Carburant, audiovisuel public, présidentielle 2027 : le RN mise sur le pouvoir d’achat pour parler aux Français
Le RN lie la colère sur le carburant, la critique de l’audiovisuel public et la présidentielle 2027 à une même ligne politique. Laure Lavalette défend une baisse de TVA, une privatisation du service public et prépare déjà le scénario Le Pen.

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Quand le carburant grimpe, qui paie vraiment ?
Pour beaucoup d’automobilistes, la question est simple : faut-il encore rouler pour aller travailler, livrer, soigner, ou accompagner les enfants, quand le plein pèse toujours plus lourd ? À droite de l’échiquier, le Rassemblement national veut faire de cette colère un marqueur politique. Et il met l’accent sur les taxes, pas sur la seule évolution du prix du baril.
Dans son intervention, Laure Lavalette juge que la réponse du gouvernement relève de la « diversion ». L’exécutif a promis un point régulier sur les surplus fiscaux liés aux carburants. La députée RN demande, elle, une baisse rapide et massive de la TVA sur l’essence, ainsi que des économies sur d’autres postes budgétaires. Le débat n’est pas anecdotique : en France, les taxes représentent environ 60 % du prix de l’essence et du gazole à la pompe.
Le gouvernement a aussi choisi une réponse ciblée. Fin avril 2026, le ministère de l’Économie a annoncé une indemnité carburant de 50 euros pour des actifs utilisant un véhicule personnel à des fins professionnelles, sous conditions de ressources et de kilomètres parcourus. Le service doit ouvrir début juin 2026. Cette aide vise surtout les ménages contraints de dépendre de la voiture, souvent loin des transports collectifs.
La ligne du RN cherche donc à parler à deux publics à la fois. D’un côté, les automobilistes qui vivent les hausses comme une taxe de plus. De l’autre, les salariés des zones rurales et périurbaines, pour qui la voiture n’est pas un choix mais une condition d’accès à l’emploi. La baisse de TVA aurait toutefois un effet large, donc coûteux, puisqu’elle profiterait aussi à des ménages moins exposés à la contrainte de mobilité. C’est précisément là que se situe l’arbitrage politique.
Laure Lavalette ajoute une autre idée : taxer davantage les « profiteurs de crise », y compris Total, mais seulement après des économies budgétaires. Là encore, l’ordre des priorités compte. Pour le RN, il faut d’abord rendre du pouvoir d’achat, puis frapper les grandes entreprises si besoin. Pour le gouvernement, le geste immédiat passe plutôt par un ciblage social, censé éviter de subventionner tout le monde indistinctement. Le gagnant n’est pas le même selon la méthode choisie : les gros rouleurs préféreront une baisse du prix à la pompe, tandis que l’État privilégie un soutien resserré sur les ménages modestes.
Privatiser l’audiovisuel public : une vieille obsession à haut risque
Autre séquence forte de l’entretien : la députée RN assume sans détour l’idée d’une privatisation de l’audiovisuel public, à l’exception des antennes régionales. En clair, France Télévisions et Radio France seraient sorties du périmètre public national. Ce projet n’a rien d’isolé : il s’inscrit dans une ligne politique ancienne du RN, déjà portée par Marine Le Pen lors du débat sur la redevance audiovisuelle.
Le sujet est arrivé à un moment sensible. Le 27 avril 2026, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’audiovisuel public a adopté son rapport. Quelques jours plus tôt, la Cour des comptes rappelait que France Télévisions reste la plus grosse entreprise de l’audiovisuel public, détenue à 100 % par l’État, dans un contexte où le modèle économique du secteur est bousculé par la révolution numérique et la baisse des usages linéaires.
Le clivage est net. Les partisans d’une privatisation y voient une manière de réduire la dépense publique, de sortir d’un débat récurrent sur le financement et de mettre fin, selon eux, à un service jugé trop lourd ou trop politisé. Les défenseurs du service public répondent que l’audiovisuel public ne se résume pas à une ligne comptable. Il finance aussi l’information locale, la culture, les programmes jeunesse, la couverture des territoires et une mission de contrepoids face aux grands groupes privés. C’est d’autant plus vrai que Radio France emploie environ 5 000 salariés et s’appuie sur sept antennes et quatre formations musicales.
La question financière est pourtant au cœur du dossier. La Cour des comptes a souligné que France Télévisions a consolidé sa place dans les audiences, mais que sa transformation économique reste inachevée. De son côté, l’Assemblée nationale a montré que le débat budgétaire ne porte pas seulement sur le montant des crédits, mais aussi sur la façon de préserver l’indépendance du secteur, dans un environnement médiatique dominé par la concurrence du numérique et par de grands acteurs privés mieux capitalisés.
Marine Le Pen, la présidentielle de 2027 et la question du remplaçant
Enfin, Laure Lavalette a voulu rassurer le camp lepéniste sur un point : Marine Le Pen reste, selon elle, la candidate naturelle si elle peut se présenter en 2027. Mais elle ajoute aussitôt qu’aucune autre famille politique n’a, à ses yeux, deux personnalités « présidentiables ». C’est une manière de dire que le RN prépare déjà plusieurs scénarios, sans admettre que la succession puisse devenir un sujet central.
Le contexte judiciaire pèse lourd. En 2025, Marine Le Pen a été condamnée, avec des conséquences qui peuvent encore influer sur la présidentielle de 2027 selon l’évolution des procédures. Les calendriers de justice et de campagne ne suivent pas les mêmes règles. C’est précisément ce décalage qui entretient l’incertitude. Le RN entend donc afficher une ligne de continuité, tout en refusant d’ouvrir trop tôt le débat sur un autre candidat potentiel.
Politiquement, l’enjeu dépasse le seul RN. Si Marine Le Pen est candidate, le parti peut capitaliser sur une figure déjà installée et sur un socle électoral stable. Si elle ne l’est pas, la désignation de son successeur deviendra un test de discipline interne. Dans les deux cas, les prochains mois comptent. Le débat sur le budget, l’audiovisuel public et le pouvoir d’achat sert déjà de rampe de lancement à la séquence de 2027. Et chaque prise de parole vise le même objectif : montrer que le RN a une ligne, des arguments, et une solution de rechange prête à être activée.
La suite se jouera donc sur plusieurs fronts. Le point sur les carburants promis par le gouvernement dira si la transparence annoncée suffit à calmer la colère. Le rapport sur l’audiovisuel public dira jusqu’où les critiques institutionnelles peuvent aller. Et, en toile de fond, la situation judiciaire de Marine Le Pen continuera de structurer les calculs du parti. C’est cette triple incertitude qui donne à cette séquence politique sa portée réelle.



