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MUNICIPALITéS L’argent public sous contrôle

À Saint-Denis, l’enquête sur le cumul de Bally Bagayoko interroge le contrôle de l’argent public et des élus

Le maire LFI de Saint-Denis est visé par une enquête du parquet national financier sur ses conditions d’emploi à la RATP pendant ses mandats. Il conteste les soupçons et dénonce une attaque politique.

Réunion de commission française avec élus anonymes, micros et dossiers ouverts autour d’une table claire
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En bref

Le parquet national financier enquête sur les conditions d’emploi de Bally Bagayoko à la RATP pendant l’exercice de ses mandats locaux. Les investigations portent sur des soupçons de détournement de fonds publics, de recel et de concussion, sans préjuger de sa responsabilité. Le maire de Saint-Denis nie les accusations et se dit prêt à répondre à la justice.

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Un élu peut-il exercer un mandat local tout en conservant un emploi à temps plein dans une grande entreprise publique ? C’est la question au cœur de l’enquête ouverte autour de Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis.

Le dossier ne porte pas, à ce stade, sur une condamnation. Il s’agit d’une enquête préliminaire. Elle doit permettre à la justice de vérifier les conditions dans lesquelles l’élu a travaillé à la RATP tout en exerçant plusieurs responsabilités politiques.

Une enquête ouverte par le parquet national financier

Le parquet national financier, chargé notamment des dossiers complexes liés à la probité et à l’utilisation de l’argent public, a ouvert une enquête le 19 août.

Les investigations portent sur des soupçons de détournement de fonds publics, de recel et de concussion. La concussion désigne le fait, pour une personne dépositaire de l’autorité publique, d’exiger ou de percevoir une somme qui n’est pas due.

Le PNF précise vouloir effectuer « les vérifications utiles concernant les conditions d’emploi » de Bally Bagayoko à la RATP. L’objectif est donc de comprendre la réalité de ses fonctions, son organisation du travail et la compatibilité de cette activité avec ses mandats.

Une enquête préliminaire ne signifie pas que les faits reprochés sont établis. Elle permet aux enquêteurs de recueillir des documents, d’entendre des témoins et de vérifier les éléments transmis à la justice. À son issue, le parquet peut classer le dossier, poursuivre les investigations ou engager des poursuites.

Le cumul entre emploi et mandats au centre des soupçons

Avant de devenir maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko a exercé plusieurs mandats locaux en Seine-Saint-Denis. Il a notamment été adjoint au maire de Saint-Denis et conseiller général du département.

Dans le même temps, il occupait un poste de cadre à la RATP. Des révélations de presse ont mis en question la nature exacte de cet emploi et la manière dont son activité professionnelle s’articulait avec ses responsabilités électives.

La première plainte déposée par l’association AC!! Anti-Corruption s’appuyait sur ces révélations. Une seconde plainte, déposée à la mi-août, évoquait plus largement un possible système d’emplois fictifs concernant des élus parisiens et franciliens de différents bords politiques.

Selon cette plainte, certains élus auraient été rémunérés par la RATP pour des postes dont l’activité réelle, la présence attendue ou la fiche de poste seraient difficiles à identifier. Ces éléments devront désormais être vérifiés par les enquêteurs. Ils ne constituent pas, en eux-mêmes, la preuve d’une infraction.

La question dépasse donc le seul cas de Bally Bagayoko. Elle concerne aussi les règles de contrôle dans une grande entreprise publique, la traçabilité du travail effectué et la séparation entre responsabilités professionnelles et fonctions électives.

Ce que la justice devra établir

Pour caractériser un éventuel emploi fictif, les enquêteurs devront déterminer si une activité réelle était exercée. Ils pourront examiner les contrats, les missions confiées, les horaires, les échanges professionnels et les traces concrètes du travail réalisé.

Ils devront aussi étudier la période concernée. Un mandat local ne supprime pas automatiquement le droit de conserver une activité professionnelle. En revanche, l’organisation retenue doit permettre d’exercer effectivement les deux fonctions et respecter les règles applicables.

Le dossier peut également conduire à examiner le rôle de la RATP. Si une rémunération a été versée sans contrepartie professionnelle réelle, la responsabilité ne concernerait pas nécessairement le seul salarié. Les conditions de recrutement, de supervision et de maintien dans l’emploi pourraient aussi être analysées.

Pour les citoyens, l’enjeu est concret. Toute rémunération versée par une entreprise publique repose indirectement sur des ressources collectives. La question posée est donc celle de l’usage rigoureux de ces moyens et de l’égalité de traitement entre agents.

Les conséquences potentielles ne seraient pas les mêmes pour tous. Un élu disposant d’un emploi stable et rémunéré bénéficie d’une sécurité financière différente de celle d’un salarié qui doit renoncer à une activité pour exercer un mandat. De son côté, une grande entreprise comme la RATP dispose de moyens administratifs importants pour encadrer les carrières et contrôler les missions.

Bally Bagayoko conteste une attaque politique

Le maire de Saint-Denis affirme être « serein sur l’issue » de la procédure. Dans un message publié sur X, il indique vouloir que l’affaire soit traitée « le plus rapidement possible » et assure se tenir à la disposition de la justice.

Bally Bagayoko dénonce également des accusations qu’il juge « non fondées ». Selon lui, leur dimension politique apparaît dans le calendrier de leur médiatisation, intervenue au lendemain des Amfis de La France insoumise à Valence.

L’élu accuse ses adversaires de vouloir « salir l’honneur et la réputation » de leurs concurrents politiques. Il estime aussi que ces attaques alimentent le discours de l’extrême droite.

Cette défense répond à un enjeu politique immédiat. Bally Bagayoko est devenu, en mars 2026, le premier maire LFI de Saint-Denis. Une enquête portant sur son parcours professionnel peut donc fragiliser son autorité municipale, même avant toute décision judiciaire.

À l’inverse, l’association plaignante présente sa démarche comme une demande de contrôle de l’argent public. Elle affirme ne pas viser uniquement un responsable politique et évoque des élus de plusieurs sensibilités. Cette dimension devra toutefois être précisée par les investigations, qui devront établir si les situations dénoncées relèvent de cas isolés ou d’un fonctionnement plus large.

Une affaire à suivre sur deux terrains

Le premier terrain est judiciaire. Les enquêteurs doivent désormais vérifier les conditions d’emploi de Bally Bagayoko et les éléments contenus dans les plaintes. La présomption d’innocence s’applique pendant toute cette phase.

Le second terrain est politique. À Saint-Denis, l’opposition municipale pourrait demander des explications sur le parcours de l’élu. La majorité, elle, devra préserver son fonctionnement tout en laissant la justice travailler.

La suite dépendra des actes du parquet national financier. Les prochaines étapes à surveiller sont les auditions éventuelles, la transmission de documents par la RATP et une éventuelle décision sur l’orientation du dossier.

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