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ÉPHéMéRIDES Ça s'est passé…

Le 5 octobre 1944 : à Paris libéré, le droit de vote des femmes entre dans la République restaurée

La Libération ne restaure pas seulement les institutions : elle redéfinit enfin le corps civique. Mais des urnes aux lieux de décision, l’histoire de la parité montre qu’un droit proclamé ne devient pas automatiquement un pouvoir partagé.

vote des femmes
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Le 5 octobre 1944, dans une capitale libérée depuis six semaines, le Gouvernement provisoire de la République française confirme le droit des femmes à voter et à être élues. La décision avait été inscrite dès le 21 avril dans une ordonnance adoptée à Alger. Son application sur le territoire libéré fait entrer des millions de Françaises dans un corps électoral qui se disait universel depuis 1848, tout en excluant la moitié de la population.

Ce basculement n’est ni une faveur soudaine ni le geste isolé d’un seul homme. Il clôt des décennies de mobilisations féministes, de votes parlementaires sans lendemain et de résistances politiques. Il porte aussi la marque de la guerre : après avoir participé à la Résistance, travaillé, ravitaillé les familles et maintenu une partie du pays debout, les femmes ne peuvent plus être tenues à l’écart de la République à reconstruire.

Un suffrage « universel » longtemps réservé aux hommes

La contradiction est ancienne. En 1848, la Deuxième République instaure le suffrage universel direct. Mais cet universel demeure masculin. Les Françaises restent des citoyennes sans bulletin, privées de la possibilité de choisir leurs représentants comme de solliciter un mandat.

Des militantes telles qu’Hubertine Auclert et Louise Weiss contestent cette exclusion. Elles organisent des campagnes, interpellent les élus et tournent en dérision les arguments paternalistes de leurs adversaires. À la Chambre des députés, la réforme progresse. En mai 1919, les députés approuvent largement le principe du suffrage féminin. Le Sénat le repousse en 1922. D’autres textes sont ensuite adoptés par la Chambre, sans aboutir.

Le blocage repose sur plusieurs craintes. Certains élus redoutent que les femmes, supposées plus pratiquantes, votent sous l’influence du clergé et renforcent les forces conservatrices. D’autres invoquent leur prétendue inexpérience politique ou leur rôle familial. Derrière ces raisonnements apparaît une réalité plus simple : la République accepte difficilement de partager le pouvoir électoral.

La guerre bouleverse cet équilibre. Dès 1942, la participation des femmes aux futures élections est discutée dans la Résistance. Le sujet divise encore. Il ne figure pas dans le programme adopté par le Conseil national de la Résistance en mars 1944, son fonctionnement à l’unanimité permettant à une opposition de bloquer la mesure. Le débat se déplace alors vers l’Assemblée consultative provisoire installée à Alger.

Le 24 mars 1944, le délégué communiste Fernand Grenier défend un amendement décisif. Le projet prévoit initialement que les femmes seront éligibles. Il propose d’ajouter qu’elles seront également électrices. Les échanges, conservés dans le compte rendu du débat de l’Assemblée consultative d’Alger, montrent que les résistances subsistent. Plusieurs délégués invoquent la difficulté de refaire les listes électorales, l’absence des prisonniers et des déportés ou le déséquilibre d’un électorat alors majoritairement féminin.

L’amendement est néanmoins adopté. La logique est politique autant que juridique : celles qui ont pris part au relèvement national doivent participer à la refondation démocratique.

Le 5 octobre 1944, la promesse d’Alger devient celle de la France libérée

Le 21 avril 1944, l’article 17 de l’ordonnance portant organisation des pouvoirs publics après la Libération établit que les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. Le texte, signé à Alger par le général de Gaulle, constitue l’acte juridique fondateur. L’histoire parlementaire de l’accession des femmes au suffrage rappelle le rôle de Fernand Grenier et la persistance des oppositions jusqu’aux dernières discussions.

Le 5 octobre, à Paris libéré, le Gouvernement provisoire confirme cet acquis. La portée de cette étape est symbolique. La mesure élaborée depuis Alger s’inscrit désormais dans le rétablissement concret de la légalité républicaine en métropole. Le régime de Vichy s’est effondré. L’État républicain se reconstitue et redéfinit, dans le même mouvement, ceux et celles qui ont voix au chapitre.

Il faut encore transformer le droit en pratique. Les Françaises votent pour la première fois lors des élections municipales du 29 avril 1945. Le 21 octobre suivant, elles participent à leur premier scrutin national, destiné à élire l’Assemblée constituante. Trente-trois femmes entrent alors au Palais-Bourbon.

La conquête reste pourtant incomplète. L’électrice est reconnue immédiatement ; l’élue demeure longtemps exceptionnelle. Le nombre de députées recule même pendant les premières décennies de la Quatrième puis de la Cinquième République. Le droit de se présenter ne suffit pas à ouvrir les circonscriptions gagnables, les têtes de liste et les fonctions dirigeantes.

En 2026, voter à égalité ne signifie toujours pas gouverner à égalité

Plus de huit décennies après 1944, l’écart entre égalité juridique et partage réel du pouvoir reste visible. La page officielle de l’répartition des députés par sexe recensait 216 femmes dans la XVIIe législature à l’approche du 5 octobre 2026. Elles demeurent minoritaires au Palais-Bourbon. Au Sénat, après le renouvellement du 27 septembre 2026, les femmes représentent 39 % des élus, contre 6 % en 1998, selon le bilan des élections sénatoriales.

Cette progression ne doit rien au hasard. Depuis la révision constitutionnelle de 1999 et la loi du 6 juin 2000, les règles électorales imposent ou encouragent la parité dans plusieurs scrutins. L’alternance entre les sexes sur les listes a produit des résultats lorsque la contrainte est stricte. Là où elle est plus faible, où les partis choisissent librement leurs candidatures ou lorsque le pouvoir dépend de la place occupée sur une liste, les déséquilibres résistent.

Les municipales de mars 2026 ont constitué une nouvelle étape. La loi du 21 mai 2025 a étendu le scrutin de liste paritaire aux communes de moins de 1 000 habitants, soit 71 % des communes françaises. D’après le bilan du ministère de l’Intérieur, les femmes représentaient 49,24 % des candidatures enregistrées au second tour.

La quasi-parité des listes ne règle cependant pas la question des postes de commandement. Une femme peut siéger au conseil municipal sans devenir maire, première adjointe ou présidente d’intercommunalité. L’index de féminisation du pouvoir local publié en 2026 estime ainsi que les femmes ne dirigent encore que 23 % des communes. La représentation progresse plus vite dans les assemblées que dans les exécutifs.

C’est là que l’événement du 5 octobre 1944 conserve toute sa force. L’universalité du suffrage n’a jamais été spontanée. Elle a été conquise contre des institutions capables de proclamer l’égalité tout en organisant l’exclusion. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si les femmes peuvent voter ou être candidates. Elle est de comprendre pourquoi elles accèdent encore moins souvent aux positions où se décident les investitures, les budgets et les priorités publiques.

L’histoire invite toutefois à distinguer lenteur et immobilité. En 1944, ouvrir le scrutin aux femmes transforme la définition même du citoyen. En 2000, la parité reconnaît que l’égalité abstraite ne suffit pas. En 2026, son extension aux petites communes montre que les règles peuvent encore déplacer les pratiques. Mais elle rappelle aussi qu’une démocratie ne se mesure pas seulement à l’entrée dans l’isoloir. Elle s’évalue à la manière dont le pouvoir est effectivement partagé après le dépouillement.

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