Primaire de la gauche : Olivier Faure peut-il empêcher Raphaël Glucksmann de s’imposer en 2027 ?
L’entrée en lice d’Olivier Faure rebat les cartes de la primaire de la gauche. Face à Raphaël Glucksmann, le premier secrétaire du PS mise sur son ancrage militant et une stratégie d’union.

Olivier Faure affrontera Raphaël Glucksmann lors d’une primaire destinée à désigner un candidat de gauche pour 2027. Le scrutin opposera deux stratégies : l’une défend une union large incluant les écologistes et une partie de la gauche radicale, l’autre veut prendre ses distances avec La France insoumise. La participation sera déterminante.
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Pour les électeurs de gauche, une question revient déjà : qui pourra porter une candidature commune en 2027, et avec quelle ligne politique ? À Blois, le duel entre Raphaël Glucksmann et Olivier Faure transforme une primaire encore confidentielle en véritable test de leadership.
Une primaire qui devait tourner autour de Glucksmann
Raphaël Glucksmann partait avec une longueur d’avance. Le député européen avait réalisé près de 14 % aux élections européennes de juin 2024. Ce résultat contrastait fortement avec les 1,75 % obtenus par Anne Hidalgo à l’élection présidentielle de 2022.
Depuis plusieurs mois, le coprésident de Place publique apparaît aussi mieux placé dans les enquêtes d’opinion consacrées à la gauche. Il est généralement crédité de 10 à 15 % des intentions de vote dans les scénarios testés. Olivier Faure, lui, dépasse plus difficilement les 5 % dans la matière électorale fournie.
Cette différence avait contribué à installer Raphaël Glucksmann comme le favori naturel de la primaire organisée avec le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste. À Blois, plusieurs figures socialistes ont d’ailleurs affiché leur proximité avec lui : Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Carole Delga, présidente de la région Occitanie, et Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen.
Le message était clair. Glucksmann voulait démontrer qu’il disposait déjà d’un réseau solide au sein du Parti socialiste, au-delà de son propre mouvement. Cette capacité à fédérer constitue son principal avantage dans une compétition où la notoriété nationale ne suffira pas.
Faure entre dans la course et change le rapport de force
Olivier Faure a officialisé sa candidature le 30 août. Le premier secrétaire du Parti socialiste, c’est-à-dire le dirigeant national du parti, a ainsi choisi de défendre directement sa ligne devant les militants et les sympathisants appelés à participer au scrutin.
Son arrivée n’est pas anodine. Elle oblige Raphaël Glucksmann à affronter un responsable qui connaît parfaitement les rouages du PS, ses fédérations et ses élus locaux. Faure dispose également d’une expérience parlementaire et d’un ancrage politique construit depuis plusieurs années.
Le premier secrétaire ne compte pas laisser le terrain libre à son concurrent. Dans une interview publiée au lendemain de son annonce, il a prévenu : « On ne rentre pas dans le champ politique avec des fleurs et des poèmes. » Une formule qui vise directement l’image de Glucksmann, souvent présenté comme un intellectuel et un européen convaincu davantage que comme un professionnel de l’appareil partisan.
Faure a aussi insisté sur la nécessité de « mettre les mains dans le cambouis ». Autrement dit, il veut présenter son adversaire comme un candidat qui devra encore prouver sa capacité à construire un programme, négocier avec des partenaires et gouverner.
Cette critique répond à une attente réelle d’une partie des socialistes. La députée Dieynaba Diop, proche d’Olivier Faure, estime que la gauche a besoin de « mesures concrètes et pas seulement de grandes idées ». Derrière cette opposition de style se joue donc un débat sur la définition même d’un candidat présidentiable.
Deux visions de la gauche face à face
Raphaël Glucksmann défend une gauche sociale-démocrate, européenne et clairement indépendante de La France insoumise. Il a déjà fermé la porte à une majorité parlementaire construite avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
Cette position séduit des responsables qui veulent tourner la page des accords conclus avec les insoumis. Elle inquiète, en revanche, ceux qui considèrent que la gauche ne peut peser qu’en restant rassemblée. Pour ces derniers, la priorité est d’éviter une nouvelle dispersion des candidatures.
Olivier Faure incarne une autre stratégie. Depuis 2022, il a participé à la construction de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, puis du Nouveau Front populaire. Ces alliances électorales ont permis aux partis de gauche de présenter des candidatures communes aux législatives, malgré de profondes divergences programmatiques.
Le premier secrétaire continue donc de défendre l’idée d’un rassemblement allant des socialistes aux écologistes, avec une ouverture possible vers une partie de la gauche radicale. Il met en avant des propositions susceptibles de parler aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon, comme une sécurité sociale de l’alimentation ou des conditions climatiques imposées au vote du budget.
Ce positionnement peut élargir le corps électoral de la primaire. Mais il risque aussi de renforcer les réserves des socialistes qui souhaitent une rupture plus nette avec La France insoumise.
Le vrai enjeu : mobiliser au-delà des militants
La primaire ne se gagnera pas seulement sur les idées. Elle dépendra aussi du nombre de participants. Pour l’instant, la direction socialiste évoque un socle d’environ 50 000 votants, toutes les bases militantes étant prises en compte.
Ce niveau serait très inférieur aux précédentes primaires ouvertes du Parti socialiste. Celle de 2011, remportée par François Hollande, avait attiré près de trois millions de participants. En 2017, environ 1,6 million de personnes avaient voté pour départager Benoît Hamon et Manuel Valls.
La comparaison doit toutefois être nuancée. Le scrutin annoncé ne repose pas sur le même dispositif. Il ne s’agit pas nécessairement d’une primaire ouverte à l’ensemble des électeurs, avec une organisation nationale et une campagne comparable à celles de 2011 et 2017.
Une participation trop faible donnerait néanmoins un signal politique défavorable. Elle réduirait la légitimité du vainqueur et limiterait sa capacité à s’imposer face aux autres prétendants de gauche. À l’inverse, un duel médiatisé entre Faure et Glucksmann peut attirer des électeurs qui ne sont plus membres du PS mais souhaitent peser sur la présidentielle.
La barre de 150 000 votants est évoquée comme un minimum politique. Pour l’atteindre, il faudrait recruter environ 100 000 participants supplémentaires avant la clôture des inscriptions, fixée au 5 octobre selon le calendrier présenté.
Un scrutin sans sondage et donc difficile à lire
Le faible nombre attendu de votants empêche de mesurer précisément les rapports de force. Les instituts de sondage ne peuvent pas constituer un échantillon fiable d’un électorat aussi restreint et aussi particulier.
Les deux camps doivent donc avancer avec peu de repères. Raphaël Glucksmann peut s’appuyer sur ses résultats européens et sur les soutiens d’élus importants. Olivier Faure peut compter sur sa connaissance du parti et sur sa capacité à activer les réseaux militants.
Son parcours récent comporte toutefois une fragilité. En juillet, il a été mis en minorité pour la première fois lors d’un vote interne consacré à l’organisation de la primaire. Cet épisode montre que son statut de premier secrétaire ne suffit pas à garantir le soutien de la majorité des adhérents.
Les précédents invitent également à la prudence. En 2016, Alain Juppé, longtemps donné favori de la primaire de la droite, avait été battu par François Fillon. Un an plus tard, Manuel Valls avait perdu la primaire socialiste face à Benoît Hamon. Ces scrutins montrent qu’une campagne interne peut rapidement modifier les équilibres annoncés.
Une victoire qui pèsera sur toute la gauche
Le résultat ne déterminera pas seulement le candidat issu de cette primaire. Il influencera les alliances et les candidatures de la gauche pour la suite de la présidentielle et des élections législatives.
Si Olivier Faure l’emporte, les partisans d’une candidature commune avec les écologistes pourraient être confortés. La question se posera aussi pour Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, qui pourrait devoir choisir entre une candidature autonome et un accord plus large.
Si Raphaël Glucksmann gagne, le rapport de force basculera vers une gauche plus autonome vis-à-vis de La France insoumise. Les socialistes favorables à cette orientation pourraient alors réclamer une clarification durable de la stratégie du parti.
Dans tous les cas, Olivier Faure a annoncé qu’il resterait premier secrétaire du PS, quel que soit le résultat. La primaire ne mettra donc pas fin aux tensions internes. Elle les déplacera probablement vers la préparation de la présidentielle et des législatives.
Les prochaines échéances seront décisives : la clôture des inscriptions le 5 octobre, puis les tours de vote prévus les 9-10 et 16-17 octobre. D’ici là, il faudra surtout observer la capacité des deux camps à mobiliser au-delà de leurs soutiens habituels. C’est probablement là que se jouera la surprise.



