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MUNICIPALITéS

À Issy-les-Moulineaux, la mort d’André Santini ouvre une page incertaine après quarante ans de pouvoir municipal

André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux depuis 1980, est mort à 85 ans. Sa disparition tourne la page d’une longévité politique rare dans les Hauts-de-Seine et pose la question de l’après.

Un élu local anonyme tient un dossier devant la mairie d’Issy-les-Moulineaux, dans une lumière naturelle
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Un visage de la vie locale disparaît à Issy-les-Moulineaux

Qui dirige vraiment une ville pendant quarante ans ? À Issy-les-Moulineaux, la réponse tenait en un nom : André Santini. Le maire de la commune des Hauts-de-Seine est mort dans la nuit du dimanche 31 mai au lundi 1er juin 2026, à l’âge de 85 ans. La mairie a confirmé son décès dans un communiqué diffusé ce 1er juin.

Cette disparition met fin à l’une des plus longues séquences de pouvoir municipal en Île-de-France. Élu maire en 1980, André Santini n’a jamais quitté l’hôtel de ville depuis. Il était, selon les formulations reprises par plusieurs médias, le plus ancien maire des Hauts-de-Seine.

Son nom était devenu indissociable de la ville. Issy-les-Moulineaux l’avait réélu en mars 2026, au terme d’un scrutin qu’il n’avait pourtant pas pu mener sur le terrain, car il était hospitalisé depuis octobre 2025 après une grave chute et des problèmes cardiaques. La mairie souligne aussi qu’il a « transformé la commune » pendant plus de quatre décennies, en la faisant évoluer d’une banlieue classique vers un territoire souvent présenté comme tourné vers l’innovation et l’activité économique.

Un pouvoir local durable, mais aussi très personnel

Né le 20 octobre 1940 à Paris, dans le 14e arrondissement, André Santini a grandi à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine. Après des études de droit, de sciences politiques et de japonais, il a commencé sa carrière par la vie municipale avant de s’imposer à Issy-les-Moulineaux. Cette trajectoire dit beaucoup de la politique locale française : une implantation longue, un réseau solide, et un lien direct avec les électeurs comptent souvent autant que les grandes étiquettes nationales.

À Issy-les-Moulineaux, cette continuité a produit des effets très concrets. Pour les habitants, elle a signifié des politiques stables sur l’urbanisme, les équipements publics, les transports et le développement économique. Pour les entreprises, la ville est devenue un territoire attractif, intégré à la dynamique du Grand Paris. Pour les opposants, en revanche, un tel ancrage a aussi pu ressembler à un verrouillage du jeu local, tant l’alternance semblait difficile à faire émerger. La longévité municipale avantage souvent les élus sortants, qui disposent d’une notoriété, d’un bilan et d’appuis administratifs déjà installés.

Cette concentration du pouvoir a une autre conséquence : elle rend la transition plus délicate. Quand une ville a été structurée pendant quarante ans autour d’un même maire, le départ de ce dernier ne change pas seulement un visage. Il oblige à redistribuer les responsabilités, à clarifier la succession et à faire vivre une majorité locale parfois organisée autour d’une seule figure. Le conseil municipal installé fin mars 2026 avait déjà montré que l’après-Santini devait désormais s’écrire sans lui à la barre.

Une carrière politique nationale, et des ombres sur la fin de parcours

André Santini n’a pas seulement incarné Issy-les-Moulineaux. Il a aussi occupé d’autres fonctions nationales et locales, ce qui a renforcé son poids politique. Son profil d’élu enraciné dans les Hauts-de-Seine lui a donné une place particulière dans la droite et le centre français, entre gestion locale et responsabilités plus larges.

Mais la fin de sa carrière a aussi été marquée par des affaires judiciaires. En octobre 2024, Le Monde indiquait que l’enquête ouverte en 2022 contre le maire d’Issy-les-Moulineaux pour agression sexuelle, harcèlement sexuel, harcèlement moral et entrave à un dispositif de signalement avait été confiée à un juge d’instruction. Cette procédure rappelait qu’un bilan local, même long et structuré, ne gomme pas les contestations ni les accusations.

Pour ses soutiens, André Santini reste d’abord l’élu qui a accompagné la montée en puissance d’Issy-les-Moulineaux et stabilisé sa gouvernance pendant des décennies. Pour ses adversaires, son règne prolongé incarne aussi un mode de pouvoir municipal très персонnel, où l’efficacité affichée peut s’accompagner d’un déficit de renouvellement. Les deux lectures coexistent aujourd’hui, et elles continueront de peser sur la manière dont son héritage sera raconté.

Dans l’immédiat, la question n’est plus celle de sa réélection, mais de l’après. La municipalité d’Issy-les-Moulineaux va devoir organiser la continuité politique et administrative, tout en laissant s’installer le temps du deuil. Dans les semaines qui viennent, il faudra observer la composition de la nouvelle équipe de direction, le rôle exact de ses adjoints et la manière dont la majorité municipale entend reprendre la main dans une ville longtemps façonnée par un seul homme.

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