Iran contre États-Unis : le cessez-le-feu vacille sous les accusations mutuelles de violations, au quatrième mois de la guerre
Les Gardiens de la Révolution ont visé une base américaine en représailles à des frappes sur le sud de l'Iran. Washington et Téhéran s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu. Le détroit d'Ormuz reste un point de tension majeur pour l'économie mondiale.

Qui a tiré le premier ? La question pourrait sembler scolaire. Elle est pourtant au coeur du bras de fer entre Washington et Téhéran, entrés dans leur quatrième mois de guerre ouverte. Ce jeudi, les deux camps se sont mutuellement accusés de violer le cessez-le-feu, tandis que des missiles et des drones traversaient le golfe Persique dans les deux sens.
La séquence a débuté dans la nuit de mercredi à jeudi. L’armée américaine a abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud de l’Iran. Les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique du régime iranien, ont répliqué en visant une base américaine, sans préciser laquelle. Un missile balistique a été tiré contre le Koweït, intercepté par les forces koweïtiennes, dont le ministère des Affaires étrangères a dénoncé « une dangereuse escalade ».
Ormuz, le verrou qui fait trembler les marchés
Le conflit, déclenché le 28 février par une offensive israélo-américaine baptisée « Operation Epic Fury » côté Washington et « Rugissement du Lion » côté Tel-Aviv, a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Son onde de choc dépasse largement le Moyen-Orient. L’Iran continue de verrouiller le détroit d’Ormuz, ce passage maritime par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Les forces iraniennes ont d’ailleurs effectué des tirs de semonce à l’encontre de quatre navires tentant de franchir le détroit ce jeudi, selon la télévision d’État iranienne.
Les marchés financiers réagissent. Le CAC 40 a ouvert en baisse, reflétant l’inquiétude des investisseurs face à un baril qui reste sous pression. Les primes d’assurance maritime pour le golfe Persique ont grimpé à des niveaux inédits, renchérissant le coût du transport d’hydrocarbures.
Le guide suprême sort du silence
Mojtaba Khamenei, le guide suprême iranien blessé au début de la guerre et qui n’est pas apparu en public depuis, a estimé dans une déclaration écrite diffusée par la télévision d’État qu’Israël et les États-Unis cherchaient « à mettre la nation à genoux ». Les Gardiens de la Révolution ont promis une « riposte ferme » en cas de nouvelle attaque américaine.
De son côté, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a dénoncé l’attaque iranienne contre le Koweït comme « une violation flagrante du cessez-le-feu », rappelant l’interception de cinq drones qui menaçaient le détroit d’Ormuz.
Le dialogue n’est pas totalement rompu. Des négociations se poursuivent à huis clos à Doha pour tenter de prolonger le fragile cessez-le-feu. Washington exige le démantèlement du programme nucléaire iranien et la réouverture du détroit d’Ormuz ; Téhéran conditionne tout accord au retrait des forces américaines de la région et à l’arrêt des opérations israéliennes au Liban, où les frappes ont fait au moins 14 morts dont trois enfants ce jeudi dans le sud du pays.
La France en retrait
Paris, qui avait condamné les frappes initiales en février, reste discret. La diplomatie française n’a pas commenté les derniers échanges de tirs. Le Quai d’Orsay appelle au respect du cessez-le-feu sans désigner de responsable, une position d’équilibre qui agace aussi bien les partisans d’une fermeté accrue envers Téhéran que ceux qui dénoncent le soutien occidental à l’offensive initiale.
Au Liban, malgré un cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril, Israël a étendu sa « zone de combat » contre le Hezbollah pro-iranien. L’arrêt des hostilités sur ce front reste une exigence claire de Téhéran pour parvenir à un accord global. La prochaine échéance se joue à Doha, où les négociateurs tentent de trouver un terrain d’entente avant que l’escalade ne rende tout accord impossible.



