Voile dans l’espace public : le projet du RN place la liberté de s’habiller face aux limites du référendum
Le RN veut soumettre à référendum l’interdiction du voile dans l’espace public en 2027. Des femmes concernées dénoncent une atteinte à leur liberté et une différence de traitement entre religions.

Le Rassemblement national envisage d’interdire le port du voile visible dans l’espace public et de sanctionner les femmes concernées. Cette proposition soulève des objections juridiques liées à la liberté religieuse et à la non-discrimination. Dans l’Essonne, plusieurs femmes dénoncent une mesure visant principalement les musulmanes.
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Peut-on encore choisir librement sa tenue dans la rue ? La question revient au cœur du débat politique français après l’annonce d’un référendum voulu par le Rassemblement national sur l’interdiction du voile dans l’espace public.
Une proposition ancienne remise au centre du débat
En cas de victoire à l’élection présidentielle de 2027, Marine Le Pen promet de consulter les Français sur une « grande loi de lutte contre les idéologies islamistes ». Le texte viserait notamment le port du voile dans l’espace public.
Cette mesure figure déjà dans les programmes portés par la candidate lors de ses trois précédentes campagnes présidentielles. La nouveauté tient surtout à la méthode annoncée. Le RN veut passer par un référendum et prévoit désormais des sanctions financières pour les femmes qui porteraient un foulard dans la rue.
Le parti présente cette interdiction comme un outil de lutte contre l’islamisme. Pour ses dirigeants, le voile ne serait pas seulement un vêtement. Il représenterait aussi une pression religieuse et politique sur les femmes.
Le député Jean-Philippe Tanguy a confirmé que le projet inclurait une sanction contre les personnes concernées. Le président du RN, Jordan Bardella, a également évoqué un référendum en cas d’arrivée au pouvoir en 2027. Les contours politiques du projet d’interdiction du voile restent toutefois à préciser.
Ce que dit déjà le droit français
Le droit français interdit déjà la dissimulation du visage dans l’espace public. Cette règle concerne le voile intégral, mais aussi les cagoules, les masques ou tout autre vêtement empêchant l’identification d’une personne.
La loi du 11 octobre 2010 ne vise donc pas le foulard qui laisse le visage découvert. Elle repose sur des motifs liés à la sécurité et aux exigences minimales de la vie en société. Le Conseil constitutionnel a validé le principe de cette interdiction, tout en encadrant son application.
Dans les services publics, les usagers peuvent en principe porter un signe religieux. En revanche, les agents publics sont soumis à une obligation de neutralité. À l’école, les élèves ne peuvent pas porter de signes religieux ostensibles, en application de la loi de 2004.
Une interdiction générale du voile visible dans la rue changerait donc de logique. Elle ne porterait plus sur la dissimulation du visage ou sur le statut de la personne. Elle viserait un vêtement religieux porté par des femmes dans l’espace public.
Cette différence explique les critiques juridiques. Plusieurs spécialistes estiment qu’une telle mesure pourrait être contestée au regard de la liberté de religion et du principe de non-discrimination. Le référendum ne ferait pas disparaître automatiquement ces obligations. Les difficultés constitutionnelles et européennes du projet sont déjà au centre des discussions.
« C’est une atteinte à la liberté »
Dans un centre commercial des Ulis, en Essonne, les premières réactions viennent des femmes directement concernées.
Kadi, 20 ans, dit avoir découvert l’annonce sur TikTok. Elle porte un foulard qui glisse sur son épaule lorsqu’elle pose ses sacs de courses. Pour elle, le vêtement ne menace personne.
« Ça ne fait de mal à personne, c’est un bout de tissu comme un autre », explique-t-elle. La jeune femme rappelle que les voiles intégraux sont déjà interdits. Elle ne comprend pas pourquoi une femme adulte ne pourrait pas choisir sa tenue.
« À partir du moment où l’on est adulte, je ne vois pas pourquoi on devrait contrôler ce qu’on doit porter. C’est une atteinte à la liberté », affirme-t-elle.
Malika, 56 ans, porte le foulard depuis 35 ans. Née en France et de nationalité française, elle refuse par avance l’idée d’une amende. « Je ne payerai pas l’amende ! On ne va pas se laisser faire ! », lance-t-elle pendant ses courses de rentrée avec ses filles.
Sa fille met en avant une question d’égalité. Les religieuses portent parfois un voile. Des femmes âgées portent encore une coiffe traditionnelle dans certaines régions. Elle compare aussi la situation avec le port d’une kippa ou d’une croix.
Pour cette famille, l’interdiction donnerait le sentiment que l’islam est traité différemment des autres religions. Elle déplacerait aussi la responsabilité de l’oppression vers les femmes qui portent le foulard, plutôt que vers les personnes qui exerceraient une pression sur elles.
Une inquiétude partagée au-delà de l’islam
Dans la galerie marchande, Sœur Anne porte un long voile blanc. Cette religieuse protestante ne se sent pas directement visée par le projet. Elle redoute pourtant une règle inéquitable.
« Si les musulmanes sont concernées, il n’y a pas de raison que les chrétiennes, les juives et les autres ne le soient pas », estime-t-elle. Elle annonce qu’elle voterait contre une interdiction générale du port du voile.
Selon elle, les inquiétudes liées à l’Iran ou à l’Afghanistan peuvent expliquer une partie du débat. Mais elles ne justifient pas, à ses yeux, une interdiction vestimentaire en France.
« Le problème, c’est l’oppression des femmes. Et ce n’est pas en interdisant une tenue que les choses vont s’améliorer », explique-t-elle.
Son analyse met en évidence deux approches opposées. Le RN veut agir sur un symbole visible de l’islam politique. Ses critiques répondent qu’une interdiction toucherait d’abord des femmes ordinaires, sans démontrer qu’elle réduirait les pressions religieuses.
Une bataille politique et juridique
Pour le RN, le référendum permettrait de donner directement la parole aux électeurs sur un sujet que le parti juge bloqué par les institutions. Cette stratégie présente aussi un avantage politique. Elle transforme une mesure controversée en question de souveraineté populaire.
Mais le référendum ne réglerait pas toutes les difficultés. Le Conseil constitutionnel contrôle certaines procédures référendaires et la compatibilité des textes avec les règles constitutionnelles. La Convention européenne des droits de l’homme protège également la liberté de pensée, de conscience et de religion.
Le débat opposera donc plusieurs intérêts. Les responsables du RN cherchent à répondre à leur électorat, particulièrement sensible aux questions d’immigration, de laïcité et d’islamisme. Les femmes voilées défendent leur liberté individuelle et craignent des contrôles ou des sanctions ciblés. Les associations de défense des droits redoutent une discrimination fondée sur la religion. Les pouvoirs publics devraient, eux, appliquer la règle dans les rues, les transports et les commerces.
La mesure pourrait aussi toucher différemment les habitantes des grandes villes, où le port du voile est plus visible, et celles des territoires moins concernés. Une amende pèserait davantage sur les ménages modestes. Son application poserait enfin la question des contrôles : qui déciderait qu’un vêtement constitue un voile interdit ?
Ce qu’il faudra surveiller
Le projet doit encore être inscrit précisément dans le programme présidentiel du RN. Il faudra connaître le texte soumis au vote, le montant des amendes et les éventuelles exceptions prévues pour les raisons professionnelles, médicales, culturelles ou religieuses.
La prochaine étape sera également institutionnelle. Si le RN remportait la présidentielle de 2027, le gouvernement devrait choisir une procédure référendaire et faire examiner son projet. Le Conseil constitutionnel pourrait alors être saisi sur les conditions d’organisation du scrutin.
D’ici là, le débat devrait se déplacer sur une question centrale : une majorité de votants peut-elle autoriser une restriction visant principalement une pratique religieuse, si cette restriction entre en conflit avec les libertés protégées par le droit français et européen ?



