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ÉLECTIONS Le retour du réformisme

TVA sociale et retraite à 63 ans : François Hollande teste une gauche de gouvernement avant la présidentielle de 2027

Avec son livre Unir, François Hollande défend une gauche réformiste autour de la TVA sociale, d’un départ à la retraite à 63 ans et d’une ligne indépendante de La France insoumise. Une stratégie qui vise déjà 2027.

Réunion parlementaire française autour d’un livre politique et de propositions sur la gauche et les retraites
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En bref

Dans son livre Unir, François Hollande avance une orientation de gauche davantage centrée sur la responsabilité budgétaire et la réforme. Il propose notamment une TVA portée à 24 %, un départ à la retraite à 63 ans et une désindexation des pensions les plus élevées. Ces mesures nourrissent son positionnement en vue de 2027.

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François Hollande peut-il redevenir une option crédible pour la gauche en 2027 ? À quelques mois de la prochaine élection présidentielle, l’ancien chef de l’État avance ses réponses dans un livre qui ressemble autant à un bilan qu’à une déclaration de disponibilité.

Un livre pour solder 2012 et préparer 2027

Intitulé Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche, l’ouvrage de François Hollande paraît le jeudi 3 septembre 2026 aux éditions Robert Laffont. Il compte 304 pages et présente une série de propositions sur l’économie, les retraites, l’immigration, l’écologie et l’organisation de l’État.

Le point de départ est personnel. L’ancien président revient sur son quinquennat, marqué par les attentats, les divisions de la gauche et une forte impopularité. Il reconnaît des « incompréhensions », des « déceptions » et certaines « erreurs ».

Il cite notamment le projet de déchéance de nationalité. Cette mesure, envisagée après les attentats de 2015 pour les personnes condamnées pour terrorisme, avait profondément divisé les socialistes. Elle avait finalement été abandonnée en 2016.

Mais François Hollande ne renie pas l’essentiel de son action. « Pour l’essentiel, je ne crois pas m’être trompé », écrit-il. Cette formule résume sa démarche : reconnaître les difficultés sans accepter l’idée d’un échec politique global.

Le livre se tourne ensuite vers l’avenir. François Hollande y défend l’idée d’une gauche capable de gouverner, de protéger les classes populaires et de parler aux catégories intermédiaires. Il se place ainsi entre le Parti socialiste, dont il reste proche, et un espace plus large allant de la social-démocratie au centre gauche.

La TVA sociale, un choix qui rompt avec les réflexes socialistes

La proposition la plus visible concerne la TVA sociale. Le principe est simple : augmenter la taxe sur la consommation pour réduire, en parallèle, certaines cotisations prélevées sur les salaires.

Dans le schéma présenté, la TVA pourrait atteindre 24 %. Les cotisations salariales seraient abaissées, avec un taux réduit à zéro pour certaines d’entre elles. L’objectif affiché est de rendre le travail plus rémunérateur et de diminuer le coût du travail pour les entreprises.

Cette mesure bénéficie d’abord aux salariés si la baisse des cotisations augmente effectivement le salaire net. Elle peut aussi aider les employeurs, notamment dans les secteurs où les charges pèsent fortement sur les embauches. Les entreprises exportatrices pourraient y voir un avantage supplémentaire, car leurs ventes à l’étranger ne sont généralement pas soumises à la TVA française.

En revanche, la TVA est payée lors de la consommation. Une hausse uniforme touche donc davantage les ménages modestes, qui consacrent une plus grande part de leur revenu aux dépenses courantes. Pour limiter cet effet, il faudrait prévoir des compensations ou cibler les taux appliqués aux produits essentiels.

La « TVA sociale » n’est donc pas une baisse générale des prélèvements. Elle déplace une partie du financement de la protection sociale : moins sur le travail, davantage sur la consommation. L’analyse du Conseil des prélèvements obligatoires sur les différents impôts rappelle que la TVA constitue déjà une ressource majeure pour les finances publiques.

Le débat oppose ainsi deux priorités. Les défenseurs de la mesure veulent soutenir l’emploi et le pouvoir d’achat salarial. Ses critiques redoutent un transfert vers les consommateurs et une pression supplémentaire sur les ménages qui ne peuvent pas réduire leurs dépenses.

Retraites : Hollande assume une ligne plus exigeante

François Hollande propose également de fixer l’âge de départ à la retraite à 63 ans. Il défend aussi un allongement de la durée de cotisation, en fonction de l’évolution de l’espérance de vie.

Cette orientation s’inscrit dans le prolongement des réformes engagées sous sa présidence. La réforme dite « Touraine » a prévu une augmentation progressive de la durée d’assurance nécessaire pour obtenir une pension sans décote. La décote correspond à une réduction du montant de la pension lorsque les conditions de départ ne sont pas remplies.

Pour les comptes publics, travailler plus longtemps peut accroître les recettes de cotisations et limiter le nombre d’années pendant lesquelles les pensions sont versées. C’est l’argument central des partisans d’un recul de l’âge de départ.

Mais les effets ne sont pas les mêmes pour tous. Un cadre ayant commencé sa carrière tardivement ne rencontre pas les mêmes contraintes qu’un salarié entré dans l’emploi à 18 ans. Les ouvriers, les employés et les personnes exposées à la pénibilité peuvent aussi avoir une espérance de vie en bonne santé plus courte.

Le projet prévoit par ailleurs une désindexation des retraites les plus élevées. Cela signifie que certaines pensions progresseraient moins vite que les prix ou les salaires. La mesure ferait porter l’effort sur les retraités aisés, mais elle soulève une question de pouvoir d’achat et de solidarité entre générations.

Le Conseil d’orientation des retraites souligne régulièrement que l’équilibre du système dépend de plusieurs facteurs : emploi, salaires, démographie, âge de départ et niveau des pensions. Aucun levier ne règle seul la question.

Une gauche élargie, mais une union difficile

Le positionnement politique est tout aussi important que les mesures. François Hollande veut une gauche qui ne renonce ni à la protection sociale ni à la responsabilité budgétaire. Il cherche aussi à élargir son électorat au-delà du cœur traditionnel du PS.

Cette stratégie l’éloigne de certaines revendications de La France insoumise. L’ancien président refuse une alliance avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, qu’il classe à l’extrême gauche. Il critique également les propositions jugées trop coûteuses ou trop radicales, comme une forte hausse du smic ou certains projets de taxation du patrimoine.

Cette ligne peut attirer des électeurs de gauche favorables à l’Europe, aux services publics et à une politique économique plus modérée. Elle peut aussi parler à des électeurs du centre qui ne souhaitent pas voter pour la droite ou l’extrême droite.

Mais elle comporte un risque clair. Une partie de la gauche considère déjà François Hollande comme le symbole d’un socialisme de gouvernement devenu trop compatible avec les attentes des entreprises. La TVA à 24 % et la retraite à 63 ans pourraient renforcer cette critique.

Le Parti socialiste doit, de son côté, composer avec plusieurs ambitions présidentielles et avec la question de l’union de la gauche. Depuis les élections européennes de juin 2024, l’espace situé entre La France insoumise et le macronisme est régulièrement présenté comme un terrain électoral possible. Cependant, le score d’un candidat dépendra aussi de sa capacité à rassembler les partis, les élus et les électeurs.

François Hollande tente donc de répondre à une double équation. Il veut rester identifié à la gauche tout en s’affranchissant de ses marqueurs les plus redistributifs. Il veut aussi apparaître comme un recours sans annoncer formellement une candidature.

Les prochaines étapes seront décisives

La publication du livre ouvre une séquence politique. Les réactions du Parti socialiste, des syndicats et des autres prétendants à l’Élysée permettront de mesurer l’espace réel dont dispose l’ancien président.

Il faudra surtout observer trois éléments : la réception de la TVA sociale, la contestation éventuelle du projet sur les retraites et la place de François Hollande dans les discussions sur une candidature commune ou autonome.

À ce stade, Unir ne constitue pas encore un programme présidentiel officiel. Il en possède toutefois plusieurs ingrédients : un diagnostic, des mesures précises et une volonté assumée de revenir dans le débat national. La question de 2027 sera désormais de savoir si cette offre peut dépasser le souvenir du quinquennat Hollande et trouver un public au-delà de son ancien parti.

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