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ÉLECTIONS

Violences sexuelles sur mineurs : comment les candidats veulent corriger les failles que l’affaire Lyhanna a révélées

Après la mort de Lyhanna, plusieurs candidats à la présidentielle avancent des réponses plus dures ou plus rapides contre les violences sexuelles sur mineurs. Entre moyens, peines et prévention, le débat met la justice sous pression.

Gros plan d’un dossier, d’un micro de commission et de mains anonymes dans une salle institutionnelle lumineuse.

Quand une affaire devient politique

Après la mort de Lyhanna, une question simple s’impose : comment une enfant de 11 ans a-t-elle pu rester à la portée d’un homme déjà signalé à plusieurs reprises ? Derrière l’émotion, il y a une attente très concrète : que les alertes soient prises au sérieux, et que la justice agisse plus vite.

Le débat ne part pas de zéro. Depuis la loi du 21 avril 2021, la France a fixé à 15 ans l’âge en dessous duquel un acte sexuel entre un majeur et un mineur est automatiquement qualifié de viol, et elle a renforcé le régime de prescription pour mieux protéger les victimes mineures. Le ministère de la Justice rappelle aussi que l’État dispose déjà de dispositifs de signalement, de prise en charge des victimes et d’inscription dans les fichiers d’auteurs d’infractions sexuelles.

Mais les chiffres montrent que le problème reste massif. En 2024, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 122 600 victimes de violences sexuelles, dont 71 100 mineures. Les mineurs représentaient donc 58 % des victimes enregistrées. C’est le cœur du malaise politique actuel : beaucoup estiment que la chaîne de protection existe, mais qu’elle laisse encore trop de brèches.

Ce que proposent les candidats

Dans ce contexte, plusieurs prétendants à l’élection présidentielle avancent des réponses très différentes. À gauche, le mot d’ordre est presque toujours le même : plus de moyens. Jean-Luc Mélenchon dénonce les coupes budgétaires, tandis que d’autres responsables plaident pour un renfort massif des juridictions, notamment sur les affaires familiales et les dossiers impliquant des mineurs. L’idée est claire : sans juges, greffiers et enquêteurs supplémentaires, les meilleures lois restent lentes à appliquer.

Gabriel Attal, lui, défend une ligne plus large : davantage de recrutements dans la justice, un traitement renforcé des pédocriminels et une intervention plus rapide dès le dépôt de plainte. Il veut aussi des permanences pénales d’avocats pour accompagner les victimes immédiatement. Ce type de mesure profite d’abord aux familles qui déposent plainte, mais il suppose aussi des services judiciaires capables d’absorber un flux de dossiers déjà lourd.

À droite, Jordan Bardella met en avant les “peines minimales”, la suppression de certaines remises de peine et l’idée que la perpétuité doit rester possible pour les crimes sexuels sur mineurs. Bruno Retailleau pousse encore plus loin sur le terrain pénal avec la castration chimique pour les criminels sexuels jugés les plus dangereux. Ces propositions parlent à un électorat qui attend une réponse ferme. Elles répondent à un besoin d’exemplarité. Mais elles déplacent aussi le débat vers la sanction, parfois plus vite que vers la prévention.

Le bloc central explore une autre piste : réduire les délais et alléger certaines strates du système. Gabriel Attal et Édouard Philippe souhaitent supprimer le juge d’application des peines, le JAP, c’est-à-dire le magistrat qui adapte l’exécution de la peine après la condamnation. Leur logique : désengorger les tribunaux et accélérer les décisions. En face, les magistrats rappellent qu’on ne traite pas mieux les affaires sensibles en retirant des garde-fous sans renforcer l’ensemble du circuit.

La “loi intégrale”, le fichier, et le nerf de la guerre

Une autre ligne gagne du terrain : la “loi intégrale”. L’expression désigne une approche globale des violences sexuelles, avec des obligations minimales d’enquête, une meilleure prise en charge des victimes, davantage de prévention et un arsenal pénal plus lisible. Concrètement, cela voudrait dire des auditions plus rapides, la collecte immédiate des preuves, et un socle d’actes d’enquête imposés pour éviter les classements sans suite trop hâtifs. Une proposition de loi de ce type a déjà été portée à l’Assemblée et défendue comme transpartisane.

Ce courant parle aussi de prescription. Certains veulent aller jusqu’à l’imprescriptibilité des crimes commis sur les mineurs. D’autres préfèrent étendre la “prescription glissante”, qui prolonge le délai lorsque l’auteur récidive. Le ministère de la Justice souligne déjà que la loi de 2021 a modifié la prescription pour mieux protéger les mineurs, mais le débat porte désormais sur le point de savoir si l’outil actuel suffit face aux récidives et aux révélations tardives.

Autre sujet sensible : les attestations d’honorabilité. Ce document, obligatoire pour certains professionnels et bénévoles qui travaillent auprès d’enfants, certifie l’absence d’inscription incompatible dans le casier judiciaire ou au FIJAISV, le fichier des auteurs d’infractions sexuelles et violentes. Le gouvernement a lancé une plateforme dédiée, et le dispositif a été étendu progressivement. Les partisans d’un élargissement y voient un filet de sécurité de bon sens. Ses critiques, eux, redoutent un fichage plus large et une transmission trop extensive aux employeurs.

Qui gagne, qui perd, et ce qui bloque

Derrière ces annonces, il y a des intérêts divergents. Les familles victimes et les associations de protection de l’enfance demandent d’abord de la rapidité, du suivi et des moyens d’enquête. Les magistrats et les greffiers, eux, soulignent qu’on leur demande toujours plus avec des effectifs déjà tendus. Le ministère de la Justice indique que les violences sexuelles font l’objet d’un plan gouvernemental spécifique et que les condamnations pour violences sexuelles restent nombreuses, avec 7 438 condamnations définitives comportant au moins une infraction de ce type en 2024. Mais le traitement des dossiers dépend encore d’une chaîne longue : police, parquet, juge, expertise, audience, exécution.

La prévention, elle, reste le parent pauvre du débat public. Marine Tondelier et plusieurs responsables de gauche rappellent qu’il faut former les enfants dès le plus jeune âge, avec une éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle plus solide. C’est souvent la piste la moins spectaculaire. Pourtant, c’est aussi celle qui peut repérer plus tôt les situations de danger, en particulier dans l’école, le sport, le médico-social et les lieux d’accueil.

Le problème politique, au fond, est le suivant : une partie des candidats promet de punir plus fort, une autre de juger plus vite, une troisième de prévenir mieux. Les victimes, elles, n’opposent pas ces réponses. Elles attendent tout à la fois. C’est là que se joue la crédibilité des propositions : dans leur capacité à tenir ensemble sanction, protection, enquête et prévention, sans faire porter tout le poids de la réforme sur un seul maillon.

Ce qu’il faut surveiller

La suite se jouera d’abord au Parlement. La proposition de “loi intégrale” doit être inscrite à l’agenda, tandis que le gouvernement poursuit ses travaux sur la protection des mineurs et le traitement judiciaire des violences sexuelles. En parallèle, les candidats à la présidentielle cherchent à se positionner sur un sujet devenu électoralement explosif. Les prochains jours diront si le choc de l’affaire Lyhanna débouche sur un texte commun, ou sur une nouvelle bataille entre logique de répression, logique de moyens et logique de prévention.

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