En Cisjordanie, les enfants paient le prix d’une violence devenue quotidienne entre raids, colonies et routes coupées
En Cisjordanie occupée, les enfants palestiniens subissent raids, tirs et blocages de routes. Les chiffres de l’ONU et de l’UNICEF décrivent une génération exposée aux morts, aux blessés et aux déplacements forcés.

Dans certaines villes de Cisjordanie, aller à l’école, cueillir des amandes ou rentrer chez soi peut tourner au drame.
Depuis l’automne 2023, la violence s’est installée dans le quotidien de nombreuses familles palestiniennes de Cisjordanie occupée. Pour les enfants et les adolescents, le danger ne tient plus seulement aux raids militaires ou aux affrontements : il touche aussi les routes, les champs, les entrées de villages et les trajets scolaires. Les organismes de l’ONU décrivent une situation où les morts, les blessés et les déplacements forcés s’accumulent, avec un impact très direct sur les mineurs.
La Cisjordanie est occupée par Israël depuis 1967. Depuis le 7 octobre 2023, les tensions y ont basculé dans une phase plus dure, marquée par des opérations militaires répétées, une montée des violences de colons et des restrictions de mouvement. L’ONU et plusieurs agences humanitaires relient cette dégradation à une hausse des morts, des blessés et des déplacements, surtout dans les camps de réfugiés du nord de la Cisjordanie.
Les chiffres racontent une génération sous pression.
Le tableau est lourd. L’OHCHR a indiqué qu’au 27 novembre 2025, 1 030 Palestiniens avaient été tués en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, depuis le 7 octobre 2023, dont 223 enfants. L’UNICEF a ensuite précisé qu’entre le 7 octobre 2023 et le 31 décembre 2025, 239 enfants palestiniens et quatre enfants israéliens avaient été tués dans des violences liées au conflit en Cisjordanie, et que plus de 1 930 enfants palestiniens y avaient été blessés. En mars 2026, l’agence parlait encore d’une moyenne proche d’un enfant palestinien tué par semaine depuis janvier 2025.
Les derniers mois ont aussi été marqués par des morts d’enfants très jeunes. Reuters a rapporté le 5 juin 2026 la mort d’un bébé palestinien de sept mois, touché par des tirs israéliens près de Hébron. Une semaine plus tôt, l’UNICEF avait déjà dit qu’un garçon de sept mois avait été tué dans ce même secteur. Fin juin, Reuters a encore signalé la mort de deux adolescents palestiniens dans le nord de la Cisjordanie, l’armée israélienne disant de son côté qu’ils avaient attaqué une colonie avec des engins incendiaires et des pneus brûlés.
Ce que cela change concrètement pour les familles.
Quand un adolescent est tué, ce n’est pas seulement une tragédie isolée. C’est souvent toute une chaîne de vie qui se brise. Un enfant blessé peut perdre sa mobilité, sa scolarité, parfois sa capacité à travailler plus tard. Une famille déplacée après une opération militaire perd son logement, ses économies et parfois son accès à ses terres. L’ONU a estimé en mars 2026 que plus de 36 000 Palestiniens avaient été déplacés en Cisjordanie en un peu plus d’un an à cause de l’expansion des colonies et des violences associées. D’autres rapports de l’ONU font état de milliers de déplacés supplémentaires en 2026, dont une large part d’enfants.
La scolarité est aussi touchée. En avril 2026, Reuters a raconté comment des enfants palestiniens n’avaient pas pu rejoindre leur école après que des colons eurent posé du fil barbelé sur leur trajet habituel. Ce type d’épisode résume un mécanisme simple : plus les routes deviennent imprévisibles, plus la vie ordinaire se fragilise. Le coût est plus élevé pour les familles pauvres, les habitants des camps, les villages isolés et les foyers qui n’ont ni voiture ni solution de repli.
Le cœur du désaccord : sécurité pour les uns, usage excessif de la force pour les autres.
Côté israélien, l’argument central reste celui de la menace immédiate. L’armée dit intervenir contre des jets de pierres, des cocktails Molotov, des attaques contre des civils ou des soldats, et affirme que ses tirs répondent à des risques pour la vie. Dans plusieurs affaires récentes, ses porte-parole ont décrit les personnes tuées comme des suspects ayant attaqué des colonnes militaires, des routes ou des implantations israéliennes.
Mais les Nations unies et les organisations humanitaires contestent la proportionnalité de ces réponses. L’UNICEF, l’OHCHR et OCHA soulignent la répétition des morts d’enfants, la fréquence des blessures graves, et, dans certains cas, les retards d’accès aux secours après une fusillade. En juin 2026, l’UNICEF a encore demandé des mesures « décisives » pour protéger les enfants palestiniens en Cisjordanie, après la mort d’un nourrisson à Hébron. Cette critique ne porte pas seulement sur des cas individuels : elle vise une logique de violence devenue structurelle.
Une violence qui s’enracine aussi dans la géographie des colonies et des camps.
La Cisjordanie n’est pas un espace homogène. Les effets de la répression varient selon qu’on vit à proximité d’une colonie, dans un camp de réfugiés, en zone rurale ou dans une ville plus protégée. Les familles des camps du nord, déjà fragiles économiquement, sont souvent les plus exposées aux incursions, aux démolitions, aux routes coupées et aux déplacements. À l’inverse, les colonies et les axes qui les relient bénéficient d’une présence militaire plus forte et d’un contrôle territorial renforcé. C’est là que se joue une partie du rapport de force.
Cette asymétrie a des effets durables. Les enfants blessés deviennent des adultes avec moins d’accès à l’éducation, à l’emploi et aux soins. Les familles expulsées ou déplacées s’appauvrissent plus vite. Et dans un territoire où la mobilité est déjà contrainte, chaque raid, chaque route bloquée, chaque école inaccessible renforce la dépendance à l’aide humanitaire. Les agences de l’ONU expliquent d’ailleurs que les déplacements de 2026 sont liés, en partie, à la destruction d’habitations et à la pression exercée par les colons.
Ce qu’il faut surveiller maintenant.
Le prochain point de vigilance reste l’évolution des opérations israéliennes dans le nord de la Cisjordanie, où les camps de réfugiés concentrent une grande partie des tensions. Il faudra aussi suivre les nouvelles données de l’UNICEF et de l’OCHA sur les morts d’enfants, les blessés et les déplacés, ainsi que les réactions de l’armée israélienne après chaque incident majeur. Tant que les secousses militaires, les violences de colons et les restrictions de circulation resteront imbriquées, les enfants continueront d’être en première ligne.



