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ÉLECTIONS

Immigration, école, service civique : Glucksmann veut répondre au malaise civique par des choix qui bousculent la gauche

Raphaël Glucksmann avance une convention citoyenne sur l’immigration et un service civique obligatoire. Le député européen y ajoute école, mixité sociale et fiscalité pour installer son projet avant une éventuelle candidature.

Salle de presse française vide avec pupitre, micros et drapeau tricolore discret pour illustrer le débat de Raphaël Glucksmann sur l’immigration et le service civique.

Une idée simple, mais politiquement lourde

Faut-il laisser l’immigration au seul bras de fer entre partis, ou fabriquer un cadre plus large pour la discuter ? C’est la question que relance Raphaël Glucksmann, qui veut sortir ce sujet du tête-à-tête stérile entre indignation et slogans.

Le député européen mise pour cela sur une convention citoyenne : un groupe de citoyens tirés au sort, présenté comme représentatif, mis face à des données démographiques, économiques et sécuritaires, puis chargé de formuler des propositions soumises au Parlement. L’idée n’est pas neuve dans la vie publique française. Mais sur l’immigration, elle serait politiquement plus explosive que sur le climat ou la fin de vie.

Glucksmann avance aussi une autre piste : un service civique obligatoire. Aujourd’hui, le service civique reste un engagement volontaire de 6 mois à 1 an dans une mission d’intérêt général. Le faire basculer dans l’obligation changerait d’échelle, de public et de coût.

Pourquoi la convention citoyenne séduit autant les candidats

La convention citoyenne est devenue un outil politique identifiable. Emmanuel Macron l’a utilisé sur le climat, puis sur la fin de vie. Dans le premier cas, 150 citoyens ont été réunis. Le chef de l’État a ensuite annoncé reprendre 146 des 149 propositions, avant qu’une partie d’entre elles soit traduite dans la loi Climat et Résilience.

Sur la fin de vie, la méthode a aussi servi de déclencheur. La convention s’est prononcée en faveur d’un encadrement de l’aide active à mourir, ce qui a nourri un projet de loi ensuite interrompu par la dissolution de 2024. Là encore, le dispositif a permis d’ordonner un débat sensible. Mais il n’a pas fait disparaître les désaccords politiques.

Pour les partisans de cette méthode, l’intérêt est clair : contourner l’affrontement classique entre camps politiques et donner de la matière à la décision. Pour ses critiques, le risque est tout aussi clair : créer un sas de participation qui ne tranche pas, ou qui sert surtout à légitimer une orientation déjà choisie. Cette tension accompagne chaque convention depuis son invention récente dans le paysage français.

Immigration : un débat plus conflictuel que les autres

Sur l’immigration, la difficulté monte d’un cran. Le sujet touche à la fois aux frontières, au droit d’asile, au travail, à l’école, au logement et à l’intégration. Il nourrit donc des intérêts divergents : ceux qui demandent plus de contrôle, ceux qui défendent une approche humanitaire, et ceux qui cherchent à tenir ensemble les deux. C’est précisément ce mélange qui rend une convention citoyenne à la fois utile et risquée.

Glucksmann veut y faire entrer des données « démographiques, économiques ou sécuritaires ». Le choix des chiffres comptera autant que les conclusions. Car un débat sur l’immigration peut vite basculer si l’on insiste sur la pression sur les services publics, ou au contraire sur les besoins de main-d’œuvre et la réalité des parcours d’intégration. Une convention ne supprime pas ces rapports de force. Elle les rend plus visibles.

Le contraste avec le droit existant est instructif. L’intégration républicaine des étrangers repose déjà sur une formation civique obligatoire dans le cadre du contrat d’intégration républicaine. Autrement dit, l’État impose déjà des obligations de formation civique à certains publics. Mais cela reste sans commune mesure avec une convention sur le débat migratoire lui-même.

Service civique obligatoire : l’idée généreuse, la mécanique compliquée

Le service civique obligatoire a un avantage politique immédiat : il promet de mélanger les milieux sociaux et de fabriquer du collectif. L’idée parle à ceux qui estiment que la République ne se vit plus assez ensemble. Elle parle aussi à une partie des électeurs qui voient dans l’engagement un remède à la fragmentation sociale.

Mais la mécanique est lourde. Le service civique actuel repose sur des missions volontaires, dans des structures publiques ou associatives, pour des jeunes de 16 à 25 ans, avec des conditions précises d’accueil et d’indemnisation. Le transformer en obligation supposerait de trouver des centaines de milliers de missions, d’encadrants, de financements et de places adaptées sur tout le territoire. Les zones rurales, les petites associations et les services publics locaux n’auraient pas les mêmes capacités d’absorption que les grands réseaux urbains.

Les opposants à une telle généralisation soulignent depuis longtemps ce point aveugle. Au Sénat, des travaux antérieurs rappellent que le financement reste l’obstacle majeur et que l’ambition d’un service universel se heurte à la question des moyens. D’autres études parlementaires montrent aussi qu’un service trop vaste peut devenir coûteux, inégal selon les territoires, et finalement moins efficace que prévu.

École, familles, territoires : les vrais perdants et les vrais gagnants

Sur l’école, Glucksmann se place sur un terrain plus classique à gauche : revalorisation des enseignants, davantage de personnels face aux élèves, baisse des postes administratifs, et mixité sociale dans tous les établissements financés par l’argent public, y compris le privé sous contrat. Le ministère rappelle d’ailleurs que la mixité sociale est un objectif affiché de longue date, et qu’un protocole conclu en 2023 avec l’enseignement catholique vise à la renforcer dans le privé sous contrat.

Mais là aussi, l’égalité affichée se heurte à des réalités concrètes. Les familles les plus mobiles ou les mieux informées ont souvent plus de marges pour contourner les règles d’affectation. Les établissements les plus demandés conservent un avantage d’attractivité. Et les territoires les plus fragiles restent ceux où la promesse de mixité est la plus difficile à tenir.

Le même schéma vaut pour les colonies de vacances, que le texte veut remettre au centre avec un « passeport pour l’émancipation ». Là encore, l’enjeu dépasse la formule. Les séjours collectifs profitent surtout aux enfants qui peuvent déjà partir, quand les familles modestes sont plus exposées au coût, à la logistique et à la disponibilité des structures d’accueil. Le constat de départ est simple : l’accès à ces séjours s’est réduit au fil des décennies.

Un calendrier de campagne avant le vrai saut politique

Glucksmann ne compte pas officialiser sa candidature avant septembre, mais il veut installer son projet avant l’été. Le livre à paraître et le meeting prévu à Aubervilliers doivent servir de rampe de lancement. Le message est clair : occuper le terrain social-démocrate, pro-européen et écologiste avant que la campagne présidentielle ne durcisse les blocs.

Reste la question la plus politique de toutes : que garde-t-on d’une convention citoyenne, d’un service civique obligatoire ou d’une refonte de la mixité scolaire quand on passe du discours au vote ? C’est là que se jouera la crédibilité du projet. Dans les prochaines semaines, il faudra surtout surveiller deux choses : l’écho réel de ces propositions dans le camp central et la capacité des adversaires de Glucksmann à les caricaturer, ou à les reprendre, sans perdre le fil du débat public.

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