Présidentielle 2027 : les électeurs doivent-ils choisir entre la stratégie de Sarah Knafo et le retour de Zemmour ?
À l’approche de 2027, Sarah Knafo investit les thèmes économiques tandis qu’Éric Zemmour conserve la direction de Reconquête. Cette complémentarité entretient le suspense sur le candidat qui portera le parti.

Sarah Knafo renforce sa visibilité avec un livre consacré à la dépense publique, des rendez-vous médiatiques et des contacts à droite. Éric Zemmour reste président de Reconquête et se présente comme le candidat naturel du parti, mais sa discrétion entretient le doute. La formation devra bientôt clarifier son choix pour réunir les parrainages nécessaires.
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À l’approche de la présidentielle de 2027, qui incarnera vraiment Reconquête ? Éric Zemmour reste la figure officielle du parti. Pourtant, Sarah Knafo occupe de plus en plus l’espace médiatique et politique.
Un parti encore organisé autour de Zemmour
Reconquête a été créé en 2021 pour porter la candidature d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle de 2022. Depuis, l’ancien éditorialiste conserve la présidence du mouvement et son rôle de référence sur l’immigration, l’identité et la sécurité.
Mais la présidentielle de 2027 n’est pas encore ouverte. Les candidatures officielles ne pourront être déposées qu’après une phase de collecte des parrainages. Chaque prétendant devra obtenir 500 signatures d’élus habilités, réparties entre plusieurs territoires.
Pour un petit parti, cette étape constitue un obstacle concret. Reconquête ne dispose ni du réseau d’élus du Rassemblement national ni des relais territoriaux des Républicains. La clarification du candidat devra donc intervenir suffisamment tôt pour convaincre les maires de s’engager.
Éric Zemmour connaît déjà cette mécanique. En 2022, il avait réussi à réunir les parrainages nécessaires. Il avait ensuite obtenu 7,07 % des voix au premier tour, loin derrière Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour, selon les résultats officiels du scrutin.
Sarah Knafo prend la lumière
À la rentrée 2025, Sarah Knafo a multiplié les signaux de visibilité. Le 2 septembre, elle devait publier son livre Le Casse du siècle chez Fayard. L’ouvrage, présenté comme une enquête, attaque la dépense publique, la fiscalité et ce qu’elle décrit comme les renoncements successifs de l’État.
Son argument est simple : les Français paieraient trop cher un système devenu illisible. Elle s’intéresse notamment à l’écart entre salaire brut et salaire net, aux droits de succession et aux dépenses administratives.
Elle relie également ces questions économiques à l’immigration. Selon elle, le coût de cette politique pèserait sur les finances publiques et limiterait la progression des salaires. Ces affirmations s’inscrivent dans la ligne libérale et anti-bureaucratique qu’elle cherche à imposer dans le débat public.
Le livre a été édité à plus de 100 000 exemplaires. Son lancement ne ressemble donc pas à une simple opération de communication interne. Il donne à Sarah Knafo un support pour s’adresser directement aux électeurs de droite, au-delà des militants de Reconquête.
Cette stratégie repose aussi sur des rendez-vous médiatiques. Lors des universités d’été du parti, organisées à la mi-septembre 2025 au Port-Marly, dans les Yvelines, elle devait animer un débat avec le vidéaste Sardoche, très suivi sur Twitch.
Le choix de cet invité vise un public plus jeune et plus connecté. Il permet également à l’eurodéputée de sortir des formats classiques de la vie politique. Pour Reconquête, l’enjeu est important : le parti doit renouveler son audience sans perdre son électorat historique.
Un positionnement économique pour se distinguer
Sarah Knafo n’occupe pas exactement le même terrain qu’Éric Zemmour. Lui reste associé aux thèmes identitaires et à une parole de confrontation. Elle insiste davantage sur les impôts, la liberté économique, l’entreprise et la réduction de la dépense publique.
Ce positionnement peut lui permettre de toucher des électeurs de droite qui se reconnaissent moins dans la radicalité culturelle de Reconquête. Il peut aussi attirer des indépendants, des entrepreneurs et des électeurs déçus par la politique fiscale des gouvernements successifs.
En revanche, cette ligne comporte une difficulté. Réduire les dépenses publiques ne produit pas les mêmes effets pour tous. Les contribuables les plus aisés peuvent bénéficier d’une baisse de certains impôts. Les ménages modestes, eux, dépendent davantage des services publics, des prestations sociales et de l’offre de soins.
La question n’est donc pas seulement de savoir combien l’État dépense. Il faut aussi déterminer quels services seraient réduits, quels impôts seraient supprimés et quelles catégories supporteraient l’effort. Sur ce point, le débat politique reste ouvert.
Sarah Knafo a également critiqué la ligne économique du Rassemblement national. Elle estime que le parti de Marine Le Pen s’est éloigné d’une défense claire de l’entreprise et de la baisse du nombre de fonctionnaires.
Cette critique vise un espace électoral précis. Le RN cherche à élargir son audience et à rassurer les catégories populaires. Reconquête tente, de son côté, de conserver une image plus nettement libérale auprès des électeurs de droite.
Une présence qui nourrit les hypothèses
Les indicateurs d’opinion ont renforcé la visibilité de Sarah Knafo. Dans un baromètre Ifop publié en 2025, elle obtenait une meilleure image que son compagnon auprès des personnes interrogées. Ces chiffres mesurent une popularité déclarée, pas une intention de vote.
La députée européenne bénéficie aussi de son score obtenu aux municipales de Paris, où elle avait recueilli 10 % des suffrages au premier tour après une campagne rapide. Cette performance lui a donné une base de notoriété personnelle, même si elle ne suffit pas à démontrer une capacité à gagner une élection nationale.
Elle entretient par ailleurs des contacts avec des personnalités susceptibles de compter à droite. Sa rencontre prévue avec Louis Sarkozy à Menton, le 17 septembre 2025, relève de cette logique. Le fils de l’ancien président dispose d’une audience numérique et défend des positions économiques libérales.
Pour Sarah Knafo, ces rendez-vous permettent de construire un réseau. Pour Reconquête, ils peuvent élargir le cercle des soutiens. Mais ils exposent aussi le parti à une concurrence interne et à des interprétations sur la succession de son fondateur.
Zemmour candidat naturel, mais candidat certain ?
Sarah Knafo continue pourtant de présenter Éric Zemmour comme « le candidat naturel » de Reconquête. Le message est clair : elle ne revendique pas officiellement la place de candidate et affirme préparer le terrain pour le parti.
Éric Zemmour, lui, a déjà laissé entendre qu’il se préparait pour 2027. Il a notamment déclaré sur RTL qu’en l’absence de primaire à droite, il serait candidat. Une primaire désigne un scrutin organisé pour choisir le représentant d’un camp politique.
Cette stratégie prolonge le suspense. En 2021, Éric Zemmour avait entretenu pendant plusieurs mois l’hypothèse d’une candidature avant de l’officialiser. Il peut aujourd’hui chercher à préserver sa liberté de mouvement, à observer ses concurrents et à éviter une campagne trop précoce.
Mais cette discrétion a un coût. Un candidat qui tarde à se déclarer dispose de moins de temps pour structurer son équipe, installer ses thèmes et obtenir les parrainages. Elle laisse également Sarah Knafo occuper le terrain à sa place.
Deux visages pour une même formation
Certains cadres de Reconquête voient dans cette répartition une complémentarité. Sarah Knafo porterait les sujets économiques et la modernisation de l’image du parti. Éric Zemmour conserverait les thèmes de l’immigration et de l’identité.
Cette organisation peut être efficace. Elle permettrait de parler à plusieurs électorats sans modifier officiellement la ligne du mouvement. Cependant, elle peut aussi brouiller le message. Les électeurs sauront-ils qui décide ? Les deux responsables défendront-ils la même stratégie en cas de désaccord ?
Le parti doit également composer avec le Rassemblement national, qui reste le principal acteur de la droite nationaliste. Une candidature Reconquête pourrait diviser cet électorat. À l’inverse, l’absence de candidature affaiblirait la visibilité du mouvement et son poids dans les négociations à droite.
Les développements récents montrent que l’hypothèse Knafo ne relève plus seulement d’une rumeur interne. En 2026, plusieurs analyses ont encore présenté le duel entre les deux dirigeants comme un enjeu central pour la formation, tandis qu’Éric Zemmour réaffirmait progressivement sa volonté de se projeter vers 2027.
La prochaine échéance : clarifier le choix
À court terme, Reconquête doit transformer sa présence médiatique en organisation politique. Le parti devra préciser son calendrier, arrêter son diagnostic économique et désigner celui ou celle qui portera ses propositions.
La fin de l’automne constitue une échéance importante. À ce moment-là, l’appareil devra commencer à mobiliser les élus locaux et à préparer concrètement la chasse aux parrainages.
Sarah Knafo peut continuer à installer son image. Éric Zemmour peut entretenir son statut de candidat naturel. Mais, pour 2027, le parti devra bientôt répondre à une question très pratique : qui demandera officiellement les signatures des maires ?



