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ÉCONOMIE & SOCIéTé

Pourquoi les collégiens et lycéens perdent toujours des heures de cours malgré les promesses sur le remplacement

En 2024-2025, les collèges et lycées publics ont perdu 9,8 % d’heures d’enseignement, soit plus de 20 millions d’heures au total. Absences d’enseignants, fermetures d’établissements et organisation des examens expliquent cette dégradation.

Couloir d’un collège public français avec salle vide et emploi du temps flou, illustrant les heures de cours perdues.

Le trou dans l’emploi du temps, ce n’est pas un détail

Quand un collège ou un lycée annule un cours, ce n’est pas seulement une case vide sur Pronote. Pour une famille, cela veut dire une heure perdue, puis une autre, puis parfois des journées entières qui s’effilochent. Pour un élève, surtout quand il cumule déjà des difficultés, ce temps manquant pèse directement sur les apprentissages.

Le sujet est revenu sur la table avec la publication de la note du service statistique du ministère de l’Éducation nationale sur l’année scolaire 2024-2025. Dans les établissements publics du second degré, 9,8 % des heures d’enseignement n’ont pas été assurées. Cela représente 15,4 millions d’heures perdues à cause du non-remplacement des enseignants absents, auxquelles s’ajoutent 4,8 millions d’heures liées à la fermeture totale des établissements. Au total, plus de 20 millions d’heures de cours ont donc disparu du planning des collégiens et lycéens publics. La hausse est de 0,7 point par rapport à 2023-2024.

Ce que disent les chiffres officiels

La première idée reçue consiste à croire que tout vient des seules absences de professeurs. Ce n’est pas le cas. La note distingue trois blocs. D’abord, 7,5 % des heures sont perdues parce qu’un enseignant absent n’a pas été remplacé. Ensuite, 2,3 % viennent de la fermeture totale de l’établissement. Enfin, au sein des absences non remplacées, 4,3 points relèvent de raisons individuelles, 1,9 point du fonctionnement du système et 1,3 point de la formation continue. Autrement dit, le problème ne se résume ni aux arrêts maladie ni à la seule organisation interne des équipes.

La fermeture des établissements pèse d’ailleurs davantage qu’avant. La note explique que l’augmentation de 2024-2025 s’explique par un plus grand nombre de jours de fermeture. Elle recense en moyenne 3,5 jours de fermeture totale dans l’année, dont 2,9 jours liés aux examens. C’est un angle souvent oublié du débat public : une partie du temps perdu ne relève pas du remplacement, mais de l’organisation même du calendrier scolaire.

Le ministère insiste sur le fait que le remplacement reste une priorité. Sa page de présentation du dispositif rappelle que les absences de moins de 15 jours relèvent du remplacement de courte durée, organisé dans l’établissement, tandis que les absences plus longues sont gérées au niveau académique. Le ministère met aussi en avant le Pacte enseignant, créé pour financer des missions complémentaires de remplacement et généraliser une organisation plus serrée des heures de formation et des réunions.

Qui perd le plus, et pourquoi cela compte

Les pertes d’heures ne frappent pas tout le monde de la même manière. En moyenne, la note indique 9,5 % d’heures non assurées en collège, 9,5 % en lycée professionnel et 10,4 % en lycée général et technologique, y compris en lycée polyvalent. Mais les écarts les plus sensibles apparaissent ailleurs. Les collèges en éducation prioritaire perdent davantage d’heures, avec 10 % d’heures non assurées, contre 9 % dans les collèges hors éducation prioritaire.

Le texte statistique souligne aussi une fracture sociale. Les établissements qui accueillent les élèves les plus défavorisés enregistrent 10 % d’heures non assurées, dont 8 % dus au non-remplacement des enseignants. Les établissements plus favorisés sont à 7 %. La conséquence est simple : là où les élèves ont déjà moins de marges scolaires, les cours manquants s’ajoutent aux fragilités existantes. C’est un mécanisme d’inégalité très concret, pas une abstraction budgétaire.

Autre point important : les 10 % d’établissements les plus touchés perdent en moyenne 19 % de leurs heures, contre 3 % pour les 10 % les moins concernés. La concentration du problème compte donc autant que sa moyenne nationale. Dans certains établissements, les trous ne sont pas un bruit de fond. Ils deviennent un trait structurel de l’année scolaire.

Le gouvernement assure agir, les syndicats dénoncent une réponse insuffisante

Du côté de l’exécutif, le message est clair : le remplacement doit être mieux organisé, et plus vite. Le ministère affirme que ses services sont « pleinement mobilisés » pour assurer le remplacement des professeurs absents. Il présente le remplacement de courte durée comme un levier central de continuité du service public, avec des moyens budgétaires dédiés depuis la rentrée 2023 et un recours aux enseignants volontaires, aux heures supplémentaires effectives, puis aux titulaires sur zone de remplacement.

La lecture syndicale est tout autre. Le SNES-FSU a dénoncé dès la mise en place du dispositif une logique d’astreinte, en pointant des créneaux réservés à l’avance et une très forte flexibilité imposée aux personnels. Le syndicat estime que cette méthode fait peser la solution sur les enseignants déjà en poste, au risque de dégrader leurs conditions de travail. Pour lui, l’objectif politique de réduction des heures perdues ne doit pas masquer une pression accrue sur les équipes.

La Cour des comptes va dans le même sens sur le diagnostic, même si elle ne reprend pas la même grille syndicale. Dans son rapport publié en décembre 2025 sur le temps d’enseignement perdu au collège, elle juge que, malgré les efforts engagés depuis 2023, l’organisation actuelle ne permet pas encore de mesurer de manière exhaustive le temps perdu ni d’en maîtriser pleinement les causes. Elle relève aussi que la hausse des absences pour raison de santé et la crise du recrutement limitent la portée des mesures prises.

Ce désaccord de fond compte. Le ministère met en avant des outils de gestion et une montée en puissance du remplacement de courte durée. Les syndicats répondent que l’administration traite surtout le symptôme. Pour eux, sans postes suffisants, sans vivier de remplaçants solide et sans organisation du travail moins fragile, on ne fait que déplacer le problème d’un établissement à l’autre. La Cour, elle, souligne surtout un enjeu de pilotage et d’égalité territoriale.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La vraie question, dans les prochains mois, sera celle de la tendance. La note DEPP montre une aggravation en 2024-2025, mais le ministère veut encore faire monter en puissance son dispositif de remplacement de courte durée. Il faudra donc observer si le prochain bilan statistique confirme un reflux, ou si les établissements restent coincés entre absences non remplacées, fermetures liées aux examens et sous-dotation persistante dans les secteurs les plus fragiles.

En clair, l’enjeu n’est pas seulement de savoir combien d’heures ont disparu. C’est de savoir qui les récupère, qui les perd, et si l’école publique peut encore garantir la continuité des cours de la même façon partout en France. Pour l’instant, la réponse reste inégale.

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