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ÉLECTIONS

Présidentielle 2027 : où en sont nos candidats ?

À dix-huit mois de l'élection, les manoeuvres se multiplient. Édouard Philippe maintient sa candidature malgré une enquête du PNF. Le RN vise un groupe au Sénat en recrutant chez LR. Mélenchon affronte la question de son plafond de verre. Et Villepin intrigue à gauche.

Peut-on faire campagne avec une enquête judiciaire sur les épaules ? Édouard Philippe, 55 ans, maire du Havre et ancien premier ministre, répond sans hésiter : oui. Invité sur France Inter ce jeudi 28 mai, il a martelé qu’« aucune décision non définitive de justice » ne l’empêcherait d’être candidat à la présidentielle de 2027.

Le Parquet national financier (PNF) enquête sur des soupçons de détournement de fonds publics, de favoritisme et de prise illégale d’intérêts dans la gestion de la ville du Havre. L’affaire, déclenchée par une lanceuse d’alerte en 2023, a donné lieu à des perquisitions à la mairie en 2024. Édouard Philippe assure n’avoir « pas enfreint la loi » et se tenir « à la disposition de la justice ». Sa stratégie : afficher une sérénité imperturbable et promettre des référendums sur les grands sujets, notamment une règle d’or budgétaire et une réforme des retraites.

Le RN à la conquête du Sénat

Pendant qu’Édouard Philippe joue la carte de l’homme d’État au-dessus de la mêlée, le Rassemblement national avance ses pions en silence. À quatre mois des sénatoriales de septembre, le parti de Marine Le Pen vise un objectif précis : constituer un groupe au Sénat, ce qui nécessite au moins dix sénateurs. Il n’en compte que trois aujourd’hui.

Le sénateur du Nord Joshua Hochart a reconnu avoir des « contacts » avec des élus LR et centristes. « Certains nous ont fait savoir que si nous avions la capacité de constituer un groupe, ils nous rallieraient », a-t-il confié, saluant des « relations fluides et faciles » au Sénat. Le parti envisage même d’envoyer certains de ses députés bien implantés localement en campagne sénatoriale, pour servir de « locomotives ».

Reste que la chambre haute résiste historiquement à l’extrême droite. Les Républicains y conservent une majorité solide. Un analyste de la Fondation Jean-Jaurès estime toutefois que la constitution d’un groupe RN en septembre prochain est « désormais actée », en raison de l’implantation croissante du parti dans les communes du Nord et du Pas-de-Calais.

Mélenchon et le plafond de verre

Du côté de La France insoumise, la question est moins celle de la candidature que de son potentiel. Jean-Luc Mélenchon, qui a frôlé le second tour en 2022, bute sur un plafond de verre que ses adversaires, y compris à gauche, jugent indépassable. Son rapport clivant à l’exercice du pouvoir, ses positions sur la politique internationale et sa difficulté à rassembler au-delà de son socle militant alimentent le doute.

Loin de ce tumulte, une figure inattendue intrigue. Dominique de Villepin, ancien premier ministre de Jacques Chirac, 72 ans, multiplie les prises de parole et s’attire les regards bienveillants d’une partie de la gauche. Ancien opposant à la guerre en Irak, contempteur du sarkozysme, partisan d’une diplomatie indépendante, il coche des cases que peu d’élus de droite peuvent revendiquer. Un « homme de droite préféré de la gauche », comme le résument certains commentateurs.

Dix-huit mois, une éternité

La présidentielle de 2027 reste lointaine, et ces signaux sont encore faibles. Mais ils dessinent déjà un paysage politique où la droite se fragmente entre un centre philippiste empêtré dans la justice, un RN en expansion territoriale et des Républicains dont les troupes sénatorielles se font courtiser. À gauche, le leadership est aussi disputé que jamais. Les sénatoriales de septembre, trop souvent ignorées, pourraient bien servir de premier test grandeur nature.

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