Au PS, la bataille pour la présidentielle révèle un parti qui parle surtout de lui-même et peine encore à choisir sa voie
Entre primaire à deux temps, rivalités internes et refus de Raphaël Glucksmann, les socialistes s’enlisent dans une crise stratégique. À un an de la présidentielle, ils peinent à s’adresser aux électeurs plutôt qu’à leur appareil.

Quand un parti ne sait plus qui porter, il finit par parler surtout de lui-même
À un an de la présidentielle, la question n’est plus seulement « qui sera candidat ? ». Elle est devenue plus simple et plus brutale : comment un parti affaibli peut-il encore exister dans une campagne où les autres sont déjà lancés ? Le Parti socialiste répond aujourd’hui à cette angoisse par une querelle de méthode. Et, pour l’instant, personne n’a trouvé la sortie.
Le cœur du blocage tient en une idée : Olivier Faure veut encore garder la main sur le calendrier et sur la forme de la désignation. Raphaël Glucksmann, lui, refuse d’être enfermé dans un dispositif qui le ferait dépendre du PS. Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée, conteste la stratégie du premier secrétaire. Résultat : la gauche social-démocrate parle de rassemblement, mais elle ne parvient même pas à s’accorder sur les règles du jeu.
La proposition qui a mis le feu : une primaire en deux temps
Le dernier épisode en date a accentué l’impression de chaos. Olivier Faure a avancé l’idée d’une primaire en deux temps : d’abord un arbitrage entre les prétendants socialistes et Raphaël Glucksmann, puis une seconde étape face à d’autres figures de gauche hors La France insoumise, comme François Ruffin, Marine Tondelier ou Clémentine Autain. L’objectif affiché est de faire émerger un candidat commun sans Jean-Luc Mélenchon. Mais la mécanique ressemble surtout à un bricolage politique destiné à ménager plusieurs camps à la fois.
La réaction a été immédiate. Raphaël Glucksmann a rejeté l’idée. Boris Vallaud aussi. Et, plus largement, personne ne semble croire à un dispositif aussi complexe qu’inhabituel. Dans les faits, cette proposition ne règle rien. Elle révèle surtout que le PS n’a pas tranché la vraie question : veut-il investir son propre candidat, ou accepter qu’une autre figure de gauche prenne l’avantage ?
Ce débat n’a rien d’anecdotique. Une primaire peut servir à clarifier une offre politique quand une famille est dispersée. Elle peut aussi figer des rapports de force défavorables. Pour le PS, elle comporte un risque très concret : si le parti ouvre trop vite la compétition, il expose sa faiblesse ; s’il la retarde trop, il donne l’impression de fuir le choix. C’est précisément l’impasse dans laquelle il se trouve.
Pourquoi cette bataille intéresse surtout les appareils, les élus et les mairies
Derrière les grands mots sur l’unité, il y a des intérêts très concrets. Le premier, c’est le contrôle du parti. Le PS garde une machine, des élus locaux, des finances et un réseau municipal qui restent utiles pour une campagne nationale. Dans un parti qui n’a plus la puissance d’hier, la capacité à décider qui porte les couleurs de 2027 vaut presque autant que le programme lui-même.
Le second intérêt, c’est celui des élus locaux. Les maires, les députés et les cadres du parti ont besoin d’un candidat capable de ne pas les mettre en difficulté dans leurs territoires. Les alliances locales, notamment avec d’autres forces de gauche, pèsent déjà sur les municipales et sur les rapports de force internes. La ligne choisie pour 2027 peut donc protéger certaines mairies, mais elle peut aussi en fragiliser d’autres. Pour le PS, la présidentielle n’est jamais seulement présidentielle. Elle commande aussi l’architecture du reste du cycle électoral.
Le troisième intérêt, c’est celui des électeurs. Eux voient surtout un parti qui parle à huis clos. Pendant que Raphaël Glucksmann teste sa solidité politique et que d’autres figures de gauche réfléchissent à leur place dans le paysage, le PS donne l’image d’une formation qui compte ses équilibres internes avant de s’adresser au pays. Ce décalage peut coûter cher. Une présidentielle se gagne d’abord en imposant une présence dans le débat public. Or le temps passé en bataille d’appareil est du temps perdu pour la campagne.
Une gauche morcelée, et chacun défend son propre intérêt
Le blocage socialiste est aggravé par une donnée simple : les autres familles de gauche ne veulent pas se laisser dicter leur calendrier. Raphaël Glucksmann dit non à une primaire dans les termes proposés. Les écologistes plaident pour une autre logique de rassemblement. À l’autre bout du spectre, La France insoumise avance sa propre stratégie, sans attendre le PS. Chacun cherche à maximiser sa position, mais chacun sait aussi qu’une gauche dispersée peut être éliminée dès le premier tour.
En arrière-plan, il y a une leçon que les socialistes n’ont jamais totalement digérée. La présidentielle de 2022 a montré ce que coûte une candidature faible et mal installée : un appareil mobilisé trop tôt, une campagne qui s’épuise avant le vote, et une image de déclin qui s’installe durablement. Depuis, le PS cherche la bonne formule pour éviter un nouvel effacement. Mais en hésitant entre candidature propre, primaire ouverte et compromis élargi, il donne surtout le sentiment de rejouer les mêmes erreurs.
Le camp Faure pense encore que la procédure peut forcer l’unité. Ses adversaires internes répondent qu’elle ne fera que prolonger la guerre des egos. Raphaël Glucksmann, lui, parie sur une logique inverse : se tenir à distance du PS pour apparaître comme une option plus large, plus lisible, plus compatible avec une gauche de gouvernement. C’est un choix politique, mais aussi un choix de marché électoral : parler au-delà du noyau militant, séduire des électeurs déçus, et ne pas dépendre d’un parti qui cherche encore son cap.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Le prochain rendez-vous est clair : le 9 juillet, les socialistes doivent trancher leur stratégie présidentielle. D’ici là, chaque prise de parole comptera. Si Olivier Faure persiste avec une procédure à deux étages, il devra convaincre qu’elle peut produire autre chose qu’un nouveau conflit. Si Boris Vallaud et les opposants internes continuent de s’organiser, la direction du parti pourrait perdre encore un peu de sa capacité d’entraînement. Et si Raphaël Glucksmann maintient son refus, le PS devra choisir entre l’illusion du rassemblement et le retour à une candidature purement socialiste.



