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CONFLITS & CRISES

À Gaza et au Liban, les civils paient l’inaction diplomatique pendant que l’Europe hésite à sanctionner Israël

À Gaza comme au Liban, les frappes touchent civils, secouristes et journalistes malgré les alertes de l’ONU. Pendant que l’UE débat de sanctions contre Israël, la protection des populations reste incertaine.

guerre Gaza Liban

Quand la guerre déborde, qui paie le prix ?

À Gaza comme au Liban, la question n’est plus seulement militaire. Elle est très concrète : qui protège encore les civils, les secouristes, les journalistes et les équipes humanitaires quand les frappes se poursuivent malgré les alertes ?

Depuis des mois, le conflit ne se limite plus aux lignes de front. Il touche des quartiers habités, des convois d’aide, des infrastructures civiles et des missions de secours. L’ONU rappelle que le droit international humanitaire impose la protection des civils et des biens civils, ainsi que des précautions strictes dans toute attaque. En pratique, ces principes sont invoqués à répétition, mais ils peinent à empêcher les morts et les destructions.

Gaza, Liban : une même mécanique de guerre

À Gaza, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a décrit, le 10 avril, une population toujours exposée aux frappes, même six mois après l’annonce d’un cessez-le-feu. L’institution a fait état d’au moins 32 Palestiniens tués par les forces israéliennes depuis le début du mois d’avril, dans des habitations, des abris, des rues, des véhicules, une structure médicale et même une salle de classe. Parmi les victimes figuraient des femmes, des enfants, un travailleur humanitaire et un journaliste.

L’ONU a aussi signalé, le 17 avril, la mort de deux chauffeurs humanitaires travaillant pour l’UNICEF lors d’un point de ravitaillement en eau au nord de Gaza. L’agence a dit qu’ils avaient été tués par des tirs israéliens pendant une opération de livraison routinière. Dans le même temps, les Nations unies ont indiqué que les attaques continuaient dans les cinq gouvernorats de la bande de Gaza, avec des blessés et des dommages sur des installations où des civils cherchent simplement de l’eau, des soins ou un abri.

Au Liban, la violence a pris une autre forme, mais le résultat reste le même : des zones densément peuplées touchées, des familles déplacées et un pays déjà fragilisé par l’effondrement économique. Le 24 avril, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a indiqué avoir documenté des attaques dans des bâtiments résidentiels et des zones civiles au Liban comme en Israël, susceptibles de constituer de graves violations du droit international humanitaire. L’office a aussi souligné que les roquettes non guidées tirées par le Hezbollah ne permettent pas de viser précisément une cible militaire et peuvent, elles aussi, violer le droit de la guerre.

Sur le terrain, les secours et les médias paient un lourd tribut. L’ONU a signalé la mort de 589 travailleurs humanitaires à Gaza depuis octobre 2023. De son côté, la presse internationale a continué de réclamer un accès indépendant à Gaza, après que de grandes rédactions ont demandé à Israël de lever l’interdiction d’entrée imposée aux journalistes étrangers depuis le début de la guerre. Autrement dit, le conflit se joue aussi sur la capacité à documenter ce qui s’y passe.

La diplomatie, entre condamnations et blocages

Face à cette situation, la France a affiché une ligne de préoccupation croissante. Le 7 avril, le ministère français des Affaires étrangères a exprimé sa vive inquiétude après un incident de sécurité qui a coûté la vie à un agent travaillant pour l’OMS à Gaza et entraîné la suspension des évacuations médicales opérées par l’organisation. Quelques jours plus tard, Paris a salué l’annonce d’un cessez-le-feu temporaire entre Israël et le Liban, tout en disant rester mobilisée avec ses partenaires européens et internationaux.

Mais les mots n’avancent pas toujours au même rythme que les actes. À Bruxelles, le 21 avril, plusieurs États membres, dont l’Espagne et l’Irlande, ont poussé pour suspendre tout ou partie de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël. D’autres pays, au premier rang desquels l’Allemagne et l’Italie, ont rejeté cette option. Au final, aucune majorité n’a émergé pour aller vers une suspension. C’est un point clé : l’UE reste le premier partenaire commercial d’Israël, mais elle demeure politiquement divisée dès qu’il faut transformer la critique en sanction.

Cette division a des gagnants et des perdants. Les gouvernements qui refusent les sanctions disent vouloir éviter des effets sur les civils israéliens et préserver une porte de sortie diplomatique. Les partisans d’une suspension jugent au contraire que l’absence de coût politique alimente l’impunité. Entre les deux, les populations civiles de Gaza, du Liban et de Cisjordanie restent exposées à une guerre qui continue pendant que les institutions débattent de la réponse à y apporter.

Ce que cela change, très concrètement

Pour les civils, le premier effet est immédiat : l’insécurité permanente. Une frappe contre une maison, un point d’eau, un véhicule ou une installation médicale ne relève pas seulement du registre diplomatique. Elle coupe des soins, bloque des évacuations, détruit des revenus, et transforme chaque déplacement en pari. À Gaza, où l’accès à l’eau et à l’aide dépend d’opérations humanitaires sous contrainte, la moindre interruption se paie en heures, parfois en vies. Au Liban, la destruction d’immeubles, de routes et de services accélère la fuite des habitants et aggrave un pays déjà très endetté et très affaibli.

Pour les États, le dilemme est politique autant que juridique. Condamner est facile. Sanctionner est plus risqué. L’Allemagne et l’Italie voient dans une suspension de l’accord avec Israël un geste trop brutal, alors que l’Espagne, l’Irlande ou la Slovénie veulent utiliser le levier économique pour peser sur les choix israéliens. En filigrane, c’est la crédibilité même de l’Union européenne qui se joue : si la clause sur les droits humains ne débouche sur rien, elle ressemble de plus en plus à une promesse sans effet.

Pour Israël, le bénéfice recherché est clair : conserver sa liberté d’action militaire et faire prévaloir sa lecture sécuritaire du conflit. Les autorités israéliennes soutiennent régulièrement que certaines frappes visent des combattants ou des infrastructures militaires. Mais cette justification se heurte, chaque semaine, à de nouvelles contestations sur la proportionnalité, la distinction entre civils et combattants, et la répétition d’attaques touchant des personnes clairement non combattantes. Le débat ne porte donc pas seulement sur l’intention. Il porte sur l’écart entre l’objectif affiché et les dégâts constatés.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Les prochains jours doivent dire si le cessez-le-feu temporaire entre Israël et le Liban tient vraiment, et si les médiations en cours débouchent sur autre chose qu’une pause courte entre deux salves. Côté européen, il faudra suivre la capacité de l’Espagne et de ses alliés à rouvrir le dossier de l’accord d’association avec Israël. Enfin, à Gaza, l’enjeu immédiat reste le même : savoir si les évacuations médicales, l’aide humanitaire et la protection des civils peuvent reprendre un minimum de souffle, ou si la guerre continue d’user tous les garde-fous un par un.

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