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INTERNATIONAL

La tournée de Macron en Afrique mise sur la francophonie et les contrats, mais les retombées pour les citoyens restent à prouver

En Égypte puis au Kenya, Emmanuel Macron veut afficher une nouvelle méthode africaine, entre francophonie, diplomatie et accords économiques. Reste à voir si cette tournée apportera des effets concrets aux étudiants, aux entreprises et aux publics locaux.

Sommet diplomatique afro-français dans une salle de conférence, avec drapeau tricolore miniature et microphones sur table

À quoi sert une tournée présidentielle en Afrique, quand elle commence par un hommage à la francophonie et se poursuit par des accords économiques et diplomatiques ? Pour Emmanuel Macron, la réponse est claire : montrer que la France veut encore compter, mais dans un cadre différent, plus partenarial et moins frontal.

Une étape égyptienne chargée de symboles

Samedi 9 mai, le président français s’est rendu à Alexandrie, en Égypte, pour la première étape d’une tournée de cinq jours sur le continent. Il a inauguré le nouveau campus de l’université Senghor à Borg el-Arab, en périphérie de la ville, avant de rendre hommage à la francophonie, qu’il a décrite comme un « magnifique projet universaliste ».

Le déplacement s’est fait aux côtés du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Les deux chefs d’État ont ensuite échangé sur deux sujets très politiques : consolider la relation bilatérale franco-égyptienne et parler de la crise au Moyen-Orient. C’est exactement le type d’agenda que Paris met aujourd’hui en avant dans ses relations avec Le Caire : culture, éducation, sécurité régionale et diplomatie de crise se mélangent désormais dans un même paquet. Le ministère français des Affaires étrangères rappelle d’ailleurs que les relations politiques entre les deux pays se sont « fortement développées ces dernières années ». Relations franco-égyptiennes et partenariat stratégique.

La francophonie n’a pas ici une fonction décorative. L’université Senghor, créée pour former des cadres francophones venus d’Afrique et du monde arabe, reste un outil concret d’influence pour la France et pour l’Organisation internationale de la Francophonie. L’OIF indiquait déjà, dans son rapport 2022-2024, que le nouveau campus de Borg El-Arab devait offrir une capacité d’accueil de 500 étudiants par an. Ce campus est donc plus qu’un bâtiment : c’est un investissement politique dans la formation, les réseaux et les élites de demain. Rapport de la Secrétaire générale de la Francophonie.

Ce que cette inauguration change vraiment

Concrètement, le nouveau site d’Alexandrie facilite l’accueil d’étudiants, d’enseignants et de programmes plus nombreux. L’université Senghor dispose désormais d’un ancrage mieux adapté à ses formations, avec des infrastructures récentes et un accès plus large aux activités pédagogiques et de recherche. Sur son site, l’établissement présente déjà plusieurs cursus hébergés à Borg El-Arab, signe que le campus fonctionne comme un point d’appui régional et non comme une simple vitrine. Programmes et formations de l’université Senghor à Alexandrie.

Pour l’Égypte, l’intérêt est double. D’abord diplomatique : accueillir une institution liée à la Francophonie renforce son rôle de hub éducatif et culturel en Méditerranée. Ensuite économique : la présence française au Caire et à Alexandrie s’inscrit dans des liens bilatéraux plus larges, que Paris décrit comme anciens et intensifiés. Cela compte pour le gouvernement égyptien, qui cherche à attirer des partenaires, des investissements et des coopérations visibles dans l’éducation, le transport ou la santé. Le Quai d’Orsay a d’ailleurs confirmé, fin avril 2026, que les relations politiques franco-égyptiennes ont pris une nouvelle dimension avec un dialogue stratégique tenu au Caire le 20 avril 2026. Premier dialogue stratégique franco-égyptien.

Pour les étudiants et les jeunes professionnels, l’enjeu est plus simple : un campus neuf peut signifier plus de places, de meilleures conditions de travail et davantage de mobilité académique. Mais l’accès à ces opportunités reste inégal. Les bénéfices vont d’abord à ceux qui maîtrisent déjà les codes des réseaux francophones, des concours et des formations internationales. Autrement dit, la promesse universaliste existe, mais elle se heurte à des réalités très concrètes : niveau de langue, frais de vie, mobilité et sélection à l’entrée.

Au Kenya, un sommet pour réparer une relation abîmée

Après l’Égypte, Emmanuel Macron doit rejoindre Nairobi. Là, il rencontrera son homologue kényan William Ruto et assistera à la signature d’accords bilatéraux, notamment entre entreprises des deux pays. Les 11 et 12 mai, les deux présidents coprésideront surtout le sommet Africa Forward, présenté comme le premier grand rendez-vous africain de ce format organisé dans un pays anglophone depuis l’arrivée de Macron à l’Élysée. L’Élysée et la présidence kenyane ont confirmé que le sommet devait réunir dirigeants, chefs d’entreprise, entrepreneurs et acteurs de l’innovation autour de la croissance et de l’investissement. Sommet Africa Forward à Nairobi Présentation officielle du sommet Africa Forward.

Ce choix du Kenya n’est pas anodin. Il traduit la volonté française d’ouvrir un nouveau chapitre africain hors de son ancien cœur francophone. Plusieurs analyses publiées ces derniers jours soulignent que Paris cherche à reconstruire des alliances sur le continent après ses revers au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Le sommet de Nairobi devient donc un test politique : la France peut-elle encore proposer autre chose qu’un discours sur son passé africain ? Contexte Reuters sur le sommet de Nairobi Lecture régionale de la stratégie française au Kenya.

Le Kenya, lui, y gagne une exposition internationale rare et des promesses de coopération plus diversifiées. Les entreprises kényanes peuvent espérer des contrats, des débouchés et des financements. Les autorités, de leur côté, cherchent à faire du pays une porte d’entrée vers l’Afrique de l’Est. Mais la perspective n’est pas la même pour tout le monde : les grands groupes et les secteurs déjà connectés aux circuits diplomatiques profiteront plus vite de l’événement que les PME locales ou les travailleurs exposés à la concurrence étrangère.

Les critiques ne disparaissent pas avec le protocole

Cette tournée intervient alors que la politique africaine de la France reste contestée. Dans plusieurs pays, Paris est accusé de chercher à rebondir sans avoir vraiment tiré toutes les leçons des ruptures récentes. En Afrique de l’Est, certains observateurs rappellent aussi que le nouveau récit français sur le continent s’appuie beaucoup sur les sommets, les accords et l’innovation, mais moins sur les effets sociaux immédiats. Or, pour les opinions publiques africaines, la crédibilité d’un partenariat se juge aussi aux résultats visibles : emploi, transferts de compétences, respect des souverainetés et place laissée aux acteurs locaux.

À l’Égypte s’ajoute une autre couche de tension. Le régime d’Abdel Fattah al-Sissi est régulièrement critiqué par des ONG et par des organisations de défense des droits humains pour la répression politique et la fermeture de l’espace public. Cela n’empêche pas les gouvernements occidentaux de poursuivre leurs coopérations avec Le Caire, mais cela fragilise le discours sur une relation fondée uniquement sur les valeurs. Le soutien français à la stabilité égyptienne s’inscrit donc dans un arbitrage classique : maintenir un partenaire stratégique au Moyen-Orient et en Méditerranée, tout en composant avec les critiques sur les droits fondamentaux.

Du côté français, la ligne reste la même : parler d’éducation, d’innovation, de coopération économique et de sécurité régionale. Du côté kényan et égyptien, l’intérêt est plus immédiat : faire venir des investissements, des projets et une visibilité internationale. Entre les deux, la francophonie sert de pont. Mais ce pont n’a de sens que s’il débouche sur des effets concrets, pas seulement sur des photos officielles.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Les prochaines heures diront si cette tournée produit autre chose qu’une séquence diplomatique bien orchestrée. À Nairobi, il faudra regarder le contenu des accords annoncés, la liste des entreprises impliquées et le niveau de participation africaine au sommet Africa Forward. À Alexandrie, il faudra suivre la suite donnée au campus Senghor : capacité réelle d’accueil, programmes ouverts et place donnée aux étudiants africains. C’est là que se jugera, au fond, la portée de cette tournée : dans les annonces, ou dans les usages concrets qu’elles permettront.

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