tour et, surtout, de les appliquer.

Les prochaines étapes à surveiller

Le débat va désormais se déplacer vers le financement et la mise en œuvre. Il faudra préciser quels prix seraient bloqués, comment les marges seraient contrôlées et quelles entreprises seraient concernées. La question de l’indexation des salaires devra également être chiffrée.

Les prises de position des syndicats, du patronat et des autres candidats de gauche seront déterminantes. Le calendrier de la présidentielle de 2027 donnera aussi un relief nouveau à ces annonces : derrière le succès de foule à la Fête de l’Humanité, c’est la crédibilité économique du programme insoumis qui sera examinée.

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