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ÉLECTIONS Le grand retour du dossier social

Retraites : les choix des candidats pourraient changer l’âge de départ et le montant des pensions des Français

La campagne présidentielle remet les retraites au centre des débats. Entre retour à 60 ou 62 ans, suppression de l’âge légal et capitalisation, les candidats proposent des voies très différentes, avec des conséquences concrètes pour les futurs retraités.

Deux travailleurs échangent dans un atelier français, illustrant les enjeux de carrière et de départ à la retraite
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En bref

La campagne présidentielle de 2027 relance le débat sur l’avenir des retraites. Les candidats divergent sur l’âge de départ, la durée de cotisation et la place de la capitalisation. Pour les citoyens, ces choix détermineront l’âge de fin d’activité, le niveau des pensions et l’équilibre financier du système.

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Pour les futurs retraités, une question revient déjà : faudra-t-il travailler jusqu’à 60, 62, 64 ans ou davantage pour toucher sa pension ? À sept mois du premier tour de l’élection présidentielle de 2027, les candidats avancent des réponses très différentes. Mais ils évitent souvent de détailler le financement et les conséquences concrètes de leurs choix.

Un dossier suspendu, mais loin d’être réglé

La réforme des retraites de 2023 n’a pas disparu. Elle a seulement été mise entre parenthèses. Depuis le 1er septembre 2026, la hausse de l’âge légal et l’allongement de la durée de cotisation sont suspendus jusqu’en 2028. L’âge légal reste donc fixé à 62 ans et 9 mois pour les générations actuellement concernées, au lieu de poursuivre sa progression vers 64 ans.

Cette suspension répond à un compromis politique. Elle a permis au Parti socialiste de soutenir certains équilibres budgétaires, tout en obtenant un gel temporaire de la réforme portée par Élisabeth Borne. En revanche, elle ne règle ni le déficit du système ni la question de son financement à long terme.

Le débat dure depuis plus de trois décennies. En 1991, le Livre blanc commandé par Michel Rocard posait déjà les principales difficultés : l’allongement de la durée de vie, la baisse relative du nombre d’actifs et la progression des dépenses de pension. Depuis, plusieurs réformes ont modifié les règles. Aucune n’a définitivement clos le dossier.

Pourquoi les retraites reviennent au cœur de la campagne

Le système français repose principalement sur la répartition. Les cotisations versées aujourd’hui par les actifs financent les pensions actuelles. Ce mécanisme crée une dépendance directe entre le nombre de cotisants, leur niveau de salaire, le chômage et le nombre de retraités.

Or, la France vieillit. Les projections de l’Insee sur l’évolution de la population française confirment la progression de la part des personnes âgées dans les prochaines décennies. Cela ne suffit pas à déterminer une réforme précise, mais cela pèse sur toutes les hypothèses financières.

Repousser l’âge de départ augmente le nombre de personnes en emploi et réduit, à court terme, la durée moyenne de versement des pensions. Mais cette mesure touche davantage les salariés ayant commencé tôt, ceux qui exercent un métier pénible et les personnes dont la santé se dégrade avant l’âge légal.

À l’inverse, abaisser l’âge de départ peut répondre à une attente sociale forte. Cependant, la mesure coûte cher si elle n’est pas accompagnée de nouvelles recettes, d’une hausse des cotisations ou d’une baisse d’autres dépenses publiques. Les candidats devront donc présenter autre chose qu’un âge symbolique.

Édouard Philippe rattrapé par l’hypothèse des 67 ans

Édouard Philippe reste associé à l’idée d’un départ à 67 ans. Il avait évoqué cette hypothèse lors des précédents débats sur les retraites. Depuis, ses adversaires l’utilisent comme un repoussoir. Le chiffre est devenu un marqueur politique, même si l’ancien Premier ministre n’a pas encore présenté l’ensemble de son projet pour 2027.

Cette situation le place dans une position inconfortable. S’il confirme une trajectoire ambitieuse, il risque de raviver le souvenir des mobilisations contre les précédentes réformes. S’il écarte clairement les 67 ans, il devra expliquer comment financer les pensions sans augmenter suffisamment les recettes.

Édouard Philippe a promis de dévoiler sa réforme avant la fin de septembre 2026. Les détails seront décisifs : âge légal, durée de cotisation, règles pour les carrières longues, prise en compte de la pénibilité et niveau des pensions minimales.

Au centre, Gabriel Attal mise sur la fin de l’âge légal

Gabriel Attal propose une autre méthode. Il défend la suppression de l’âge légal de départ. Cela ne signifierait pas que chacun pourrait partir quand il le souhaite avec une pension complète. Le montant dépendrait davantage de la durée de cotisation et des droits accumulés.

Cette logique veut déplacer le débat. Au lieu d’imposer une même borne à tous, elle privilégie un système où chaque assuré arbitre entre l’âge de départ et le montant de sa pension. Les personnes ayant commencé tôt pourraient partir plus rapidement. Celles qui ont connu des interruptions de carrière devraient, en revanche, travailler plus longtemps ou accepter une pension réduite.

Gabriel Attal a également défendu l’idée d’un complément de capitalisation. Dans ce modèle, une partie de l’épargne est investie pour financer une pension future. Une enquête présentée par l’institut Elabe indiquait qu’une majorité de personnes interrogées approuvait le principe d’une remise à plat et de la suppression de l’âge légal. Mais l’adhésion à une idée générale ne vaut pas accord sur ses modalités concrètes.

À gauche, un même refus de la réforme, mais plusieurs lignes

À gauche, le point commun est le rejet de l’âge de 64 ans instauré par la réforme de 2023. La plupart des socialistes défendent un retour à 62 ans. Jean-Luc Mélenchon continue de mettre en avant la retraite à 60 ans. François Hollande, qui n’est pas officiellement candidat, s’est prononcé pour un départ à 63 ans.

Ces écarts ne sont pas secondaires. Entre 60 et 63 ans, le coût budgétaire varie fortement. Le choix dépend aussi du nombre de trimestres exigés et des conditions imposées aux personnes ayant commencé à travailler jeunes.

Le débat porte donc autant sur la justice sociale que sur l’âge affiché. Un départ à 60 ans peut bénéficier aux salariés ayant connu des emplois physiques. Il profite moins à ceux qui ont commencé tard ou accumulé des périodes non cotisées. Dans tous les cas, les femmes ayant interrompu leur carrière et les travailleurs précaires sont particulièrement concernés par les règles de durée d’assurance.

À droite et au RN, le désaccord porte aussi sur le financement

Au Rassemblement national, Marine Le Pen maintient une promesse de retour à 62 ans, voire à 60 ans pour les personnes ayant commencé à travailler tôt. Elle a réaffirmé cette ligne le 27 août 2026 lors d’un rendez-vous organisé par le Medef.

Jordan Bardella a pourtant défendu une approche différente. Il a évoqué la suppression de l’âge légal et l’introduction d’une part de capitalisation. Cette divergence montre la difficulté du RN à concilier deux électorats : les salariés modestes attachés à un départ plus précoce et les milieux économiques qui demandent une trajectoire financière jugée plus soutenable.

La position de Marine Le Pen sur les 60 et 62 ans ne règle pas la question du financement. Ses adversaires soulignent le coût potentiel d’une telle mesure. Dans le camp nationaliste, Éric Ciotti réclame de son côté un recul de l’âge de départ et une place plus importante pour la capitalisation.

Cette dernière solution séduit une partie des épargnants et des employeurs, qui y voient un moyen de diversifier les ressources. Elle inquiète toutefois les syndicats et une partie de la gauche, car elle expose davantage les futurs retraités aux rendements financiers et aux écarts de patrimoine. Les salariés qui disposent de peu d’épargne en profiteraient moins que les ménages aisés.

Le véritable test sera le détail des projets

Le débat présidentiel ne se limitera donc pas à une bataille de chiffres. Chaque candidat devra préciser qui paie, qui travaille plus longtemps et qui bénéficie des exceptions. Il devra aussi expliquer le traitement réservé aux carrières hachées, aux indépendants, aux fonctionnaires et aux personnes invalides.

La prochaine échéance est claire. Édouard Philippe doit présenter son projet avant la fin de septembre 2026. Les autres candidats devront ensuite préciser leurs propres calendriers et leurs hypothèses financières. Le sujet pourrait alors quitter le registre des promesses générales pour entrer dans celui des arbitrages.

À surveiller également : l’application concrète de la suspension de la réforme jusqu’en 2028, les débats budgétaires et les éventuelles propositions parlementaires sur l’âge légal. C’est à ce moment que les écarts entre les discours de campagne et les mesures réellement finançables commenceront à apparaître.

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