Pékin déroule le même tapis rouge pour Poutine que pour Trump : ce que le ballet diplomatique chinois dit du nouvel ordre mondial
Quelques jours après avoir reçu Donald Trump, Xi Jinping accueille son allié Vladimir Poutine au Palais du peuple. Derrière les cérémonies jumelles, une Chine qui s'impose en pivot incontournable entre deux partenaires aux attentes très différentes.

Même palais, même salve de canons, même haie d’enfants agitant des drapeaux. Moins d’une semaine après avoir serré la main de Donald Trump, Xi Jinping a reproduit au détail près la cérémonie d’accueil pour recevoir Vladimir Poutine, ce mercredi 20 mai, au Grand Palais du peuple à Pékin. Sauf que cette fois, le ton était sensiblement plus chaleureux.
Le dirigeant chinois se retrouve au carrefour d’un jeu diplomatique inédit. Le 14 mai, il recevait le président américain pour tenter de stabiliser une relation commerciale chaotique. Quatre jours plus tard, c’est au tour de son allié stratégique, le président russe, engagé dans une guerre en Ukraine depuis plus de quatre ans. La Chine accueille les deux grandes puissances à sa table, consolide ses alliances d’un côté, temporise les tensions de l’autre.
« Une persévérance qui a résisté à mille épreuves »
Le contraste avec la visite de Trump était palpable. Alors que le sommet sino-américain avait accouché de déclarations floues et de promesses non confirmées, Xi Jinping et Poutine ont signé publiquement une série de documents concrets : coopération stratégique, construction d’une ligne ferroviaire, développement urbain. Ils ont aussi prolongé un traité de bon voisinage vieux de vingt-cinq ans.
Xi Jinping a salué une confiance politique mutuelle approfondie avec constance, selon l’agence Chine nouvelle. Poutine a évoqué un partenariat porté à un niveau qu’il juge sans précédent, tout en dénonçant des « facteurs extérieurs défavorables », manière diplomatique de désigner les sanctions occidentales qui frappent la Russie depuis 2022. Les deux hommes, qui se présentent mutuellement comme de « vieux amis » et se sont rencontrés près de quarante fois en treize ans, affichaient une complicité que le sommet avec Trump n’avait jamais laissé entrevoir.
Le gazoduc qui traîne
Le dossier le plus attendu portait un nom : Force de Sibérie 2. Ce gazoduc géant, conçu pour acheminer 50 milliards de mètres cubes de gaz russe par an vers la Chine, est devenu vital pour Moscou depuis que l’Europe a coupé le robinet. Poutine a qualifié le secteur énergétique de « locomotive de la coopération bilatérale ».
Mais aucun accord final n’a été scellé. La Chine est déjà le premier acheteur de pétrole brut et de charbon russes, et le deuxième de gaz par pipeline, selon le Centre de recherche sur l’énergie CREA. Si Pékin prend son temps, c’est aussi parce qu’elle veille à diversifier ses approvisionnements. Moscou a besoin de ce débouché. Pékin le sait.
Un partenariat solide, mais asymétrique
L’alliance s’est considérablement renforcée depuis 2022, avec un record de 245 milliards de dollars d’échanges en 2024. Malgré un repli de 6,5 % en 2025, les liens structurels restent profonds. La Russie n’a représenté qu’environ 5 % des importations chinoises en 2025, selon les douanes de Pékin. En face, la Chine a constitué plus du tiers des importations russes, d’après l’agence Tass. Des chercheurs du Peterson Institute décrivent une relation « profondément asymétrique mais mutuellement bénéfique » : la Russie a davantage besoin de la Chine que l’inverse.
Moyen-Orient, Ukraine : un front commun en trompe-l’œil
Les deux puissances ont publié une déclaration commune appelant au dialogue au Moyen-Orient. Les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran y sont jugées contraires au droit international. Xi Jinping a estimé qu’une reprise des combats serait « inopportune » : la Chine, tributaire des livraisons d’hydrocarbures transitant par le détroit d’Ormuz, est directement touchée. La crise offre toutefois à Poutine une carte à jouer, la Russie se positionnant comme fournisseur alternatif fiable.
Sur l’Ukraine, le statu quo domine. La Chine proclame sa neutralité sans condamner l’invasion. Le chancelier allemand Friedrich Merz a reconnu ne pas s’attendre à un changement fondamental. Xi Jinping a préféré appeler à un cessez-le-feu au Moyen-Orient plutôt qu’en Ukraine, un choix qui en dit long sur les priorités chinoises.
Poutine a invité Xi Jinping en Russie l’an prochain et confirmé sa présence au sommet de l’APEC en novembre en Chine. Prochaine étape à surveiller : le G7 d’Évian, du 15 au 17 juin, où Trump et les dirigeants européens se retrouveront face à face, cette fois sans Xi Jinping pour orchestrer l’accueil.



