Au Parlement européen, des élèves découvrent comment leurs projets scolaires peuvent peser sur la citoyenneté européenne
Récompensés par le Prix Hippocrène 2026, des élèves venus de toute la France ont visité le Parlement européen à Strasbourg. Une journée pour relier projets scolaires, débat public et citoyenneté européenne.

Quand l’Europe devient concrète pour des collégiens et des lycéens
À quoi ressemble l’Europe, pour un élève de 14 ou 18 ans, quand elle quitte les manuels et prend la forme d’un hémicycle, de langues qui se croisent et d’élus qui débattent ? Jeudi 21 mai, une cinquantaine de jeunes venus de toute la France, avec leurs professeurs, ont reçu au Parlement européen à Strasbourg le Prix Hippocrène de l’éducation à l’Europe 2026, après plusieurs mois de travail sur des projets liés à la citoyenneté européenne.
Le lieu compte autant que la récompense. Le Parlement européen à Strasbourg est ouvert aux visiteurs toute l’année, gratuitement, et les députés y tiennent douze sessions plénières par an pour débattre et voter la législation européenne. Le Parlamentarium Simone Veil, intégré au parcours de visite, explique aussi comment les règles communes sont fabriquées et quel rôle jouent les eurodéputés.
Un concours scolaire, mais avec un enjeu politique réel
Le Prix Hippocrène s’adresse aux établissements scolaires et distingue des projets de partenariat européen conçus par des élèves et leurs enseignants. Pour l’édition 2026, la fondation a ouvert les candidatures du 3 novembre 2025 au 19 janvier 2026, puis réuni son jury le 3 février pour départager 15 finalistes dans cinq catégories d’établissements et désigner six lauréats.
Parmi les projets mis en avant cette année, le collège Le Plantaurel, à Toulouse, a travaillé sur la mémoire ; le lycée professionnel Paul-Gauguin, à Orléans, a choisi de questionner l’usage du plastique ; et un établissement agricole de Guérande a aussi été récompensé. Cette diversité dit quelque chose de simple : l’Europe n’est pas traitée comme un chapitre abstrait, mais comme un terrain de projet, où l’on parle mémoire, environnement, numérique ou pratique citoyenne.
Ce type d’initiative bénéficie d’abord aux élèves. Ils gagnent en expression, en autonomie et en confiance. Les enseignants, eux, y trouvent un levier pour travailler autrement, hors du seul cours magistral. Et les établissements peuvent valoriser des projets collectifs qui donnent du sens à l’apprentissage, surtout dans les filières où les débouchés locaux et la mobilité européenne ne se vivent pas de la même manière.
Ce que la recherche dit sur l’éducation civique
Mais ces journées festives rappellent aussi une limite française bien connue : enseigner la citoyenneté ne suffit pas toujours à la faire vivre. Le Cnesco souligne que la France consacre douze années d’enseignement spécifique à la citoyenneté, l’un des parcours les plus longs d’Europe, tout en notant que les pratiques actives restent peu développées dans les classes.
Autrement dit, le pays a longtemps misé sur la durée, moins sur la méthode. Or les recherches réunies par le Cnesco indiquent que les débats en classe, la participation à la vie collective et l’implication des élèves dans les sujets étudiés produisent davantage d’effets que les approches les plus descendantes. Le constat est important pour tout ce qui touche à l’Europe à l’école : faire connaître l’Union ne suffit pas, il faut aussi la mettre en discussion.
C’est là que le Prix Hippocrène trouve sa place. Pour ses défenseurs, il donne un cadre concret à une Europe souvent jugée lointaine. Pour les équipes pédagogiques, il offre du temps, des contacts et une reconnaissance institutionnelle. Et pour les élèves, il transforme une idée générale — la citoyenneté européenne — en expérience vécue, avec un voyage, une présentation orale, un échange et une visite des institutions.
Une Europe des jeunes, mais pas seulement symbolique
La journée du 21 mai a aussi servi de vitrine à une Europe qui veut parler aux jeunes autrement. Les organisateurs du prix affirment vouloir susciter « l’envie d’Europe » chez les élèves et encourager leur participation à des projets liés à l’Union. C’est une formule simple, mais elle dit l’enjeu politique du dispositif : construire un sentiment d’appartenance ne passe pas uniquement par des discours, il passe aussi par des situations où l’on comprend comment une décision se prend.
Le point de vue critique, lui, est connu : un concours ne remplace ni des heures de classe bien construites ni un accès égal aux ressources. Les établissements les mieux dotés, les équipes déjà aguerries aux projets et les territoires les plus proches des grandes institutions ont souvent plus de facilité à candidater, à monter des partenariats et à partir en déplacement. À l’inverse, les petites structures ou les établissements isolés disposent moins de temps, moins d’ingénierie et moins de marges financières. C’est précisément là que l’accompagnement compte, bien plus que le seul trophée.
Le Parlement européen, de son côté, y gagne aussi. Il montre une institution accessible, visible, visitable, au moment où l’Union cherche encore à réduire la distance entre ses règles et la vie quotidienne. Dans l’hémicycle, les jeunes ont vu des députés débattre en plusieurs langues et ont observé un débat entre parlementaires et Commission européenne sur la réponse de l’Union à l’épidémie d’hantavirus liée au MV Hondius, un navire d’expédition battant pavillon néerlandais. Le message est clair : l’Europe ne se limite pas à des traités, elle tranche aussi des sujets très concrets.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite se joue moins à Strasbourg qu’en classe. Le vrai test sera de savoir si ces projets restent des parenthèses prestigieuses ou s’ils inspirent davantage d’enseignements concrets sur l’Europe, la citoyenneté et le débat public. Le prochain enjeu est là : faire en sorte que l’expérience vécue par une cinquantaine de lauréats ne s’arrête pas aux murs du Parlement, mais irrigue les pratiques scolaires ordinaires.



