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ÉLECTIONS

Présidentielle 2027 : que nous disent les derniers sondages sur les prétendants à la présidence de la République ?

Un sondage Odoxa publié fin mai change la donne entre gauche et centre droit. Mélenchon remonte à 16 %, Philippe chute à 17 %. La place pour le second tour face à Bardella n'est plus réservée.

Un seul point. C’est tout ce qui sépare désormais Edouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon dans la course à la présidentielle de 2027. Selon le dernier baromètre Odoxa-Mascaret pour Public Sénat, réalisé les 20 et 21 mai 2026 auprès de 1 005 Français, le maire du Havre et fondateur du parti Horizons tombe à 17 % des intentions de vote au premier tour, pendant que le chef de file de La France insoumise (LFI) grimpe à 16 %. En face, Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), campe seul à 32 %. La question qui agite les états-majors n’est donc plus de savoir qui affrontera le candidat du RN au second tour. C’est de savoir si ce sera encore Philippe.

« Coup de tonnerre » : la remontée Mélenchon

Le mouvement est symétrique, et c’est ce qui le rend saisissant. En deux mois, Jean-Luc Mélenchon gagne exactement quatre points. Edouard Philippe en perd exactement quatre. Gaël Sliman, président d’Odoxa, ne prend pas de précautions oratoires : « Coup de tonnerre au premier tour. Philippe recule à 17 % et Mélenchon progresse d’autant, le menaçant désormais pour la qualification au second tour face à un Bardella toujours largement en tête. »

La dynamique insoumise s’explique d’abord par l’officialisation de la candidature de Mélenchon, sa quatrième tentative à l’Elysée, accompagnée d’une séquence médiatique intense et de près de 200 000 soutiens revendiqués en ligne. Elle s’explique aussi par le blocage persistant des discussions à gauche autour d’une candidature commune socialiste, qui laisse le champ libre au leader de LFI pour fédérer. Il devance désormais Raphaël Glucksmann, candidat de Place Publique, de cinq points, contre deux seulement en mars. Derrière, Bruno Retailleau pointe à 9 %, Éric Zemmour à 6 %, Marine Tondelier à 4 %. La gauche non insoumise reste fragmentée. Cela profite mécaniquement à Mélenchon.

Une réserve s’impose cependant. L’analogie que Mélenchon revendique avec Jacques Chirac, réélu en 2002 face au Front national après trois candidatures infructueuses, est jugée contestable par de nombreux observateurs : Chirac était alors un président sortant, adossé à une machine d’État. Mélenchon, lui, part de l’opposition.

Philippe rattrapé par le judiciaire et le silence

Pour Edouard Philippe, la séquence est brutale. Réélu triomphalement au Havre en mars 2026 avec 43,76 % dès le premier tour, il semblait tenir une dynamique. C’était avant l’ouverture d’une information judiciaire par le Parquet national financier, visant la gestion de la Cité numérique du Havre, avec des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêt et concussion.

Gaël Sliman pointe un second problème, au moins aussi pesant. « Son actualité n’est plus marquée par sa victoire aux municipales mais par un silence assourdissant sur le fond politique, le programme et les idées », analyse-t-il. Le président d’Odoxa estime que ce baromètre « sonne comme une alarme » pour le maire du Havre et qu’« il semble grand temps pour Edouard Philippe de reprendre la main pour proposer une narration plus positive à son sujet. »

La fenêtre se referme.

Les marges d’erreur qui changent tout

Un point d’écart entre 17 % et 16 %, c’est peu. Avec les marges d’erreur propres à ce type de sondage (comprises entre 1,8 et 4,1 points), ce point ne signifie presque rien sur le plan statistique. Le score réel d’Edouard Philippe pourrait osciller entre 14,6 % et 19,4 %. Celui de Jean-Luc Mélenchon entre 13,6 % et 18,4 %. Les intervalles se chevauchent largement. « Aujourd’hui, il serait impossible d’assurer que Philippe devancerait Mélenchon au premier tour », insiste Gaël Sliman. Le ticket du second tour face à Bardella n’est plus réservé par avance.

Bardella favori au second tour, mais le report de voix reste l’inconnue

Dans l’hypothèse d’un duel Philippe-Bardella au second tour, le candidat du RN l’emporterait désormais à 52 % contre 48 %. Là encore, le retournement est notable : deux mois plus tôt, Philippe était donné vainqueur sur le score exactement inverse. « Pour lui, c’est un retour à la case départ », résume Gaël Sliman.

Le tableau des reports de voix éclaire la mécanique qui rend l’exercice si périlleux pour le centre droit. Dans l’hypothèse de ce duel, seulement 32 % des électeurs de premier tour de Mélenchon se reporteraient sur Philippe ; 61 % choisiraient le vote blanc, le vote nul ou l’abstention. Les électeurs de Glucksmann transfèrent mieux, à 60 % vers Philippe. Mais Glucksmann ne pèse à ce stade que 11 % au premier tour, soit deux fois moins que Mélenchon.

Gaël Sliman lui-même appelle à la prudence sur la valeur prédictive de ces chiffres : « Il reste près d’un an avant l’élection présidentielle, et les intentions de vote à un an ne reflètent qu’une fois sur deux ce qui se produira réellement. » L’institut Ipsos-BVA a même décidé de ne plus publier de sondages d’intention de vote au premier tour, jugeant l’exercice « inquiétant » tant il influence le jeu politique davantage qu’il ne le décrit. La prochaine vague du baromètre Odoxa est attendue en juillet.

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