À Mayotte, les crédits de reconstruction tardent à arriver et la colère des élus met l’État face à ses responsabilités
En visite à Mayotte, Sébastien Lecornu veut accélérer la reconstruction après le cyclone Chido. Les élus réclament surtout des avances de trésorerie, alors que plusieurs chantiers restent bloqués faute de paiements.

Près de vingt mois après le cyclone Chido, Mayotte attend encore la remise en état de nombreuses infrastructures. Le gouvernement met en avant un plan de 4 milliards d’euros, tandis que les élus dénoncent des crédits peu consommés, des factures impayées et un manque de trésorerie qui ralentit les chantiers.
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À Mayotte, les habitants peuvent-ils encore attendre des mois avant de voir revenir des écoles, des routes et des services publics fonctionnels ? Près de vingt mois après le cyclone Chido, l’urgence reste visible dans de nombreuses communes de l’archipel.
Une visite sous pression pour le gouvernement
Le Premier ministre Sébastien Lecornu se rend à Mayotte les mercredi 26 et jeudi 27 août 2026. Cette visite doit porter sur la reconstruction, mais aussi sur l’accès aux soins, la rentrée scolaire, les infrastructures et la lutte contre l’immigration clandestine.
Le déplacement intervient un an après l’adoption de la loi de programmation pour la refondation de Mayotte. Ce texte prévoit environ 4 milliards d’euros d’investissements entre 2025 et 2031. Il fixe un cadre pour reconstruire les équipements et développer l’archipel sur le long terme.
Le cyclone Chido a frappé Mayotte le 14 décembre 2024. Selon le bilan repris par les pouvoirs publics, il a fait 40 morts et 41 disparus. Il a aussi endommagé ou détruit une grande partie des logements, des écoles, des routes et des bâtiments publics.
Quelques semaines plus tard, la tempête tropicale Dikeledi a aggravé les difficultés. Plus de 90 % du département a été touché par les deux événements climatiques, selon les services de l’État à Mayotte.
Avant son arrivée, Sébastien Lecornu a prévenu les élus mahorais. Il ne vient pas annoncer une nouvelle enveloppe budgétaire immédiate. Son objectif est de faire avancer les projets déjà programmés et de vérifier leur mise en œuvre.
Le problème n’est plus seulement de promettre
Pour les élus locaux, la difficulté se situe désormais dans le financement concret des travaux. Le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, l’a résumé mercredi matin : « Nous, ce qu’il nous manque, c’est l’argent ».
La formule peut sembler contredire les 4 milliards d’euros annoncés. En réalité, elle met en lumière un problème de calendrier et de trésorerie. Une enveloppe votée ne signifie pas que l’argent est immédiatement disponible pour payer les entreprises.
Les collectivités doivent souvent avancer des dépenses, lancer des marchés publics et régler les premières factures avant de recevoir certains remboursements ou financements. Or leurs budgets sont déjà fragilisés par les besoins sociaux, les dégâts du cyclone et le coût des services courants.
Le maire de Mamoudzou affirme que plusieurs entreprises ont interrompu ou abandonné des chantiers. La raison avancée est simple : certaines collectivités ne parviennent pas à payer les travaux dans les délais.
Ce blocage pénalise directement les habitants. Tant que les chantiers restent suspendus, les familles vivent dans des logements dégradés. Les élèves sont accueillis dans des conditions difficiles. Les déplacements restent compliqués. Les équipements publics manquent ou fonctionnent au ralenti.
Des crédits annoncés, mais peu consommés
La maire de Chirongui, Hanima Ibrahima, pointe un autre écart entre les annonces et la réalité. Selon elle, seuls 12 % des 700 millions d’euros de crédits votés et délégués pour 2026 auraient été utilisés.
Dans sa commune, les besoins sont pourtant immédiats. « Je n’ai pas d’assainissement dans la commune de Chirongui, la voirie, c’est une catastrophe, l’éclairage public, c’est la même chose », témoigne l’élue.
Elle réclame une avance de trésorerie pour pouvoir démarrer les travaux. La commune aurait accumulé 6,3 millions d’euros de factures impayées. Sans soutien financier rapide, même un projet déjà approuvé peut rester bloqué au stade administratif.
Cette situation concerne particulièrement les petites collectivités. Elles disposent de moins de personnel pour monter les dossiers, suivre les marchés et coordonner les différents financeurs. Elles ont aussi moins de réserves pour absorber les retards de paiement.
Les grandes communes ne sont pas épargnées, mais elles peuvent généralement mobiliser davantage de services techniques. Elles restent toutefois confrontées à l’ampleur des besoins, notamment dans les quartiers très urbanisés de Mamoudzou.
À Kawéni, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine a renouvelé son partenariat avec la ville de Mamoudzou. Le programme global représente 189 millions d’euros, dont 171 millions apportés par des partenaires publics. Ce type de projet montre l’importance des financements croisés et la complexité du montage des opérations.
Reconstruire vite, mais aussi reconstruire mieux
L’État a adopté des dispositifs exceptionnels pour accélérer les marchés publics après Chido. La loi d’urgence pour Mayotte permet notamment d’adapter temporairement certaines procédures de commande publique pour les travaux liés aux dégâts climatiques.
Cette souplesse peut réduire les délais. Elle répond à une urgence réelle : protéger les habitants et remettre en état les équipements essentiels. Cependant, elle ne règle pas à elle seule les problèmes de financement, de main-d’œuvre et de disponibilité des entreprises.
Mayotte doit en effet reconstruire dans un territoire où les besoins existaient déjà avant le cyclone. Le département souffre d’un manque de logements, d’un accès limité aux soins et d’infrastructures insuffisantes. Chido a amplifié ces fragilités au lieu de les créer.
La reconstruction pose aussi une question de qualité. Rebâtir à l’identique des équipements vulnérables exposerait l’archipel aux prochaines catastrophes. Les bâtiments doivent mieux résister aux vents violents, aux pluies intenses et aux inondations.
Cette exigence peut toutefois rallonger les délais et augmenter les coûts. Les élus demandent donc un équilibre entre sécurité, rapidité et réalisme financier.
Des attentes sociales et politiques fortes
La visite du Premier ministre ne se déroule pas dans un climat apaisé. Plusieurs syndicats mahorais ont appelé à la grève et à des manifestations. Ils réclament notamment une hausse des salaires.
Pour les syndicats, la reconstruction ne peut pas se limiter aux bâtiments. Elle doit aussi améliorer les conditions de vie et de travail. Les agents publics, les salariés et les habitants subissent la hausse des prix, les difficultés de logement et les défaillances de certains services.
Le gouvernement met en avant les crédits engagés et les textes adoptés depuis 2024. Les élus locaux, eux, demandent des décaissements plus rapides et une aide directe aux collectivités. Ces deux positions ne portent pas sur le même indicateur : l’une mesure les engagements, l’autre l’argent réellement disponible sur le terrain.
Les habitants attendent surtout des résultats visibles. Une école rouverte, une route réparée, un réseau d’eau fiable ou un service de santé accessible pèsent davantage dans leur quotidien qu’un montant annoncé à Paris.
Le maire de Mamoudzou appelle malgré tout à « donner de l’espérance à une population qui est dans la souffrance ». Cette attente d’espoir traduit aussi une exigence de preuves. Les Mahorais veulent savoir quand les travaux commenceront, qui les financera et selon quel calendrier.
Les prochaines échéances à surveiller
Le gouvernement doit désormais préciser, projet par projet, l’état d’avancement de la reconstruction. Les annonces de la visite des 26 et 27 août devront être comparées aux crédits effectivement débloqués et aux chantiers réellement lancés.
Il faudra aussi suivre l’exécution des financements prévus pour 2026. L’Assemblée nationale a évoqué une ouverture de 674 millions d’euros en autorisations d’engagement et de 432 millions d’euros en crédits de paiement pour la reconstruction cette année. La différence entre ces deux notions est importante : la première autorise des dépenses, la seconde correspond à l’argent pouvant être payé immédiatement.
Enfin, la rentrée scolaire, l’état des réseaux d’assainissement et la situation financière des communes donneront rapidement une mesure concrète de la réponse publique. À Mayotte, le véritable test commence maintenant : transformer les promesses de reconstruction en travaux visibles.



