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ANALYSES & OPINIONS

Pourquoi Raphaël Glucksmann remet l’identité française au cœur du débat et bouscule la gauche avant 2027

En parlant d’identité française, Raphaël Glucksmann cherche à élargir son audience et à clarifier la ligne de la gauche. Son pari : relier récit national, cohésion sociale et crédibilité politique.

Place de commune française avec marché, mairie et habitants anonymes dans une ambiance de reportage naturel.

Quand l’identité française revient au centre du jeu

Parler d’identité française n’est jamais neutre. Pour un responsable politique de gauche, c’est même un pari risqué. Pourtant, Raphaël Glucksmann choisit d’ouvrir ce terrain. Il le fait au moment où la droite et l’extrême droite s’en disputent depuis des années, et où une partie de la gauche préfère parler d’école, de salaires ou de santé.

Le sujet n’est pas abstrait. Il touche à ce qui relie un pays : la langue, l’histoire, les valeurs communes, le sentiment d’appartenir à un même ensemble. Dans un entretien de 2025, l’eurodéputé expliquait déjà qu’il voulait « travailler à un projet pour la France » et dénonçait le fait que la gauche démocrate ait trop peu défini ce qu’elle était.

Son nouvel essai, Nous avons encore envie, s’inscrit dans cette logique. Le livre paraît en librairie le 28 mai 2026, fait 192 pages, et présente son auteur comme député européen et coprésident de Place publique.

Ce que dit Glucksmann, et pourquoi cela compte

Dans ce texte, Raphaël Glucksmann veut reprendre un mot que la gauche a souvent laissé à ses adversaires : le patriotisme. Son idée est simple. On ne reconstruit pas un projet majoritaire en laissant le monopole du récit national à la droite dure. Il cherche donc à parler de France sans se placer sur le terrain du rejet ou de la fermeture.

C’est là que son positionnement devient politique. En revendiquant l’identité française, il veut montrer qu’une gauche social-démocrate peut parler de nation sans renoncer à l’ouverture européenne ni à l’État de droit. Il poursuit d’ailleurs une ligne déjà visible sur d’autres sujets : en mai 2026, il plaidait pour une défense européenne renforcée et pour une moindre dépendance aux États-Unis. Il refusait en revanche de mutualiser la dissuasion nucléaire française.

Autrement dit, il essaie de tenir deux fils en même temps. D’un côté, rassurer un électorat inquiet du déclassement, de l’impuissance publique et du sentiment de perte de contrôle. De l’autre, ne pas céder à une définition fermée de l’identité, qui exclurait les immigrés, les métropolitains pro-européens ou les électeurs de gauche attachés à l’universalisme républicain.

Cette ligne peut lui profiter sur deux fronts. D’abord chez les électeurs de gauche qui ne se reconnaissent ni dans Emmanuel Macron ni dans Jean-Luc Mélenchon. Ensuite chez des abstentionnistes ou des anciens électeurs socialistes qui veulent une offre plus lisible, plus crédible sur l’autorité de l’État, et moins embarrassée par les questions de souveraineté. Mais cette stratégie comporte aussi un coût : dès qu’il parle de nation, Glucksmann s’expose à l’accusation de courir après les thèmes de ses adversaires.

La gauche face au piège du récit national

Ce risque est réel, car le sujet reste inflammable à gauche. Un sondage Ifop publié en 2022 montrait déjà que l’identité était largement perçue comme positive, mais aussi comme instrumentalisée par les responsables politiques. Il montrait surtout que les Français associent d’abord l’identité française à la langue et à l’histoire, tandis que les menaces ressenties relèvent davantage du déclassement économique, de la désindustrialisation ou du chômage que de l’immigration seule.

Ce point change tout. Si le débat public réduit l’identité à la seule question migratoire, il parle surtout à une partie de l’électorat. En revanche, si elle est reliée au travail, aux services publics, à la capacité de l’État à protéger, elle peut toucher plus large. C’est précisément le déplacement que tente Glucksmann : faire de l’identité non pas un totem culturel, mais une manière de parler de cohésion sociale et de puissance publique.

Face à lui, Jean-Luc Mélenchon continue d’occuper un autre espace : celui d’une gauche de rupture qui assume davantage la conflictualité et la polarisation. En mars 2026, ses plaisanteries sur la prononciation du nom de Glucksmann ont déclenché une polémique et des accusations de dérive antisémitiste, ce qui a encore durci les rapports entre les deux hommes.

À gauche hors LFI, la question est donc stratégique. Faut-il un candidat capable de parler au pays sur des sujets symboliques comme l’identité, ou faut-il d’abord une offre collective, fondée sur le programme et la coalition ? En avril 2026, Raphaël Glucksmann, Olivier Faure et Yannick Jadot se sont retrouvés à Montreuil, mais la primaire pour 2027 a rapidement repris le dessus dans les échanges. Glucksmann s’y est dit opposé, tandis qu’Olivier Faure a maintenu qu’une division au premier tour ferait perdre la gauche.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La vraie question n’est pas seulement de savoir si Glucksmann peut vendre un livre. Elle est de savoir s’il peut transformer cette ligne en offre politique crédible pour 2027. Sa parole sur l’identité française peut l’aider à élargir son audience. Mais elle peut aussi le coincer entre deux feux : une gauche qui redoute le glissement identitaire, et un espace centriste qui ne lui pardonnerait pas un discours trop conflictuel.

Dans les prochains mois, il faudra donc regarder trois choses. D’abord, l’accueil de ce livre dans son propre camp. Ensuite, sa capacité à imposer ses thèmes dans le débat public sans se laisser enfermer dans la seule question identitaire. Enfin, la manière dont se jouera la bataille des candidatures à gauche, car c’est là que se décidera, ou non, la place qu’il peut prendre dans la présidentielle à venir.

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