France et résolution ONU sur l’esclavage : un choix d’abstention qui interroge la mémoire et les réparations

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L’ONU a adopté une résolution qualifiant la traite des Africains et l’esclavage racialisé de « crime contre l’humanité » le plus grave. La France s’est abstenue, refusant de hiérarchiser ces crimes, tout en défendant une approche universaliste de la mémoire.

Pourquoi la France s’est-elle abstenue sur un texte consacré à l’esclavage ?

Pour beaucoup de familles descendantes des victimes de la traite transatlantique, la question n’est pas abstraite. Elle touche à la mémoire, à la reconnaissance et, désormais, à l’idée de réparations. À l’ONU, la France a choisi l’abstention sur une résolution qui qualifie la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains de crime contre l’humanité « le plus grave ». Le texte a été adopté le 25 mars 2026 par 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions.

Le gouvernement français assume ce choix, mais avec prudence. En séance publique à l’Assemblée nationale, le 3 avril 2026, il a expliqué avoir « à regret » suivi la ligne de ses partenaires européens. Sa justification tient en une idée simple : refuser de hiérarchiser les crimes contre l’humanité. En clair, Paris dit ne pas vouloir opposer les souffrances historiques entre elles, tout en maintenant que l’esclavage fut une abomination.

Le vote de l’ONU, entre mémoire et réparations

Le texte porté par le Ghana va plus loin qu’un constat moral. Il demande aux États d’entrer dans un processus de justice réparatrice : excuses formelles, compensations pour les descendants des victimes, lutte contre le racisme et restitution de biens culturels et spirituels pillés. Le message politique est clair : la mémoire ne suffit plus, il faut aussi des gestes concrets.

Ce cadrage bénéficie d’abord aux pays africains et aux États caribéens qui poussent depuis plusieurs années le dossier des réparations. Il donne aussi un levier symbolique aux mouvements antiracistes et aux associations de mémoire. À l’inverse, il met les anciennes puissances coloniales dans une position délicate : reconnaître la violence historique sans ouvrir, selon elles, une logique juridique et politique difficile à maîtriser.

La ligne française n’est pas nouvelle dans son esprit. Le gouvernement rappelle la loi Taubira de 2001, qui a reconnu la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, ainsi que la création en 2019 de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. Il évoque aussi un futur mémorial national à Paris. Autrement dit, Paris veut montrer qu’il n’élude pas l’histoire, mais qu’il refuse la formulation choisie à New York.

Ce que cette abstention dit de la diplomatie française

Sur le fond, la France cherche un équilibre difficile. D’un côté, elle veut rester crédible sur la mémoire de l’esclavage et sur la lutte contre le racisme. De l’autre, elle évite d’endosser une formulation qui pourrait être interprétée comme un classement des crimes contre l’humanité. Cette position parle à une tradition diplomatique française attachée à l’universalité des droits humains. Mais elle laisse aussi une marge de critique à ceux qui estiment que l’abstention affaiblit la portée politique du texte.

Concrètement, cette nuance compte pour plusieurs acteurs. Pour les États africains, une résolution de ce type sert à installer un rapport de force symbolique avec l’Occident. Pour la France, elle impose de ménager à la fois ses partenaires européens, ses liens avec l’Afrique et son propre récit mémoriel. Pour les citoyens, enfin, elle remet sur la table une question simple : comment reconnaître une faute historique sans transformer la mémoire en concurrence entre tragédies ?

Le débat n’est pas seulement juridique. Il est aussi politique. Le texte de l’ONU parle de « justice » et de « réparations », deux mots qui dépassent la commémoration. Ils touchent aux musées, aux restitutions d’objets, à l’enseignement, mais aussi aux politiques publiques contre les discriminations. C’est là que le sujet devient concret : ce qui se joue, ce n’est pas seulement le passé, mais la manière dont les États traitent encore aujourd’hui les héritages de ce passé.

Le Togo, la liberté de la presse et les calculs de Lomé

Jean-Noël Barrot a profité de son déplacement à Lomé pour aborder un autre dossier sensible : la suspension de France 24 et de Radio France internationale au Togo. Selon lui, il a plaidé pour une levée rapide de cette sanction, qu’il juge contraire à l’intérêt de toutes les parties. Le gouvernement togolais avait suspendu les deux médias en juin 2025 pour trois mois, en les accusant d’avoir relayé des « propos inexacts et tendancieux » au sujet de manifestations contre le pouvoir. Les deux chaînes ne peuvent toujours pas émettre.

Le contexte explique beaucoup de choses. Le pouvoir togolais a présenté les manifestations de l’été 2025 comme une tentative de déstabilisation, parlant de désinformation, d’appels à la haine et d’ingérences venues de l’étranger. En face, les défenseurs de la liberté de la presse voient surtout une réponse disproportionnée. Cette fracture est classique dans plusieurs capitales sahéliennes et ouest-africaines : les autorités invoquent la sécurité et la cohésion nationale, tandis que les journalistes et les ONG redoutent un resserrement durable de l’espace public.

Dans ce paysage, la France doit composer avec des intérêts concurrents. Elle défend ses médias, car ils restent un outil d’influence et d’information. Mais elle doit aussi préserver un dialogue avec un pays où l’exécutif cherche à diversifier ses appuis diplomatiques et se rapproche de nouveaux partenaires. C’est souvent le lot des relations franco-africaines actuelles : moins de réflexes automatiques, plus de rapports de force.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le prochain point à suivre est double. D’abord, la suite donnée à la résolution de l’ONU : le débat sur les réparations et la mémoire de l’esclavage va rester vivant dans les enceintes internationales, avec des prises de position attendues de plusieurs capitales africaines et européennes. Ensuite, il faudra observer ce que décide Lomé sur France 24 et RFI. Tant que la suspension dure, chaque échange diplomatique gardera une dimension médiatique, et chaque geste sera lu comme un test de confiance.

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