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INTERNATIONAL

Le G7 acte la fin de la naïveté sur les minerais critiques

À Évian, le G7 n’a pas seulement publié une déclaration sectorielle de plus. Il a changé de ton, et presque de doctrine : sur les minerais critiques, les grandes démocraties industrielles parlent désormais le langage de la puissance, de la résilience et, en creux, de la guerre économique. Cette déclaration sera-t-elle suivi d’actions concrètes en France ?

Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse du G7 à Évian en 2026, devant les drapeaux français et européen, sur fond de sommet consacré aux enjeux stratégiques et aux minerais critiques.

Un changement de ton

Pendant longtemps, les minerais critiques ont été traités comme un sujet d’experts : important, mais technique, relégué aux annexes des politiques industrielles. La déclaration adoptée à Évian marque la fin de cette séquence. En quelques paragraphes, le G7 fait entrer ces ressources dans le cœur dur de la sécurité économique, au même niveau que l’énergie, les technologies sensibles ou les chaînes logistiques stratégiques.

Le changement n’est pas seulement institutionnel, il est sémantique. Le ton monte nettement, au point de faire entrer le dossier dans le champ de la guerre économique. Les dirigeants disent vouloir « œuvrer de concert » pour réduire les dépendances critiques et contrer leur instrumentalisation. Sans citer frontalement la Chine, personne n’ignore la cible implicite : la domination chinoise sur plusieurs segments clefs des terres rares, des aimants permanents et de la transformation minérale a fini par produire, au sein du G7, un réflexe de défense collective.

Emmanuel Macron l’avait résumé avant le sommet en expliquant qu’être résilient, c’est ne pas avoir de « sur-dépendances » sur les terres rares, les minerais critiques ou certains maillons de la chaîne de valeur. La phrase est importante, car elle dit bien l’essentiel : l’enjeu n’est plus d’optimiser seulement les coûts, mais de corriger des vulnérabilités devenues stratégiques.

Le retour assumé de l’État stratège

C’est là, au fond, que la déclaration devient intéressante. Elle acte le retour d’un État stratège qui ne se contente plus d’alerter, mais se donne le droit d’organiser, d’orienter et de sécuriser. Le G7 reconnaît explicitement que les marchés, livrés à eux‑mêmes, ne produiront ni les capacités minières, ni les raffineries, ni les outils de recyclage nécessaires à une véritable diversification.

D’où un glissement très net vers une logique d’intervention. Garanties publiques, prises de participation, achats de production, soutien aux investissements, mécanismes de stabilisation : la panoplie évoquée à Évian ressemble moins à une simple politique industrielle qu’à une doctrine de mobilisation économique. Autrement dit, la rentabilité d’un projet ne sera plus jugée seulement sur le prix spot ou le retour sur capital, mais aussi sur sa capacité à réduire une dépendance jugée dangereuse.

C’est un basculement majeur. Pendant des années, l’Occident a laissé la question minière au marché, puis a découvert qu’un marché très concentré n’est jamais neutre. À Évian, le G7 en tire enfin les conséquences.

Une lecture plus politique que minière

Le plus frappant, dans cette déclaration, n’est d’ailleurs pas l’inventaire des outils proposés, mais la vision du monde qu’elle traduit. Les minerais critiques n’y sont plus décrits comme un simple sujet d’approvisionnement ; ils deviennent une variable de rapport de force entre puissances. Les questions de traçabilité, de stocks, de recyclage ou de transparence de marché ne relèvent plus seulement de la bonne gouvernance : elles participent d’une architecture de sécurité économique.

Cette lecture plus politique que minière est appelée à durer. Elle va structurer les arbitrages publics, influencer les financements et redéfinir la hiérarchie entre projets. Les groupes capables de s’inscrire dans cette logique de résilience collective seront soutenus ; les autres risquent de rester coincés dans une compétition purement prix-volume de moins en moins pertinente.

Ce que cela change pour les acteurs français

Pour les acteurs miniers français, le message d’Évian est clair : l’utilité stratégique comptera désormais autant que les volumes produits. Ce cadre favorise les groupes capables d’articuler ressource, standards élevés, traçabilité, transformation et insertion dans des chaînes de valeur européennes.

C’est précisément sur ce terrain qu’Eramet peut devenir plus qu’un producteur exposé aux métaux de la transition. Le groupe dispose déjà d’une stratégie lisible sur le nickel, le manganèse et le lithium, et il travaille aussi des projets où l’enjeu n’est plus seulement l’extraction, mais la capacité à remonter la chaîne de valeur, y compris dans le raffinage, comme le montrent ses projets autour du lithium géothermal en Alsace avec un objectif combinant extraction et raffinage.

Or c’est bien là que se situe le vrai sujet pour la France. Si le G7 veut réduire les dépendances, il faudra financer non seulement des mines, mais des capacités de raffinage, de transformation et de recyclage sur le sol européen ou dans des pays partenaires fiables. Cela suppose des bilans solides et des investisseurs prêts à parier sur des retours plus lents, mais stratégiquement décisifs.

Le calendrier d’Eramet rend la question très concrète. Les actionnaires ont approuvé fin mai une augmentation de capital pouvant atteindre 500 millions d’euros afin de renforcer les fonds propres du groupe, opération prévue au second semestre 2026. Dans le même temps, plusieurs informations de marché font état d’intérêts extérieurs, privés comme souverains, qu’il s’agisse des discussions autour d’un éventuel investisseur lié au fonds souverain indonésien Danantara ou des spéculations sur de nouveaux entrants au capital dans un contexte de recomposition actionnariale.

Dès lors, la question devient autant politique qu’industrielle. L’État français, déjà actionnaire d’Eramet, peut-il se contenter d’accompagner, ou cherchera-t-il à utiliser le cadre ouvert par le G7 pour consolider un champion minier capable de servir une stratégie de souveraineté industrielle ? Dit autrement : si Paris croit réellement au retour de l’État stratège dans les minerais critiques, Eramet pourrait en être l’un des premiers terrains d’application.

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