Pourquoi la France dépend encore des volontaires malgré ses nombreux pompiers professionnels en Europe
Les effectifs de pompiers professionnels varient fortement dans l’Union européenne. La France figure parmi les pays les mieux dotés, mais son modèle repose surtout sur les volontaires, alors que les risques et les besoins de recrutement augmentent.

Les effectifs de pompiers professionnels diffèrent fortement selon les pays européens. La France compte 44 000 professionnels, mais s’appuie surtout sur près de 199 000 volontaires. Ce modèle doit répondre à la hausse des feux, des secours d’urgence et des tensions sur les recrutements et les financements.
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Combien de pompiers professionnels sont disponibles lorsqu’un incendie éclate ? La réponse varie fortement d’un pays européen à l’autre. Les écarts ne reflètent pas seulement la taille des populations. Ils traduisent aussi des choix d’organisation, de financement et de recours aux volontaires.
Des effectifs très inégaux selon les pays
Les dernières données comparables publiées par Eurostat sur les pompiers professionnels dans l’Union européenne portent sur 2024. Elles recensent 390 600 professionnels, soit 0,19 % de l’emploi total européen.
Le nombre présenté dans certaines publications pour 2025, soit 372 400 pompiers professionnels, ne correspond donc pas à la dernière série européenne directement disponible. La comparaison doit être menée avec prudence, car les données nationales ne sont pas toutes publiées avec la même méthode ni au même rythme.
En 2024, la Croatie affichait la plus forte proportion de pompiers professionnels dans l’emploi total, avec 0,45 %. La Grèce suivait avec 0,41 %. La République tchèque complétait le podium, à 0,34 %.
À l’inverse, les proportions les plus faibles apparaissaient aux Pays-Bas, avec 0,07 %, au Danemark, avec 0,08 %, et en Suède, avec 0,10 %. Ces chiffres ne signifient pas que ces pays disposent de moins de secours. Ils montrent surtout que les professionnels représentent une part plus réduite de l’ensemble des intervenants ou des emplois.
Eurostat précise en effet que sa catégorie couvre les personnes qui exercent le métier de pompier comme activité principale. Les volontaires ne sont pas comptabilisés comme des professionnels dans cette statistique. Cette distinction est essentielle pour comparer les modèles nationaux.
La France se situe parmi les pays les mieux dotés
Une autre mesure permet de comparer les pays en tenant compte de leur population active : le nombre de pompiers professionnels pour 1 000 personnes en emploi.
Selon les chiffres fournis pour la comparaison européenne, l’Allemagne arrive en tête avec 57,7 pompiers professionnels pour 1 000 employés. La France suit avec 47,7. L’Italie occupe la troisième place, avec 43,5.
La Pologne et l’Espagne complètent ce groupe de tête, avec respectivement 40 et 38,5 pompiers professionnels pour 1 000 employés. À l’autre extrémité, Chypre affiche 1,2 pompier pour 1 000 employés. L’Estonie atteint 1,9 et la Lettonie 2,3.
Ces écarts sont considérables. Ils ne permettent pourtant pas, à eux seuls, de conclure qu’un pays protège mieux sa population qu’un autre. Le nombre d’agents dépend aussi de la géographie, de la fréquence des interventions, de la densité urbaine et de la place accordée aux forces militaires ou bénévoles.
La catégorie statistique mélange par ailleurs des réalités différentes. Elle peut inclure les pompiers intervenant sur les incendies urbains, les feux de végétation ou certains secours spécialisés. Les missions confiées aux services d’incendie ne sont pas identiques partout.
Deux modèles européens face à face
La France repose largement sur le volontariat. Au 31 décembre 2024, elle comptait 256 400 sapeurs-pompiers, selon les statistiques de la Sécurité civile.
Parmi eux, 44 000 étaient des sapeurs-pompiers professionnels, soit 17 % des effectifs. Les volontaires représentaient 198 900 personnes, soit 78 %. Les militaires comptaient pour 13 500 agents, soit 5 %.
Le modèle français combine donc trois composantes. Les professionnels assurent une présence permanente dans les centres les plus sollicités. Les volontaires renforcent le dispositif dans de nombreux territoires. Les militaires interviennent notamment à Paris et à Marseille.
Cette organisation permet de couvrir un territoire vaste avec un nombre limité de professionnels. En revanche, elle dépend de la disponibilité des volontaires. Elle est donc plus fragile dans les zones rurales, où les employeurs ne peuvent pas toujours libérer leurs salariés, et dans les secteurs où le recrutement devient difficile.
L’Allemagne présente une organisation différente. Son taux élevé de pompiers professionnels pour 1 000 employés peut s’expliquer par la place de ses services permanents et par les besoins de ses grandes agglomérations. Toutefois, le pays dispose également d’un important réseau de pompiers volontaires. Le chiffre des professionnels ne résume donc pas, là encore, tout le système de secours.
La comparaison entre la France et l’Allemagne doit aussi tenir compte des interventions. En France, les services départementaux d’incendie et de secours ont réalisé 4 754 800 interventions en 2024. Le secours d’urgence aux personnes constitue l’essentiel de cette activité, devant les incendies et les opérations diverses.
Des pompiers plus jeunes, mais une pression accrue
Les pompiers professionnels européens sont en moyenne plus jeunes que l’ensemble des actifs. En 2024, 75,2 % d’entre eux avaient entre 15 et 49 ans. Cette proportion atteignait 64,8 % pour l’emploi total.
Cette jeunesse relative ne règle pas la question du renouvellement des effectifs. Les métiers restent physiquement exigeants. Ils exposent aussi les agents aux fumées, aux fortes chaleurs, aux risques chimiques et aux interventions répétées dans des situations traumatiques.
En France, les organisations syndicales ont appelé à une journée de grève le jeudi 13 août 2026. Elles dénoncent un « sous-effectif chronique » et un « manque criant de moyens matériels ». Elles réclament notamment un financement durable des services d’incendie et de secours, ainsi qu’un recrutement massif de professionnels et de personnels administratifs ou techniques.
Cette revendication bénéficie directement aux agents, qui demandent de meilleures conditions de travail et davantage de sécurité. Elle répond aussi à une préoccupation des élus locaux et des habitants : maintenir des délais d’intervention acceptables, en particulier lorsque plusieurs sinistres surviennent en même temps.
Le climat et les finances compliquent l’équation
Les pompiers doivent désormais faire face à des épisodes de chaleur et de sécheresse qui favorisent les feux de végétation. Le 26 juillet 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé que 115 000 hectares avaient déjà été parcourus par les flammes depuis le début de l’année. Parmi eux, 42 000 hectares se situaient en Gironde.
La hausse de l’activité ne concerne pas seulement les feux. Les secours d’urgence aux personnes représentent une part majeure des interventions françaises. Les services doivent donc financer simultanément des véhicules, des équipements de protection, des casernes, des formations et des personnels disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
À l’échelle européenne, les gouvernements ont consacré 40,6 milliards d’euros aux services de protection contre les incendies en 2023. Cette dépense a progressé de 8,5 % en un an. Elle représente toutefois environ 0,5 % de l’ensemble des dépenses publiques, une proportion stable depuis 2017.
Le débat oppose ainsi deux contraintes. Les syndicats demandent des moyens à la hauteur des risques. Les collectivités et les États doivent, eux, arbitrer avec d’autres priorités budgétaires. Les grands centres urbains peuvent concentrer des équipes professionnelles. Les territoires ruraux restent davantage dépendants du volontariat et de la mutualisation.
Les prochaines échéances à surveiller
La journée de mobilisation du 13 août 2026 doit d’abord permettre de mesurer l’ampleur des tensions dans les services français. La réponse du ministère de l’Intérieur sera également observée, notamment sur les recrutements et le financement.
Il faudra ensuite suivre la publication des prochaines données européennes comparables. Elles permettront de vérifier si les écarts entre pays se maintiennent et si les effectifs professionnels progressent au même rythme que les risques auxquels les pompiers sont confrontés.



