Quand une affaire d’enfant révèle la lenteur de la justice, Glucksmann remet aussi la gauche face à 2027
Raphaël Glucksmann lie la disparition de Lyhanna au manque de moyens de la justice et plaide pour des procédures d’urgence. Il critique aussi la double primaire proposée à gauche pour 2027.

Quand une plainte reste sans réponse, qui protège l’enfant ?
Dans cette affaire, la question est simple et brutale : comment un homme déjà signalé peut-il encore passer entre les mailles du filet ? Après la disparition de Lyhanna, Raphaël Glucksmann a mis la justice au centre du débat, avec une idée claire : la protection des enfants doit passer avant tout le reste.
Ce sujet touche autant la police que les magistrats, les services d’enquête et la protection de l’enfance. Quand un signalement ou une plainte arrive, le problème n’est pas seulement juridique. Il devient concret : il faut du temps, des enquêteurs, des greffes, des juges, et une chaîne administrative qui réagit vite. Or le ministère de la Justice rappelle lui-même que les délais de traitement restent un enjeu structurel, y compris pour les mineurs.
Ce que dit l’épisode Lyhanna
Le point de départ est l’émotion provoquée par la disparition de la collégienne dans le Gers. Le suspect mis en cause avait déjà fait l’objet de plusieurs plaintes et signalements ces dernières années, ce qui nourrit l’idée d’un enchaînement de défaillances. Le débat s’est donc déplacé très vite de l’enquête vers le fonctionnement de l’institution judiciaire.
Raphaël Glucksmann réclame des « procédures d’urgence » et davantage de moyens pour que certains dossiers remontent immédiatement dans la pile. Derrière cette formule, il vise un point précis : quand une affaire implique un mineur, le temps judiciaire n’est pas un détail. Plus il s’allonge, plus le risque grandit que la menace persiste, que les alertes se perdent, ou que des victimes potentielles restent exposées.
Le ministère de la Justice indique que le code de la justice pénale des mineurs, entré en vigueur en 2021, a justement fixé des délais plus courts pour juger un mineur : trois mois pour la culpabilité et neuf mois pour la sanction, soit douze mois au total. Ce cadre montre bien l’enjeu politique du moment : la question n’est pas seulement d’écrire de nouvelles règles, mais de donner à l’appareil judiciaire la capacité matérielle de les tenir.
Une ligne politique : mettre l’enfance en haut de la pile
En parlant de « priorité absolue », Raphaël Glucksmann essaie de déplacer le curseur. Il ne parle pas seulement de répression. Il parle d’arbitrage public : quand l’État manque de moyens, il doit décider ce qu’il traite en premier. Son message est politique autant que judiciaire. Il dit, en substance, que la protection des enfants ne peut plus être une fonction parmi d’autres.
Les bénéficiaires d’une telle orientation sont évidents : les familles, les mineurs victimes, mais aussi les professionnels de terrain qui réclament des circuits plus courts et des consignes plus lisibles. À l’inverse, une priorité affichée sans moyens nouveaux resterait symbolique. Dans la réalité, une procédure d’urgence suppose des effectifs, des magistrats disponibles, des enquêteurs formés et une coordination rapide entre parquet, police et services sociaux.
Le débat rejoint aussi une difficulté plus large de la justice française : l’engorgement. Les chiffres publics du ministère montrent une activité lourde et un contentieux pénal massif. Ils montrent aussi que le délai moyen entre les faits et la condamnation des mineurs a augmenté sur le temps long. Autrement dit, le reproche de lenteur ne tombe pas du ciel. Il s’inscrit dans une tendance documentée.
La primaire à gauche, ou le casse-tête du rassemblement
Sur la présidentielle de 2027, Raphaël Glucksmann s’est montré tout aussi tranchant. Il dit ne pas comprendre la proposition d’Olivier Faure d’une « double primaire ». Sa critique est politique avant d’être tactique : une primaire ne suffirait déjà pas à créer une dynamique gagnante, alors deux seraient encore plus illisibles pour l’électorat.
Ce débat oppose deux logiques. D’un côté, les partisans d’une primaire veulent éviter une nouvelle dispersion de la gauche, qui a souvent pesé lourd dans les présidentielles récentes. De l’autre, ceux qui s’en méfient estiment qu’un long processus interne use les militants, brouille les lignes et finit parfois par produire plus de frustrations que d’élan. C’est l’argument que reprend Glucksmann quand il parle d’un mécanisme « interminable » et difficile à comprendre.
Le PS, de son côté, continue d’avancer l’idée d’une gauche de rassemblement. Son congrès de juin 2025 a confirmé Olivier Faure à la tête du parti, et sa ligne officielle insiste sur l’union pour battre la droite et l’extrême droite en 2027. Les écologistes, eux, ont déjà désigné Marine Tondelier comme leur représentante pour une primaire de la gauche et des écologistes prévue à l’automne 2026. Le calendrier, lui, existe déjà. Reste à savoir qui acceptera d’y entrer.
La tension est là : une primaire peut donner un cadre commun, mais elle peut aussi laisser de côté des figures qui comptent dans le paysage. C’est le cas de Glucksmann, qui refuse d’être enfermé dans un dispositif qu’il juge contre-productif, tout en appelant la gauche à mettre ses ego de côté. Cette position peut servir une stratégie de rassemblement plus large, mais elle complique aussi toute architecture unifiée à gauche.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite se jouera sur deux fronts. D’abord, l’évolution judiciaire de l’affaire Lyhanna, qui continuera d’alimenter les demandes de renforts et de réorganisation. Ensuite, la séquence politique de juin et de l’automne 2026 : les socialistes doivent encore trancher leur méthode, tandis que les écologistes poussent leur calendrier de primaire. Entre les deux, Glucksmann cherche à garder sa marge de manœuvre sans se laisser enfermer trop tôt.



