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MUNICIPALITéS La haine s’invite au conseil

À Ivry-sur-Seine, les menaces homophobes contre un élu posent la question de la violence politique en ligne

Sébastien Scarpinato, adjoint au maire d’Ivry-sur-Seine, a porté plainte après des menaces de mort homophobes visant aussi son conjoint. L’affaire intervient dans un contexte de tensions politiques locales et de cyberharcèlement d’élus.

Salle de conseil municipal française avec une chaise vide, des micros et des dossiers sur une table en bois
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En bref

Sébastien Scarpinato, adjoint écologiste au maire d’Ivry-sur-Seine, a signalé des menaces de mort et des insultes homophobes visant également son conjoint et ses proches. Une plainte a été déposée, tandis que la justice doit identifier les auteurs. L’affaire intervient après des tensions au conseil municipal et des faits de cyberharcèlement visant plusieurs élus.

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Que se passe-t-il lorsqu’un élu local reçoit des menaces visant aussi son conjoint et sa famille ? À Ivry-sur-Seine, les messages publiés ces derniers jours dépassent largement le cadre d’une dispute politique en ligne.

Des menaces de mort visant un élu et ses proches

Sébastien Scarpinato, adjoint au maire d’Ivry-sur-Seine chargé de la lutte contre les discriminations, a rendu publics plusieurs messages reçus sur les réseaux sociaux. L’élu écologiste, âgé de 33 ans, a annoncé avoir déposé plainte.

Les messages contiennent des insultes homophobes et des menaces de mort explicites. Leur auteur menace directement l’élu, mais aussi son conjoint et ses proches. Certaines formulations évoquent des violences physiques graves, notamment le fait de « trancher la gorge » des personnes visées.

L’auteur se présente comme un « patriote ». Il affirme republier des messages de personnalités d’extrême droite et fait référence à l’élection présidentielle de 2027. Dans l’un des messages publiés, il annonce vouloir attendre une éventuelle élection de Marine Le Pen pour s’en prendre à l’élu et à son entourage.

Ces éléments donnent une dimension politique à des propos qui restent, à ce stade, soumis à l’enquête judiciaire. La publication de références idéologiques dans un message ne suffit pas à établir l’identité de son auteur ni une responsabilité collective.

Sébastien Scarpinato a résumé la situation en dénonçant « une série de messages d’une violence extrême ». Il affirme que les menaces visent sa personne, son conjoint et ses proches, tout en convoquant « explicitement l’extrême droite et 2027 ».

Un contexte déjà tendu au conseil municipal

L’affaire intervient après une séquence agitée au conseil municipal d’Ivry-sur-Seine. Le 11 juin 2026, une séance avait été perturbée par Kévin Nader, présenté comme le chef de file local du Rassemblement national.

L’élu avait brandi une croix et récité un « Je vous salue Marie » en pleine séance. L’incident avait provoqué une interruption des débats et ravivé les tensions entre la majorité municipale et les élus d’opposition.

Dans les jours suivants, la municipalité avait signalé des faits de cyberharcèlement visant plusieurs élus. Les messages comprenaient des menaces de mort ainsi que des insultes à caractère sexiste, raciste, islamophobe et homophobe. La communication de la ville sur les tensions au conseil municipal décrit cette succession de faits.

Un des messages publiés par Sébastien Scarpinato cite également Kévin Nader. Pour autant, aucun élément public ne permet d’attribuer les menaces à cet élu, à son entourage ou au Rassemblement national. Seule l’enquête pourra déterminer qui les a envoyées et dans quelles conditions.

Cette distinction est essentielle. Elle permet de dénoncer la violence des messages sans transformer une référence politique en preuve judiciaire. Elle protège aussi le principe selon lequel la responsabilité pénale doit être établie sur des faits précis.

Pourquoi ces messages dépassent le simple conflit numérique

Une menace de mort publiée sur un réseau social n’est pas un simple désaccord. Elle peut constituer une infraction pénale. Lorsqu’elle s’accompagne d’insultes homophobes, le caractère discriminatoire des propos peut également aggraver la qualification des faits.

La cible n’est pas seulement la personne qui exerce un mandat. En s’en prenant à son conjoint et à sa famille, l’auteur cherche aussi à créer un sentiment d’insécurité autour de l’élu. Cette méthode peut conduire les victimes à limiter leurs déplacements, leurs prises de parole ou leur présence en ligne.

Le risque est donc démocratique autant qu’individuel. Les élus municipaux sont souvent accessibles directement. Ils disposent généralement de moins de moyens de protection que les responsables politiques nationaux. Dans une petite commune comme dans une grande ville, une poignée de messages peut rapidement peser sur la vie personnelle et professionnelle d’un élu.

La situation est particulière pour Sébastien Scarpinato. Il est chargé, au sein de la municipalité, de la lutte contre les discriminations. Il travaille également comme collaborateur parlementaire de la députée écologiste Sabrina Sebaihi. Son engagement public sur les questions LGBTQIA+ peut l’exposer davantage aux attaques de groupes ou d’individus hostiles à ces combats.

La page municipale consacrée à la lutte contre les LGBTphobies rappelle que ces violences peuvent être psychologiques, matérielles ou physiques. Elles concernent notamment les personnes visées en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

Les Écologistes dénoncent une banalisation de la haine

Les Écologistes ont apporté leur soutien à l’élu. Dans un message publié le 25 août 2026, la formation estime que les faits ne peuvent pas être réduits à de simples « débordements » sur les réseaux sociaux.

Le parti décrit un climat marqué par le harcèlement, l’intimidation et la haine contre les personnes LGBTQIA+. Il relie cette affaire à l’approche de l’élection présidentielle de 2027 et affirme que certains discours contribuent à banaliser les attaques contre les minorités.

Cette lecture bénéficie directement aux responsables politiques et associatifs qui alertent sur la progression des violences en ligne. Elle permet aussi aux Écologistes de replacer l’affaire dans leur combat contre l’extrême droite et les discriminations.

Mais cette interprétation politique ne doit pas remplacer le travail de la justice. Le parti lui-même précise qu’il ne faut pas attribuer au Rassemblement national la responsabilité directe des menaces sans éléments établis. Il dénonce plutôt la circulation d’un imaginaire politique violent, tout en demandant l’identification et la condamnation des auteurs.

Cette nuance est également portée par l’association Stop Homophobie, qui a documenté les menaces visant l’élu d’Ivry-sur-Seine. L’association apporte son soutien à Sébastien Scarpinato et à ses proches, sans présenter de lien établi entre les messages et une organisation politique.

Une plainte et une enquête attendue

La plainte déposée par Sébastien Scarpinato doit désormais permettre aux enquêteurs d’identifier l’auteur ou les auteurs des messages. Les investigations pourront notamment s’appuyer sur les comptes utilisés, les données de connexion et la chronologie des publications.

Dans les prochaines semaines, plusieurs points seront à surveiller : l’ouverture éventuelle d’une enquête formelle, les suites données à la plainte et les mesures prises pour protéger l’élu et son entourage.

La ville devra aussi répondre à une question concrète : comment permettre aux élus locaux de continuer à exercer leur mandat sans que les menaces numériques ne deviennent un mode de pression ordinaire ? À Ivry-sur-Seine, la réponse dépendra à la fois de la justice, de la municipalité et de la capacité des formations politiques à distinguer le débat démocratique de l’intimidation.

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