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ÉLECTIONS

À Molène, une seule liste et un ancien maire de Brest : les habitants votent pour sortir d’une vacance municipale

Privée de conseil municipal après l’absence de candidats, l’île de Molène retourne aux urnes le 17 mai. Une seule liste a été déposée, avec François Cuillandre parmi les noms, pour remettre la mairie en ordre de marche.

Urne transparente, bulletins de vote et mairie d’une petite commune bretonne pour les municipales à Molène

À Molène, une élection locale qui dépasse largement le village

Quand une commune de 166 habitants doit attendre une nouvelle élection pour retrouver un conseil municipal, ce n’est pas un détail administratif. C’est la vie quotidienne de l’île qui dépend de quelques noms sur une liste, de l’école aux services de base, en passant par les décisions urgentes.

C’est précisément ce qui se joue à Île-Molène, dans le Finistère. Après l’absence de candidats lors du scrutin municipal prévu en mars, les habitants sont de nouveau appelés aux urnes le 17 mai. Une seule liste a été déposée en préfecture. Dans une petite commune insulaire, le résultat ne devrait donc pas réserver de surprise, mais le vote reste indispensable pour remettre en place une équipe élue.

Parmi les noms figurant sur cette liste se trouve François Cuillandre, ancien maire socialiste de Brest. L’élu cherche ainsi à rebondir après sa défaite au second tour des municipales à Brest en mars. Sa présence attire l’attention, mais elle ne change pas la mécanique du scrutin : à Molène, l’enjeu est d’abord de constituer un conseil municipal capable d’administrer la commune.

Pourquoi l’île s’est retrouvée sans mairie élue

Le cas de Molène est rare, mais il n’a rien d’extraordinaire dans une très petite commune. Quand personne ne se présente, il devient impossible de constituer un conseil municipal. Dans ce cas, le représentant de l’État peut nommer une délégation spéciale. Le code général des collectivités territoriales prévoit qu’elle remplit les fonctions du conseil municipal jusqu’à l’élection d’une nouvelle équipe. Dans les communes de moins de 35 000 habitants, cette délégation compte trois membres seulement.

Cette solution a une limite claire : elle permet de gérer les affaires courantes, mais pas de trancher politiquement au nom des habitants. La délégation spéciale administre, elle ne représente pas durablement les électeurs. Pour une île comme Molène, où la population est faible, dense et très dépendante des équilibres locaux, ce type d’intérim rappelle surtout qu’un village sans candidats peut vite se retrouver sans véritable cap politique. La commune comptait 166 habitants en 2022, pour 100 ménages et 316 logements, dont une majorité de résidences secondaires.

Le précédent illustre aussi une réalité pratique : sur un territoire insulaire, les responsabilités municipales sont lourdes pour peu de bras. Les élus doivent gérer des sujets très concrets, souvent urgents, avec des moyens limités. Dans ce contexte, la difficulté à monter une liste n’est pas seulement une question de politique. C’est aussi une question de disponibilité, de transport, de temps et d’acceptation sociale.

Ce que change le nouveau mode de scrutin

Depuis la loi du 21 mai 2025, le scrutin municipal a été aligné dans toutes les communes : il s’agit désormais d’un scrutin de liste paritaire à deux tours, avec dépôt de listes et sans panachage. Autrement dit, l’électeur ne peut plus rayer ou ajouter des noms sur son bulletin dans les petites communes. Le ministère de l’Intérieur précise aussi que les listes doivent respecter l’alternance femmes-hommes.

Ce changement favorise la lisibilité et la parité. Mais il durcit aussi l’entrée dans le jeu électoral. Dans une commune minuscule, où l’on recrutait parfois une équipe au fil des bonnes volontés, il faut désormais monter une liste complète, homogène et conforme aux règles nationales. Pour les grands élus locaux, c’est une clarification. Pour les petites communes, c’est une contrainte supplémentaire. Les plus solides organisations y gagnent en méthode. Les villages où les réseaux sont fragiles y perdent en souplesse.

À Molène, la présence d’une seule liste résume ce tiraillement. D’un côté, elle garantit qu’un conseil municipal pourra être élu et que la commune sortira de l’intérim. De l’autre, elle limite le choix des habitants. Le bulletin de vote sert alors moins à arbitrer entre plusieurs projets qu’à valider une équipe capable de gouverner l’île. C’est l’un des paradoxes des très petites communes : plus elles sont proches des habitants, moins elles attirent parfois de candidatures.

Le retour de François Cuillandre, et ce qu’il peut apporter

Pour François Cuillandre, cette présence à Molène ressemble à une reconversion locale plus qu’à un simple passage. Après une campagne brestoise difficile, l’ancien maire s’inscrit dans un autre cadre, plus réduit, plus lisible, mais aussi plus exposé humainement. Dans une petite commune, la réputation compte autant que l’étiquette. L’expérience d’un ancien maire peut rassurer. Elle peut aussi susciter des interrogations sur l’équilibre du groupe et sur la place laissée aux habitants de l’île.

Les bénéfices ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Pour les partisans d’une gestion solide, l’arrivée d’un élu expérimenté peut aider à stabiliser une commune qui a besoin d’une administration fiable. Pour ceux qui défendent une démocratie locale plus ouverte, une liste unique portée en partie par une figure venue d’une grande ville peut donner le sentiment d’un choix réduit. Les habitants, eux, cherchent d’abord une chose : que la mairie fonctionne, que les dossiers avancent et que l’île ne reste pas suspendue à une vacance politique.

La question de fond est donc simple : qui gouverne, et avec quelle légitimité ? Une liste unique ne signifie pas qu’une commune se désintéresse de la politique. Elle révèle au contraire l’inverse : quand peu de personnes prennent le relais, la représentation locale devient un bien rare. Dans une île comme Molène, ce bien rare pèse encore plus lourd, car chaque décision municipale touche immédiatement la vie collective.

Ce qu’il faudra surveiller après le 17 mai

Le premier rendez-vous sera le scrutin lui-même. S’il confirme la seule liste déposée, la commune retrouvera rapidement une équipe municipale élue et un maire. Ensuite viendra le vrai test : la capacité de cette équipe à faire fonctionner la commune au quotidien, à traiter les urgences et à tenir le lien avec les habitants, sans transformer l’élection en simple formalité.

Il faudra aussi suivre la manière dont cette nouvelle majorité locale s’organise autour des questions concrètes : transport, services, gestion administrative, continuité du mandat. À Molène, la politique ne se mesure pas d’abord aux slogans. Elle se mesure à la capacité de faire tourner l’île, jour après jour.

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