Aller au contenu
INTERNATIONAL

Macron en Afrique : une tournée pour renouer des liens, signer des accords et peser sur la sécurité maritime

De l’Égypte à l’Éthiopie, Emmanuel Macron enchaîne des étapes diplomatiques et économiques. Le voyage vise aussi à relancer le dialogue sur Ormuz et à tester la capacité de la France à compter encore en Afrique.

Réunion diplomatique à l’Union africaine avec delegates anonymes, micros de table et drapeau tricolore discret.

Un voyage africain, mais avec un vrai sujet au Moyen-Orient

Pour Paris, une tournée présidentielle en Afrique ne se résume pas à des signatures d’accords. Elle sert aussi à chercher des appuis sur un dossier brûlant : la sécurité maritime au large du Golfe, alors que le détroit d’Ormuz reste un point de passage décisif pour le commerce mondial et les exportations d’hydrocarbures. Dans le même temps, Emmanuel Macron veut montrer que la France peut encore peser en Afrique, malgré une influence contestée dans plusieurs pays du continent.

Le déplacement commence en Égypte, continue au Kenya, puis s’achève en Éthiopie. Il s’inscrit dans une séquence diplomatique où la France tente de combiner économie, francophonie et sécurité. À Nairobi, le sommet Africa Forward doit être le premier grand rendez-vous France-Afrique organisé dans un pays anglophone depuis le début du quinquennat Macron.

Alexandrie : francophonie, diplomatie et Moyen-Orient

Samedi 9 mai, Emmanuel Macron se rend à Alexandrie pour inaugurer le nouveau campus de l’Université Senghor. Cette institution, opérateur direct de la Francophonie, a été créée en 1989 pour former en français des cadres africains et haïtiens capables d’agir sur le développement durable. Son siège est en Égypte, à Alexandrie, et elle revendique une mission de formation tournée vers les besoins du continent.

Le chef de l’État doit ensuite s’entretenir avec Abdel Fattah al-Sissi. L’Élysée veut à la fois consolider une relation bilatérale jugée forte et aborder la crise au Moyen-Orient. Autrement dit, la visite ne porte pas seulement sur les symboles francophones : elle sert aussi à replacer l’Égypte au cœur des discussions régionales, alors que Le Caire reste un acteur central des équilibres méditerranéens et du dossier de Gaza.

Macron défend aussi l’idée d’une “coalition maritime” de pays non belligérants pour proposer une mission multinationale neutre de sécurisation en vue d’une réouverture du détroit d’Ormuz. L’enjeu est concret : ce couloir maritime concentre une part majeure du trafic pétrolier et pèse directement sur les coûts d’assurance, les routes commerciales et les prix de l’énergie.

Le Kenya, nouvelle vitrine pour une relation à réinventer

Dimanche, le président français doit arriver à Nairobi pour rencontrer William Ruto et signer plusieurs accords bilatéraux, y compris entre entreprises. Le sommet Africa Forward, coorganisé par le Kenya et la France les 11 et 12 mai, se veut un rendez-vous sur l’innovation et la croissance. C’est un signal politique clair : Paris cherche désormais à élargir ses partenariats au-delà de son cercle historique francophone.

Ce déplacement a aussi une portée symbolique. Le Kenya n’est pas un ancien bastion français. C’est justement le point. En s’affichant à Nairobi, Emmanuel Macron cherche à montrer qu’il peut parler à des économies africaines dynamiques, dans un espace où la France ne dispose pas des mêmes relais qu’au Sahel ou en Afrique de l’Ouest. Le calcul est simple : si l’influence politique s’érode, les liens commerciaux, universitaires et sécuritaires peuvent encore tenir.

Mais ce repositionnement a ses limites. Des analystes et des critiques rappellent que la diplomatie française en Afrique reste marquée par un lourd passif historique, par des soupçons de logique néocoloniale et par une concurrence plus forte de la Chine, de la Russie ou des pays du Golfe. À Nairobi, la France cherche donc autant à séduire de nouveaux partenaires qu’à réparer une image abîmée.

Addis-Abeba : paix et sécurité sous le regard de l’Union africaine

La tournée s’achève mercredi à Addis-Abeba. Là encore, le décor compte. La capitale éthiopienne accueille le siège de l’Union africaine, dont la Commission est le secrétariat et dont le siège officiel se trouve à Addis-Abeba. La rencontre prévue avec le Premier ministre Abiy Ahmed et la présence annoncée du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, donnent à cette étape une dimension continentale et multilatérale.

L’Élysée dit vouloir y parler de “paix et sécurité”. Dans les faits, cela renvoie à des sujets très concrets : conflits régionaux, circulation des armes, crise alimentaire, et coordination des réponses africaines avec les organisations internationales. Pour la France, ce cadre est utile. Il permet de montrer qu’elle ne vient pas seulement vendre des contrats, mais aussi peser dans les discussions de sécurité collective.

Qui gagne, qui attend, et ce qu’il faut surveiller

Les grands bénéficiaires attendus sont faciles à identifier. Pour la présidence française, ce voyage doit produire des images, des accords et des gages de crédibilité. Pour l’Égypte, il renforce le rôle d’intermédiaire régional. Pour le Kenya, il peut attirer des investissements et conforter son statut de hub diplomatique et économique. Pour l’Université Senghor, c’est une relance de visibilité et un rappel de la place de la francophonie dans la formation des élites africaines.

Les contreparties, elles, sont moins flatteuses. Les États africains invités à cette séquence attendent des retombées tangibles : emplois, transferts de compétences, financement, sécurité. Les ONG, chercheurs et observateurs critiques rappellent de leur côté qu’une tournée ne suffit pas à effacer des années de rapports déséquilibrés. Le débat n’est donc pas seulement diplomatique. Il est aussi économique et politique : qui décide, qui finance, qui sécurise, et au profit de qui ?

Dans les prochains jours, deux échéances méritent attention. D’abord le sommet Africa Forward à Nairobi, où Paris espère transformer l’essai sur le terrain économique. Ensuite l’étape d’Addis-Abeba, où Emmanuel Macron devra montrer qu’il sait encore parler sécurité avec l’Union africaine et les Nations unies, sans donner l’impression de plaquer une stratégie française sur des priorités africaines.

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Restons courtois et factuels.