Sortie de l’UE : ce que promet Nicolas Dupont-Aignan pour les prix, l’industrie, les frontières et la démocratie
Nicolas Dupont-Aignan confirme sa candidature à la présidentielle de 2027 et défend une rupture nette avec l’Union européenne. Il relie cette ligne à la réindustrialisation, au pouvoir d’achat et à un retour des frontières.

Peut-on vraiment promettre plus de liberté sans changer les règles européennes ?
À chaque campagne présidentielle, la même question revient pour une partie des électeurs : que peut encore faire la France seule, et que décide déjà l’Union européenne ? C’est le cœur du discours de Nicolas Dupont-Aignan, qui mise depuis longtemps sur une ligne claire : reprendre des marges de manœuvre nationales, ou quitter l’UE pour les retrouver.
Dans son entretien du 2 juin, le président de Debout la France réaffirme sa candidature pour 2027. Il présente son nouveau livre comme un programme politique, et place au centre de son projet la sortie de l’Union européenne, la réindustrialisation, la remise en cause du marché européen de l’électricité et un retour à des frontières plus fermes. Son idée tient en une promesse : si la France veut agir plus vite et plus fort, elle doit d’abord se libérer de ce qu’il appelle des traités qui la lient.
Un vieux débat français, ranimé par le référendum de 2005
Cette ligne n’apparaît pas dans le vide. En France, le rejet du traité constitutionnel européen par référendum, le 29 mai 2005, reste un repère politique majeur. Le texte a été soumis aux Français à l’issue d’une longue campagne, et le « non » a ouvert un cycle durable de méfiance envers la construction européenne dans une partie de l’électorat. La question du respect du vote populaire, brandie aujourd’hui encore par plusieurs souverainistes, continue donc de structurer ce débat.
Juridiquement, sortir de l’Union n’est pas un slogan. Le Parlement européen rappelle que l’article 50 du traité sur l’Union européenne a prévu, depuis le traité de Lisbonne, la possibilité pour un État membre de se retirer. Mais ce retrait suppose une procédure, des négociations et un accord encadrant la relation future. Autrement dit, ce n’est ni instantané, ni neutre, ni sans coût politique.
Ce que propose Dupont-Aignan, et ce que cela change pour les différents acteurs
Le cœur de son argument est simple : selon lui, beaucoup de responsables politiques promettent déjà de durcir l’immigration, de protéger l’industrie ou de défendre les agriculteurs, mais ils resteraient prisonniers des règles européennes. Il vise ici autant les droites souverainistes que le Rassemblement national ou Reconquête. Sa distinction est nette : eux veulent infléchir l’UE ; lui veut en sortir puis la refonder.
Concrètement, ce choix ne toucherait pas les mêmes acteurs de la même manière. Les industriels espéreraient davantage de souplesse pour soutenir certains secteurs. Les agriculteurs, eux, verraient peut-être disparaître certaines contraintes européennes, mais ils perdraient aussi l’accès immédiat aux arbitrages et aux protections liées au marché unique. Les consommateurs pourraient subir des hausses sur certains produits importés si les échanges se renchérissent. Les régions exportatrices, enfin, seraient en première ligne si les débouchés européens se réduisaient.
Le candidat promet aussi de sortir du marché européen de l’électricité pour faire baisser les prix de 30 %. Là encore, le sujet dépasse la formule. Les prix de l’électricité en Europe dépendent à la fois de la production, des contrats, du gaz, des taxes et des règles communes de marché. Dire qu’une sortie mécanique ferait baisser la facture ne dit pas comment seraient compensés les investissements, la sécurité d’approvisionnement ou les échanges avec les voisins. Les ménages peuvent attendre une facture plus basse ; les producteurs, eux, veulent surtout de la visibilité pour financer leurs centrales et leurs réseaux.
Sur l’immigration et la sécurité, l’argument est tout aussi politique. Dupont-Aignan relie la violence urbaine à un État qu’il juge trop faible et demande de la prison ferme. Il s’inscrit dans une lecture répressive classique : plus de sanctions, moins d’impunité, davantage d’autorité. Mais cette réponse ne traite pas à elle seule les causes plus larges des trafics, qui tiennent aussi au chômage local, aux filières criminelles et à l’organisation du territoire. Les habitants des quartiers populaires attendent de la sécurité ; ils attendent aussi des services publics qui tiennent dans la durée.
Le Mercosur, l’automobile et l’agriculture : les points de friction les plus concrets
Dupont-Aignan cite aussi le Mercosur comme symbole d’une Europe qui, selon lui, désarmerait les producteurs français. Sur ce point, le dossier est bien réel, mais il mérite d’être précisé. La Commission européenne indique que l’Union européenne et les pays du Mercosur ont signé le 17 janvier 2026 un accord de partenariat et un accord commercial intérimaire. Le volet commercial intérimaire est appelé à s’appliquer provisoirement à partir du 1er mai 2026. Le texte complet devra encore suivre son chemin institutionnel, et l’accord de partenariat devra être ratifié par tous les États membres avant d’entrer pleinement en vigueur.
La Commission défend cet accord en disant qu’il ouvre des opportunités commerciales tout en protégeant les intérêts des agriculteurs et des producteurs européens. C’est exactement là que se joue le conflit politique : pour ses partisans, il s’agit d’ouvrir des marchés et de sécuriser des règles ; pour ses opposants, c’est un risque de concurrence accrue pour l’élevage et certaines filières sensibles. Les grands exportateurs n’ont pas les mêmes intérêts que les petites exploitations. Les filières les plus exposées aux importations ne réagissent pas comme les secteurs tournés vers l’export.
Perspectives : une candidature solitaire, mais un créneau politique disputé
Sur le plan électoral, Nicolas Dupont-Aignan occupe un espace très encombré. Il y a, sur la droite nationale et souverainiste, plusieurs offres politiques qui parlent d’immigration, d’autorité, de protection économique et de critique de Bruxelles. Son pari est de se distinguer par une cohérence absolue : dire la sortie de l’UE quand d’autres préfèrent parler de réorientation ou de rapport de force.
Son désaccord avec le RN ne porte donc pas seulement sur le style ou les alliances. Il porte sur la méthode. Là où le RN cherche à apparaître gouvernable sans effrayer l’électorat modéré, lui revendique une rupture franche. À l’inverse, la Commission européenne et les gouvernements favorables à l’intégration défendent une logique de compromis, de négociation et de marché commun. Les premiers veulent plus de souveraineté nationale ; les seconds misent sur la capacité collective de l’UE à peser face aux grands blocs économiques.
À court terme, l’échéance à surveiller n’est pas seulement la présidentielle de 2027. C’est aussi la manière dont les thèmes qu’il porte continueront d’irriguer le débat : immigration, désindustrialisation, pouvoir d’achat de l’électricité, avenir du commerce avec le Mercosur et place du référendum dans la vie politique. Si ces sujets dominent encore la discussion dans les prochains mois, sa candidature conservera un espace, même modeste. S’ils sont absorbés par d’autres priorités, son discours restera audible, mais plus isolé.



