Aller au contenu
MUNICIPALITéS

Après 46 ans de règne local, Issy-les-Moulineaux doit affronter la fin d’une ère politique et organiser la relève

André Santini est mort à 85 ans quelques semaines après sa réélection à Issy-les-Moulineaux. La commune perd un maire en place depuis 1980, au moment d’ouvrir une nouvelle étape politique.

Façade de mairie à Issy-les-Moulineaux avec passants anonymes sur la place, en lumière naturelle.

Une ville qui change de visage perd son maire de longue date

Quand une figure locale disparaît après 46 ans à l’hôtel de ville, ce n’est pas seulement une page personnelle qui se tourne. À Issy-les-Moulineaux, c’est un demi-siècle de vie municipale qui bascule, au moment même où les habitants venaient tout juste de reconduire André Santini pour un huitième mandat.

André Santini est mort ce lundi 1er juin 2026 à l’âge de 85 ans. La ville d’Issy-les-Moulineaux a confirmé sa disparition et rappelé qu’il avait été élu maire en 1980. Il laisse derrière lui une longévité rare dans le paysage politique français, marquée aussi par une carrière nationale de député des Hauts-de-Seine et de secrétaire d’État chargé de la Fonction publique entre 2007 et 2009.

Sa mort intervient quelques semaines après sa réélection, le 22 mars 2026, à la tête de la commune. Le conseil municipal d’installation s’était tenu le 28 mars, dans une séquence déjà inhabituelle : le maire avait mené campagne alors qu’il était affaibli par des mois d’hospitalisation. La ville avait ensuite officialisé sa réélection et le lancement du nouveau mandat.

Un maire de ville moyenne devenue place forte francilienne

Issy-les-Moulineaux compte 68 449 habitants au 1er janvier 2026. Dans cette commune des Hauts-de-Seine, André Santini a accompagné la transformation d’un territoire longtemps marqué par les friches industrielles vers une ville dense, tertiaire et très intégrée au Grand Paris. La municipalité présente ce virage comme un succès de long terme, avec un tissu économique et technologique renforcé.

Ce type de trajectoire profite d’abord aux grandes entreprises, aux investisseurs immobiliers et à une ville capable de financer des équipements ambitieux. En retour, les habitants attendent des services publics solides, des transports fluides et un cadre de vie supportable dans une commune où la pression foncière reste forte. C’est là que les arbitrages locaux deviennent politiques : bâtir vite, oui, mais au prix de quelle densité, de quel logement accessible et de quels espaces publics ?

Le budget 2026 de la ville montre d’ailleurs la réalité concrète d’une commune qui doit composer avec un contexte national incertain et des dépenses à maîtriser. La mairie a expliqué avoir demandé un effort à tous les services, hors dépenses obligatoires ou contractuelles. Autrement dit, même une ville réputée aisée n’échappe ni aux tensions budgétaires, ni aux arbitrages sur le quotidien des habitants.

Une campagne jusqu’au bout, malgré la maladie

La dernière campagne d’André Santini a frappé par sa forme autant que par son résultat. Le 22 mars, sa liste a obtenu 47,93 % des suffrages au second tour. Au premier tour, il était déjà arrivé en tête avec 43,92 %. La victoire a donc confirmé un ancrage électoral ancien, même dans des conditions très particulières.

Il avait fait une apparition en fauteuil roulant début mars, après une autorisation de sortie de l’hôpital. Selon les éléments rendus publics à l’époque par son entourage, il restait en convalescence depuis une mauvaise chute et des complications médicales. Ses proches expliquaient que ses facultés intellectuelles étaient intactes, mais que sa mobilité était touchée.

Pour ses soutiens, cette séquence a confirmé son endurance politique. Pour ses critiques, elle a posé une autre question, plus institutionnelle : jusqu’où une ville peut-elle fonctionner autour d’un seul nom, d’une seule figure, d’une seule habitude de pouvoir ? Cette concentration profite à la stabilité et à la continuité. Elle peut aussi réduire le renouvellement des équipes et des idées.

Un héritage salué, mais pas consensuel

Au moment de l’annonce de sa mort, plusieurs responsables politiques ont salué sa mémoire. La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a évoqué une « figure de la vie politique francilienne » et un « bâtisseur ». La ville, elle, a insisté sur le maire qui a transformé Issy-les-Moulineaux pendant plus de quatre décennies.

Mais le bilan de Santini ne se résume pas aux aménagements, aux équipements et à la modernisation urbaine. Depuis plusieurs années, son action faisait aussi l’objet de critiques politiques et judiciaires. Une information judiciaire a été ouverte en 2024 dans une affaire visant notamment des accusations d’agression sexuelle, de harcèlement sexuel et de harcèlement moral. Une autre procédure avait également nourri le débat public autour de la protection fonctionnelle dont il avait bénéficié.

Les oppositions municipales ont, elles, défendu une lecture nettement moins flatteuse de la méthode Santini. Dans leurs tribunes récentes, des élus de gauche ont dénoncé une gestion jugée verrouillée, peu transparente et trop marquée par l’entre-soi. Cela ne change rien à la réalité du deuil politique local. Mais cela rappelle qu’un long règne municipal laisse rarement une seule mémoire derrière lui.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

L’enjeu immédiat est institutionnel. La commune doit organiser la continuité de l’exécutif local, redistribuer les responsabilités et maintenir le cap budgétaire et administratif engagé pour 2026. Dans une ville aussi structurée, la transition ne se joue pas seulement symboliquement. Elle touche la chaîne des décisions quotidiennes, des écoles à l’urbanisme, en passant par les services publics.

À plus long terme, l’élection de 2026 prend déjà une autre dimension. Elle restera comme la dernière victoire d’André Santini, mais aussi comme le début d’une période où Issy-les-Moulineaux devra apprendre à exister sans son maire historique. C’est là que se jouera la vraie séquence politique des prochaines semaines : la suite du mandat, sans l’homme qui l’avait encore remporté en mars.

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Restons courtois et factuels.